‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 79 sur 551 · VOL DES RELIQUES · texte numérisé non relu

VOL DES RELIQUES

d'un de ses voyages, eut envie du bras de saint Jean- Baptiste, qui appartenait à un hôpital, et il l'obtint en corrompant à prix d'argent la maîtresse du gardien, qui incita celui-ci à la dérober. A son retour, le marchand construisit une maison et encastra secrètement sa relique dans un des piliers. Sous cette protection, il fît d'excellentes affaires et devint très riche. Mais, un jour, comme un incendie avait éclaté, il refusa de prendre des mesures pour sauver sa maison, alléguant qu'elle était bien gardée. La maison ne brûla pas; mais la curiosité populaire avait été tellement excitée par la réponse du marchand qu'il fut -obligé de révéler l'existence de son fétiche. 4-9 Alors le peuple l'emporta de force et le déposa dans une église, où le bras de saint Jean accomplit beaucoup de miracles ; mais le malheureux marchand fut ruiné. De pareilles superstitions étaient encore plus grossières que celles des Romains, qui évoquaient dans leur camp la divinité tutélaire de la ville qu'ils assiégeaient; d'autre part, le port d'amulettes et de reliques, devenu tout à fait général, était identique à l'usage analogue des païens. Même les images et les portraits de saints et de martyrs possédaient des vertus miraculeuses. Il suffisait, disaiton, de jeter les yeux sur une image de saint Christophe pour être préservé, pendant le reste de la journée, de tout danger de maladie ou de mort subite :

« Christophori sancti speciem quicumque tuetur, Illo namque die nullo languore tenetur. »

Une image gigantesque du saint était souvent peinte à l'extérieur des églises pour préserver la population. L'habitude de tirer au sort le saint dont on voulait s'assurer le patronage, cérémonie qui s'accomplissait au pied de l'autel, est une autre manifestation de l'aveugle superstition de ce temps-là (1).

L'Eucharistie était un fétiche particulièrement efficace. Pen-

(1) Gesta Consulum Andegavens. m, 23. — Roger. Horeden. ann. 1177.— Innocent. PP. III, Regest. ix, 243. — Cœsar. Heisterbac. Dial. Mirac. dist. vm, c. 53. — Muratori, Antiq. Mfd. ^vi, dissert, lviii. — Anon. Passaviens. adv. Waldtm- *es, cap. 5 (Mag. bib. Pat., xm, 301).

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