ROLE DES TALISMANS
rent respectueusement l'hostie. Une autre femme, voulant préserver ses choux des ravages des chenilles, réduisit en poussière une hostie et en répandit les miettes sur ses légumes ; à l'instant, elle fut frappée d'une paralysie incurahle. Évidemment, ces pratiques fétichistes étaient vues d'un mauvais œil par l'Église ; mais elles étaient la conséquence directe de l'enseignement orthodoxe. Il en était de même pour l'eau où le prêtre se j lavait les mains après avoir touché l'hostie; on attribuait à cette eau des vertus surnaturelles, mais on en prohibait l'usage comme entaché de sorcellerie (1).
Le pouvoir de ces formules magiques n'impliquait, je le répète, aucun sentiment de dévotion chez ceux qui en usaient. Ainsi, pour attester la puissance de saint Thomas de Canterbury, on racontait l'histoire d'une dame qui l'invoquait à toute occasion et avait même appris à son oiseau favori à répéter la formule : « Sancte Thoma, adjuva me! » Un jour, un faucon s'empara de lui et l'emporta; mais comme l'oiseau faisait entendre sa phrase accoutumée, le faucon tomba mort et l'oiseau revint indemne auprès de sa maîtresse. — En vérité, l'emploi des talismans impliquait si peu la sainteté que de mauvais prêtres employaient la messe comme un moyen d'incantation et un maléfice, maudissant intérieurement leurs ennemis pendant qu'ils accomplissaient les rites et confiant que cette malédiction entraînerait, d'une façon ou d'une autre, la perte g| de la personne visée. On allait même jusqu'à recourir à la célébration de la messe pour rendre plus efficace la pratique si ancienne de l'envoûtement. Lorsque Ton disait dix fois la messe sur une image de cire représentant un ennemi, on croyait qu'il mourrait sans faute dans l'espace de dix jours (2).
La confession elle-même pouvait servir de formule magique pour empêcher la découverte d'un crime. Comme les démons étaient naturellement au courant de tous les forfaits commis
(I) Hartzheim, Concil. German. m, 543.— Campana, Storia^iS. Pietro Martire, lib. n, cap. 3. — Cœsar. Heisterbac. Dial. Mirac. dist. ix, cap. 6, 8, 24, 25. 2) Cœsar. Heisterbac. Dial. Mirac. dist. x, cap. 56. — Wibaldi Abbat. Corbeiens. Epist 157. — P Cantor Yerb. abbrev. cap. 29.