L'INSTRUCTION PUBLIQUE ET POPULAIRE
'B»iid«nt les quatre derniers SjiàciAs.
* i .i ii«»<
'Nous entreprenons une étude qui, jusqu'à ce jour, n'a point été faite pour la ville de Troyes, et nous ignorons si elle a jamais été écrite pour aucune ville de France.
Nous connaissons quelques histoires sur l'instruction publique en France, et notamment les articles si substantiels et si précis du Dictionnaire historique des institutions de la France, par M. Chéruel. Nous connaissons aussi l'Histoire de l'instruction publique écrite par M. Vallet de Viriville, qui consacre un volume de 400 pages in4o à l'analyse des faits qui se rattachent à son sujet depuis l'origine du christianisme jusqu'en 1852, c'est-à-dire, qu'il s'occupe des universités, des collèges, des académies, des bibliothèques publiques. Ces travaux utiles ne peuvent se tenir que dans les plus hautes régions historiques.
Notre cadre sera beaucoup plus restreint, beaucoup plus
modeste, puisque nous ne sortirons pas de la ville de Troyes,
ancienne capitale de la Champagne. Notre but sera d'entrer dans des détails circonstanciés sur l'instruction, à Troyes, avant 1789. Nous avons eu la satisfaction de rencontrer dans lios explorations paléographiques de nombreux documents qui jettent, nous le pensons, quelques lumières nouvelles sur la marche générale de l'instruction publique et populaire en France, pendant les quatre derniers siècles. Si nous remontons au-delà du xv® siècle, c'est pour grouper dans une même étude tout ce qui peut se rapporter à notre ville en même temps qu'à notre sujet, digne, surtout à notre époque, d'être étudié dans ses détails les plus intimes.
Le plus grand nombre des écrivains qui se sont occupés et s'occupent de notre passé historique, de nos anciennes institutions peuvent penser, car ils ne nous l'ont jamais dit, que l'instruction publique, et en même temps populaire, s'est développée graduellement avec le temps, et qu'à notre siècle seulement appartient l'honneur d'instruire les classes inférieures, le peuple. L'histoire générale de la France nous éclaire bien peu sur les péripéties par lesquelles, en France, passa l'instruction populaire dans le cours des siècles. Il n'y est jamais question que de ce qui brille, de ce qui éblouit. On nous dit bien que la fin du xv^ siècle fut le commencement de la Renaissance ; que le xvi® vit s'élever une multitude de monuments dus à l'habileté des architectes et des sculpteurs, que de magnifiques peintures ont été exécutées par des artistes d'un talent, d'un génie même qui n'a pas été dépassé; qu'en littérature ce siècle produisit, plus que beaucoup d'autres, en prose comme en poésie; qu'au xvu® siècle, Louis XIY, resplendissait du haut de son trône élevé dans le magnifique palais de Versailles entouré d'artistes et de littérateurs, d'un talent supérieur, de génie même. On nous dit enfin que le siècle de Voltaire jetait une vive lumière, sinon autour de Louis XV, au moins sur la société de son époque. Mais jusqu'à ce jour peu ou point ont cherché à découvrir ce qui se passait sous cette couche brillante qui sert à caractériser, à peindre chaque siècle, mais dont l'éclat empêche de
à entrer voir, de deviner même ce qui se passait dans des régions
Troves, moins élevées. Il semble que Tinstruction publique et popu-
*er dans laire aurait dû marcher d*un pas plus modeste, mais à peu
umeflfe près égal dans cette grande période de quatre siècles. Il n'en
llessjB est cependant pas ainsi, nous pensons le démontrer.
^^ ^ Le XV® siècle, selon nous, est celui où il faut commencer à
emoD- fj^jj.g l'histoire de l'instruction populaire, parce qu'avant cette
is uDe époque, s'il y avait des écoliers, ces écoliers se vouaient pour
lie en le plus grand nombre à la carrière ecclésiastique ; ils étaient
oqnt clercs pour le moins, et nul ne pouvait être clerc sans l'au-
torisation de son seigneur, et comme un clerc ne devait pas yésel se marier, l'autorisation était, non la règle, mais l'exception.
nsti- Les écoliers n'étaient pas nombreux en dehors des universi-
que tés, des grandes écoles ou collèges étabUs à Paris et dans
\ ii. quelques grandes villes de France. Dans le cours du xv® siè-
ècje cle, la liberté se développe, le calme, la paix, la sécurité, les
]f^. affaires donnent naissance à des besoins sociaux d'un ordre
plus élevé, inconnus jusque-là. La science, c'est-à-dire l'écriture, la lecture, le calcul, la grammaire, n'est plus du do- 2'v maine exclusif des clercs, elle appartient à tous; on veut sa-
it voir lire, on sait écrire ; le chant d'église et le latin ne sont
g. plus les seules connaissances dont les hommes ont besoin.
j. Puis, arrive le xvi® siècle et alors se développe ce besoin, de-
venu si général et si impérieux que manouvriers, charretiers, charrons, maréchaux, laboureurs, artisans de toutes professions, tous savent écrire ; le négoce connaît la langue française ; les femmes peuvent se rendre utiles par les connaissances qu'elles ont puisées pendant leur enfance, dans les écoles ou publiques ou privées, et tous ou presque tous savent se servir de la plume et connaissent la lecture, l'orthographe et la langue française.
