‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 82 sur 551 · PUISSANCE DE L'ABSOLUTION · texte numérisé non relu

PUISSANCE DE L'ABSOLUTION

et pouvaient les révéler par la bouche de ceux qu'ils possédaient, on employait souvent les démoniaques comme des détectives dans le cas de personnes soupçonnées. Mais quand les crimes étaient confessés avec toute la contrition désirable, l'absolution donnée par le prêtre les effaçait à tout jamais de la mémoire du démon, qui niait alors en avoir eu connaissance. Cette croyance, familière aux accusés, inspirait souvent leur défense ; car, même lorsque le démon avait révélé une faute, le coupable pouvait aller aussitôt à confesse, puis se présenter avec confiance devant le juge et le mettre au défi d'obtenir une dénonciation nouvelle.

On pourrait multiplier indéfiniment ces exemples, mais cela ne servirait qu'à fatiguer le lecteur. Ceux que j'ai cités suffiront probablement à témoigner de l'avilissement du christianisme d'alors, superposé à un fond païen et gouverné par un corps sacerdotal dont on connaît maintenant l'indignité (4).

Le tableau que j'ai tracé des relations de l'Église avec le peuple paraîtra peut-être poussé au noir. Tous les papes n'étaient pas des Innocent IV et des Jean XXII; tous les évêques n'étaient pas cruels et débauchés; tous les prêtres n'avaient pas pour unique dessein de spolier les hommes et de déshonorer les femmes. Dans beaucoup de sièges épiscopaux et d'abbayes, sans doute aussi dans des milliers de paroisses, il y avait des prélats et des pasteurs qui cherchaient sincèrement à accomplir l'œuvre de Dieu, à éclairer les âmes enténébrées de leurs ouailles avec la parcelle de lumière évangélique que la superstition de l'époque permettait de répandre. Cependant le mal était plus apparent que le bien ; les humbles ouvriers passaient

■•- inaperçus, tandis que l'orgueil, la cruauté, la luxure et la cupidité des autres exerçaient une influence étendue et pro-

52 fonde. Aux hommes de ce temps-là qui avaient le plus de jugement et les aspirations les plus hautes, l'Église apparaissait

(1) Cœsur. Heisterbac. Dial. Mirac. dist. m, cap. 2, 3, G; dist. v, cap. 3.

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