PLAINTES DE WALTHER
des ecclésiastiques. Si l'on veut savoir maintenant de quel œil le clergé était considéré par les laïques, nous rappellerons d'abord une remarque de Guillaume de Puy-Laurens, d'après lequel on disait communément : « J'aimerais mieux être un prêtre que de faire telle chose. » Il est vrai que les prêtres avaient le même mépris pour les moines, car Émeric, abbé d'Anchin, nous apprend qu'un clerc ne voulait jamais faire sa société d'un homme qu'il avait vu sous l'habit noir du Bénédictin. Mais prêtres et moines étaient également et généralement détestés par le peuple. Walther von der Vogelweide résume •comme il suit les sentiments du peuple sur l'ensemble du corps ecclésiastique, depuis le pape jusqu'aux curés :
« La chaire de Saint-Pierre est occupée aujourd'hui comme lorsqu'elle était souillée par la sorcellerie de Gerbert; ce dernier se prépara seul une place dans l'enfer, tandis que le présent pape y entraîne la chrétienté tout entière. Pourquoi les châtiments du ciel sont-ils différés ? Combien de temps sommeillerastu, ô Seigneur? Ton œuvre est entravée, ta parole est contredite, ton trésorier dérobe les richesses que tu as accumulées, tes ministres volent et assassinent et c'est un loup qui est le berger de ton troupeau. » (1).
85 A l'autre extrémité de l'Europe, les plaintes ne sont pas moins vives ; voici comment, après beaucoup d'autres, parlera des hauts dignitaires de l'Eglise, des clercs et des moines, le troubadour Raimon de Cornet, faisant écho aux invectives du poète Walther :
« Je vois le pape faillir à tous ses devoirs : il veut s'enrichir, il ne se soucie pas des pauvres, qui n'ont pas accès auprès de lui. Son but est d'amasser des trésors, de se faire servir, de s'asseoir sur des étoffes ornées d'or. Pour cela, il se livre au commerce en bon trafiquant ; au prix de beaux deniers comptants, il distribue des évêchés aux gens de son entourage et, à nous, il envoie des collecteurs, munis de lettres de quête, qui
(1) Guill. Pod. Laurent. Chron. Proœm. — Narrât. Restaur. Abbat. S. Martini Tornacens. cap. 38. — Panmcrs \V. von der Vogelweide, Sâemmtliche Gedichte, n° lin, p. 118. Cf. n° 85, 111-113.