Mais après ce siècle, alors qu'Henri IV, que Richelieu, que Mazarin, que Louis XIV continuant la même œuvre de centralisation, après qu'ils eurent enlevé à la France le sang qui circulait peut-être avec trop d'énergie dans ses veines au XVI» siècle, ohi alors le spectacle change. L'entourage du
ce,
roi, de la coar, les grands, l'hôtel de HambouiUet, quelques Mécènes en imposent à l'histoire. Ils coimrent, tous «es beaux esprits d'alors, d*un manteau éblouissant bien des misères morales et physiques. Nous n'irons pas dans la Dîme royale de Yauban chercher les tableaux navrants que ce soldat, non moins vaillant par sa plume que par son épée, met sous les yeux de son royal maître. Non, nous nous bornerons à dire que si la ville de Troyes avait un collège soutenu avec courage par les Oratoriens qui recevaient les nombreux enfants de la bourgeoisie , à peine comptait-elle quelques pauvres écoles dont on ne saurait même suivre la trace. Pendant un grand nombre d'années, sous le règne du grand roi, lés écoles du xvi^ siècle disparaissent même complètement. On en voit renaître de nouvelles. C'est vers 1680, sous l'influence des idées de Port-Royal, toujours dominantes à Troyes, que Nicole fonde, au milieu d'entraves, une école de filles.
C'est au xvm® siècle que l'institution des frères des écoles chrétiennes créées par le frère Jean-Baptiste de la Salle, — un Champenois, — s'établit à Troyes. Sans doute, ému de l'ignorance profonde de la population, il jette vers 1680 tes fondements d'une institution qui ne met pas moins de cent ans pour compftér en France 117 écoles, tandis que, sans y comprendre les établissements scolaires purement laïques, bien plus considérables, cette seule institution, consacrée surtout aux besoins des classes non favorisées de la forUme, atteignait ëti 1844 le nombre de 432 écoles après une réorganisation remontant seulement à 1801. Enfin, sous le souffle si brûlant des novateurs du xvni® siècle, qui ont pu voir leurs idées acceptées par la nation, et swsle règne du malheureux roi Louis XVI, se développa le besoin déjà si vivement senti d'une instruction, non pas réservée à quelques adeptes, mais distribuée à tous, aux petits comme aux •grands, en un mot, à toutes les classes de la société. Ce mouvement fut si vif que les 18 années du règne de Louis XVI virent fonder plus d'écoles grandes et petites, virent mettre au jour plus de dispositions législatives et réglementaires que
"es lie
is â
'^ toute la monarchie française n'en établit ou n'en publiât dans
*° le cours de 1200 ans.
Ainsi donc, création d'une instruction populaire et publique au XV® siècle, apogée au xvi®, déclin au xvn®, et renais- ^ sance pénible au xvin®. Telles sont en peu de mots les phases
par lesquelles passa l'instruction populaire pendant les quatre derniers siècles de notre histoire.
Mais nous devons un mot sur la valeur de l'expression: tmtruction publique. Par cette expression appliquée aux faits qui intéressent la ville de Troyes, on ne doit pas voir l'intervention de l'autorité rovale, mais seulement celle du conseil dj^ ville, puis celle de l'échevinage qui lui succéda. L'autorité royale n'eut à Troyes aucune action directe sous l'ancienne monarchiç, à l'égard de l'instruction, si l'on en excepte les dispositions législatives résultant des assemblées des Etats généraux de 1560 et de 1576 qui donnèrent naissance aux ordonnances dites d'Orléans et de Blois et aux mesures édictées par Louis XVL Sauf ces deux époques où la volonté nationale, l'opinion publique jouissent d'une grande liberté, l'action du souverain est nulle ou paraît avoir été nulle dans la ville de Troyes pour tout ce qui touche l'instruction.
Notre but est donc de mettre en lumière les faits çt les actes qui se sont accomplis dans l'ancienne capitale de la Ghanipagne, et qui se rapportent à l'instruction des enfants de la cité et de ceu^ç qui, de la banlieue, venaient y recevoir les bienfaits de l'instruction.