‹ Histoire de l'Institution des CrèchesChapitre 11 sur 40 · CR EUSS · texte numérisé non relu

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de Lamaze et Vialle, de Brive, enrichissent l’œuvre de l'hospitalité de nuit ; d’autres fondent des ordres ou des maisons religieuses en vue du dévouement, comme Me de Josselin, de Juillac, et Mr: Fleurat, de Saint-Yrieix. Enfin, Michel Chevalier, Léon Faucher de Limoges, Victor Borie de Tulle, purs théo-

riciens, s’adonnent aux études d'économie politique et sociale. Notre province en adopte même qui lui viennent par leur libre droit d'élection : sans parler de Léonce de Lavergne et de Teisserenc de Bort, nés dans la région, elle compte aussi un Parisien, Pierre Leroux, instituteur d’une école socialiste à Boussac, ou bien un Normand, Frédéric Le Play, le grand Le Play, l’auteur des Ouvriers Européens, le père de la Réforme sociale, propriétaire de la terre de Ligourre, et qui repose au Vigens (Haute-Vienne) dans une sépulture de famille.

Entre tous brille par les actes unis aux doctrines, Firmin Marbeau, le fondateur des Crèches, appelé le Vincent de Paul du xrx° siècle, aux yeux de plusieurs il domine ses compatriotes humanitaires.

Ainsi considérée sa mémoire honore grandement la ville de Brive où il est né le 18 mai 1798.

Après de solides études au collège de sa ville natale, il vint en 1816 à Paris suivre les cours de

droit tout en se livrant à la pratique des affaires juridiques. Il soutint une thèse très remarquée qui devint bien vite un livre d’esprit mür, solide de doctrine, le Traité des transactions, publié en 1824. Ce traité resté classique à l'Ecole de droit, fut plusieurs

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fois réédité et se compléta d’un projet de réforme hypothécaire. A vingt-cinq ans Firmin Marbeau achète une charge d’avoué, une des plus importantes auprès du tribunal de première instance. Il se marie peu après avec une épouse digne de lui et jouit de la position la plus florissante et la plus enviable, conquise de haute lutte en six années. Survient la révolution de 1830, Marbeau qui jusque-là s'était tenu volontairement en dehors de toute action politique, se mêle au combat. Il salue la monarchie de Juillet, devient journaliste et publie en outre des articles de journaux, plusieurs opuscules, qui lui valurent les félicitations de M. de Chateaubriand. Mais un surmenage excessif altéra sa santé, il dut, en 1831, céder sa charge et se retirer pendant quelque temps à la campage. Là, pour se délasser. il écrivit, en langue limousine, quelques-unes de ces bonnes histoires fines ou grosses qui se racontent depuis des siècles au coin du feu à Brive-la-Gaillarde.

Revenu à la santé, Marbeau va désormais consacrer uniquement son existence à l'étude et à la pratique du bien public. À la Sorbonne et au Collège de France, il se fait l’auditeur assidu de Rossi, de Cuvier, de Lherminier, d'Elie de Beaudemont, de Cousin et de Guizot; les résultats acquis à l’école de ces illustres économistes se manifesteront par la publication successive de nombreux écrits d’économie charitable, politique et sociale. Nommé en 1841 adjoint au maire du I* arrondissement de Paris

sai Pb (actuellement le VIII), il fut chargé par le Comité d'instruction primaire de faire un rapport sur les salles d'asile. Nous avons vu que ce fut au cours de son enquête que l’idée lui vint d’instituer la crèche. Fondateur des crèches, Marbeau s'’adonna tout entier à son œuvre, il en fut l'avocat, le propagateur, le légisteur, le sociologue. En 1845, il fit paraitre un petit volume intitulé : Des Crèches pour les Petits Enfants des Ouorières, dont nous avons déjà parlé et dont nous aurons maintes fois l’occasion de reparler au cours de notre travail. Là, il consigna la nécessité de l'institution, comment elle doit s’établir et fonctionner partout, ses principes, sa réglementation, son hygiène et les immenses services qu’elle peut rendre. Peu après son apparition, ce livre fut couronné par l’Académie Française qui décerna à Marbeau un prix Montyon de 5.000 francs, dont profita l'Œuvre des Crèches. Six éditions se suivirent. Le volume fut traduit en plusieurs langues, servant en tout lieu de code et de manuel. Mais là ne s’arrêta pas l’action de Firmin Marbeau ; il milita pour les crèches par la plume et par la parole, par ses appels réitérés à la charité individuelle, par ses démonstrations à l'Exposition de 1867, par ses rapports aux Congrès internationaux, par les projets de loi qu'il suscita. Et quand les difficultés surgirent, quand les détracteurs essayèrent d’ébranler el de diminuer cette œuvre qu'il avait édifiée avec tant d’ardeur, il lutta avec un courage admirable, et, à

force de foi et de volonté, il triompha de toutes les oppositions.

Bien que l'institution des crèches ait été l’œuvre capitale de Firmin Marbeau et qu'il n’ait cessé jusqu’à sa dernière heure de s’y dévouer, elle ne suffisait pas à son ardent amour de l’humanité ; de 1847 à 1872, il adressa aux Congrès, aux Sociétés, aux Commissions officielles, à l’Académie des Sciences morales et politiques, une foule de mémoires sur : la Surveillance des Nourrices, les Enfants abandonnés, l'Education populaire, l'Extinction de la Mendicité, l’Assistance, la Répression, le Travail des Prisons, l’Indigence et les Secours,le Paupérisme en France, etc. ; il prit uné part active aux œuvres philanthropiques telles que la Société d'Economie charitable, la Société des Sauveteurs, la Société protectrice de l'Enfance, la Société d'Encouragement au Bien et l’Association Corrézienne de Paris.

