HISTORIOGRAPHIE DE L INQUISITION XV
c'est la fameuse Histoire critique de V Inquisition d'Espagne de don Juan Antonio Llorente, parue d'abord en traduction française à Paris en 1817, et peu après (1822) dans le texte original espagnol. Llorente, chanoine de l'Église primatiale de Tolède, avait été lui-même secrétaire du Saint-Office à Madrid et en avait étudié les archives. Au moment même où les Cortès révolutionnaires de Cadix décrétaient, le 2â février 1812, l'abolition de l'Inquisition (1) qui s'était perpétuée jusqu'alors en Espagne (2), Llorente avait publié à Madrid (1812-13, deux volumes de documents inédits "contenant d'importantes révélations. Ce n'était que le prélude de sa grande histoire, où il a mis en œuvre les trésors jusqu'alors inexplorés des archives secrètes du Saint-Office.
Après avoir esquissé, dans ses premiers chapitres, une histoire assez vague des origines et des premiers développements de l'inquisition papale en Occident jusqu'à la fin du xve siècle, l'auteur aborde son véritable sujet, qui est le Saint-Office d'Espagne depuis son organisation sous Ferdinand et Isabelle jusqu'à sa suppression à Cadix. Puisant à pleines mains dans les riches collections manuscrites dont des circonstances exceptionnelles lui avaient ouvert l'accès, Llorente a été à même de produire une œuvre un peu hâtive, mais solidement docu-
(1) Le virulent pamphlet de Puigblancb, La Inquisition sin mascara, j aru à Cadix en 181 1., ne contribua pas peu au vote des Cortès assemblés dans cette ville. Il eut l'honneur de la traduction anglaise. L'auteur est un précurseur de Llorente.
(2) Aussitôt après la chute de Napoléon Ier, le roi Ferdinand Vil s'empressa de rétablir l'Inquisition (décret royal donné à Madrid le 21 juillet 1814). Abolie de nouveau en 1820, rétablie en 1824, elle ne fut supprimée définitivement en Espagne qu'en 1834. Il y eut d'ailleurs quelques retours offensifs jusqu'à la révolution de 1868, qui chassa la reine Isabelle.
XVI HISTORIOGRAPHIE DE L'iNQUISITION
mentée, dont on a pu dire beaucoup de mal, mais qui n'a pas été réfutée sérieusement. Son livre, traduit en allemand, en néerlandais et en anglais, a produit dans le monde une énorme impression, qui n'est pas encore effacée. Le célèbre pamphlet du comte Joseph de Maislre, Lettres à un gentilhomme russe sur V Inquisition espagnole (Paris 1822), malgré son ton cassant et triomphant et la crànerie qu'il met à défendre les bûchers en matière de foi, n'a pu contrebalancer le livre vengeur de Llorente. La principale réponse qu'y ait faite la science catholique est l'ouvrage estimable de Mgr K. J. von Hefele, Der Cardinal Ximenes und die kirchlichen Zustœnde Spaniens in i 5, Jahrhundert (1851). Il faut y ajouter le livre moins connu, mais remarquable, de F. I. G.Rodrigo, Historia verdadera de la lnquisicion (3 vol., Madrid 1876-1877) (1).
Cependant l'histoire générale des origines et des développements de l'Inquisition au moyen-âge dans les différents pays d'Occident avait été étudiée sommairement, mais d'après une méthode strictement scientifique, par Ch. U. Hahn, Geschichte der Ketzer (3 vol., Stuttgart 1845-1850), ainsi que dans quelques chapitres de Y Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou Albigeois par un professeur de la faculté de théologie de Strasbourg, G. Schmidt (1849), qui fut le vrai précurseur deLea; mais son excellent ouvrage resta inconnu à la plupart des auteurs superficiels qui ont traité le même sujet en ce siècle, tels que le pasteur vyesleyen Wil-
(1) Voir H. Haupt dans Eeilschrift fur Kirchengeschïchie , tome nu, p. 467, n° 137.