PLAINTES DE ROBERT GROSSETESTE
lettre morte. Les abus étaient trop profondément enracinés. Quatre ans plus tard, Honorius III, dans une encyclique adressée à tous les prélats du monde chrétien, dit qu'il a attendu jusqu'alors pour voir les effets du concile, mais que les maux de l'Église lui paraissent augmenter plutôt que diminuer. « Les ministres de l'autel, pires que des bêtes se roulant dans leur fumier, se font gloire de leur ignominie, comme à Sodome. Ils sont un piège et un fléau pour les fidèles. Beaucoup de prélats dépensent les biens qui sont confiés à leur garde et dispersent sur les places publiques les ressources du sanctuaire; ils donnent de l'avancement aux indignes, ils dilapident les revenus de FÉglise au profit des méchants et transforment les églises en conventicules à l'usage de leurs familles. Moines et nonnes 54 rejettent le joug, brisent leurs chaînes et se rendent aussi méprisables que du fumier. C'est pour cela que l'hérésie fleurit. Que chacun de vous ceigne son épée et n'épargne ni son frère ni son plus proche parent. »
Quel fut le résultat de cette exhortation virulente ? Nous pouvons nous en faire une idée par la description que Robert Grosseteste, évêque de Lincoln, fit de l'Église en 1250, en présence d'Innocent IV et de ses cardinaux. Les détails sont inutiles à rapporter ; mais la conclusion, c'est que le clergé est une souillure pour toute la terre, que ce sont des Antechrists et des diables ayant revêtu le masque des anges de la lumière, qui transforment la maison de prière en un repaire de voleurs. Quand l'inquisiteur de Passau, vers 4260, essaya d'expliquer la résistance de l'hérésie dont il s'efforçait vainement d'avoir raison, il rédigea à cet effet une liste des crimes communs parmi le clergé — liste horrible par la minutie des détails où elle se complaît. Une Église pareille à celle qu'il décrit ne pouvait être qu'un fléau à la fois politique, social et moral (4).
Tels sont, sur la question qui nous occupe, les témoignages
1) Honor. PP. IN, Epist. ad Archiep. Bituricens. (Martène, Coll. Amliss. i, 1149-1151; Thesaur. Anecd. i, 875-877). — Fascic. Ker. Expetend. et Fugiend. u, 251 (éd. de 1630). — W. Preger, Beitraege zur Geschichte der Walctesier, MUnich, 1875, p. 64-67.