Les pouvoirs publics s’honorèrent en reconnaissant les services si abondamment rendus : en 1846, la reine Marie-Amélie, dont le philanthrope faisait l'admiration, obtint pour lui la croix de chevalier de la Légion d'honneur, qui, plus tard, en 1868, fut changée en celle d’officier.

Firmin Marbeau mourut le 10 octobre 1895, laissant son œuvre aux mains de son fils Pierre-Firmin- Eugène Marbeau, officier de la Légion d'honneur et conseiller d'Etat, qui fut le digne continuateur de la pensée paternelle.

NAISSANCE DE LA CRÈCHE. — Nous avons vu dans

la première partie de notre travail, que ce fut en visitant une garderie que Marbeau eut l’idée d’instituer la crèche. Il soumit son projet au bureau de bienfaisance : une commission fut nommée ; lui-même en fut le rapporteur et il s’attacha à prouver : 1° qu’il était indispensable de venir au secours des pauvres mères et des pauvres enfants ; 2° qu’une crèche était possible ; 3° qu’il en coûterait au plus 50 centimes par enfant, tout compris, au moyen d’une rétribution que la mère paierait aux berceuses, et qui aurait l'avantage de conserver intact le lien de la maternité ; 4 que les frais de premier établissement et d'entretien seraient minimes ; qu’ils seraient couverts facilement par les dons de la charité, par quelques subventions qu’on ne refuserait pas, et, au besoin, par un sermon. Le bureau ne crut pas pouvoir concourir officiellement à cette œuvre privée ; mais la plupart de ses membres s’empressèrent de souscrire, et leurs noms figurent sur la liste des fondateurs.

Mre Curmer, qui étaitbien connue de tous les pau-, vres de Chaillot, accepta les fonctions de directricetrésorière et souscrivit la première. Le curé de Chaillot recommanda au prône la crèche future et fit une quête. La princesse royale donna, pour elle etson fils, ce qu'il fallait pour compléter les frais de premier établissement. Madame la Supérieure des sœurs de la Sagesse trouva, près de la maison de secours dont la direction lui était confiée, un local bien modeste mais qui suffisait à l’essai (89, rue de Chaillot).

Mr° Curmer, le D' Cannet et M. Framboisier, administrateur du bureau de bienfaisance, dont l’aïeul avait fondé le bureau des nourrices, s’occupèrent de l'installation ; « douze berceaux, quelques chaises, quelques petits fauteuils, un christ, un cadre sur lequel était affiché le règlement, voilà de quoi se composait le mobilier de la crèche ! Les frais de premier établissement n’ont pas atteint 360 francs ». Deux pauvres femmes sans ouvrage, toutes les deux mères de famille et dignes de confiance, furent choisies comme berceuses. Marbeau écrivit au préfet de la Seine,au ministre de l'Intérieur et au ministre de l’Instruction publique pour les informer de sa teñtative et leur demander des secours ; le ministre de l’Intérieur envoya aussitôt un premier secours de 500 francs. Une autorisation fut aussi demandée au préfet de police, qui s’empressa de l’accorder, après s'être assuré de la salubrité du local.

Le 14 novembre 1844, la crèche fut ouverte et bénie par le curé de Chaillot en présence des fondateurs, des dames inspectrices de l’asile et des dames de charité. Voici comment Marbeau, dans son petit livre Des Crèches raconte cet événement : « Les enfants criaient tous à la fois. Les mères et les berceuses les prirent dans leurs bras ; aussitôt les pleurs cessèrent, comme si ces pauvres créatures avaient senti qu'on venait les délivrer du mal. Quelques mères pleuraient de joie, et les berceuses, arrachées à la misère, joignaient leurs bénédictions aux bénédictions des pauvres mères. I1 n’y avait que-

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huit berceaux ; mais en peu de jours ls charité compléta le nombre de douze, et l’argent et le linge abondèrent... »

L'INSTITUTION NOUVELLE RECUEILLE TOUS LES SUF- FRAGES. — La crèche était née, mais il fallait faire subsister l’œuvre et la répandre ; c’est à quoi Marbeau et ses collaborateurs s’'employèrent, nous allons voir qu'ils réussirent pleinement.

La Presse. — Et d’abord pour attirer les dons et propager l’idée, un prospectus tiré à quelques milliers d'exemplaires fut distribué aux personnes charitables et publié pâr les journaux de toutes nuances. Ce prospectus intitulé : Crèche pour les enfants pauvres, rue de Chaillot, 89, appela de nombreux visiteurs à la crèche où fut placé un tronc pour recevoir les offrandes. Mais la plupart des journaux ne se contentèrent pas de reproduire le prospectus ; des articles concernant l'institution nouvelle parurent dans le Constitutionnel, l’' Epoque, le Journal des Débats, le Moniteur Parisien, le Siècle, la Presse, l'Ami de la religion, la Démocratie pacifique, la Revue britannique, les Annales de la Charité ; puis le Courrier du Pas-de-Calais, le Courrier de la Gironde, le Journal de Reims, le Petit courrier des Dames,le Courrier des Electeurs, la Chronique du Mois, la Médecine domestique, le Mémorial catholique, la Revue de l'Enseignement des Femmes, l’Industriel de Champagne, la Santé, etc.

Les théâtres. — Le Cirque National et l’Hippodrome donnèrent une représentation de gala au

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