CULTE DES RELIQUES
Mille anecdotes et incidents de cette époque montrent comment le fétichisme dont nous parlons était enraciné dans l'esprit du peuple par ceux qui trouvaient leur profit dans le maniement des fétiches. Un chroniqueur du xne siècle raconte pieusement que lorsque, en 887, les reliques de saint Martin de Tours furent ramenpes d'Auxerre, où on les avait portées pour les 48 soustraire aux Normands, deux estropiés de Touraine, qui gagnaient largement leur vie en mendiant, tinrent conseil et décidèrent de quitter le pays le plus tôt possible, de peur que les ossements du saint ne les guérissent d'infirmités lucratives. Malheureusement, les moyens de locomotion dont ils disposaient étaient insuffisants, de sorte que les reliques arrivèrent en Touraine avant qu'ils n'eussent pu sortir de la province; ils furent donc guéris malgré eux.
L'ardeur avec laquelle princes et républiques se disputaient la possession des reliques miraculeuses, la violence et la fraude qu'on mettait partout en œuvre, soit pour s'en procurer de nouvelles, soit pour garder celles qu'on possédait, forment un curieux chapitre dans l'histoire de la crédulité humaine et montrent à quel point la vertu miraculeuse était censée résider dans la relique elle-même, sans égard aux crimes qu'il avait fallu commettre pour l'obtenir, ni à la disposition d'esprit du possesseur.
Ainsi, dans le cas dont nous venons de parler, Ingelger d'Anjou fut obligé de réclamer aux Auxerrois les ossements de saint Martin à la tête d'une force armée, les moyens pacifiques ayant échoué; et, en 1177, nous voyons un certain Martin, chanoine de l'église de Bomigny en Bretagne, voler le corps de sain! Pétroc de sa propre église au profit de l'abbaye de Saint- Mévennes, qui ne voulut pas le rendre jusqu'à ce que l'intervention du roi Henri II l'y contraignit. Deux ans après la prise de Constantinople, en 1206, les chefs vénitiens forcèrent l'entrée de Sainte-Sophie, enlevèrent un portrait de la Vierge, œuvre présumée de saint Luc, et le gardèrent malgré l'excommunication et l'interdit lancés contre eux par le patriarche et confirmés par le légat du pape. Un marchand de Groningue, au cours