RESUME
Nous avons achevé notre étude. La monarchie, sous son plus ancien régime, n'a rien fait à Troyesen faveur de Tinstruction publique etpopulaire. Desdispositions réglementaires ou législatives émanées de la toute-puissance de Charlemagne, nous arrivons jusqu'au mouvement de la Réforme et de la révolution politique du xvi^ siècle, pour trouver l'expression de la volonté du souverain en faveur de l'instruction élémentaire, encore est-elle commandée par le vœu des Etats généraux. Le violent orage du xvi^ siècle passe, et la royauté reste indifférente en présence d'une population retombée dans l'ignorance. Un autre orage politique se prépare, et aussitôt l'instruction redevient un besoin que tous les bons citoyens s'empressent de satisfaire par des dons et des fondations de toutes sortes.
Si Ton découvre avec quelques difficultés au xiv® et au xv* siècle l'existence de quelques écoles, c'est surtout par le règlement de 1436 que se révèle la volonté de la communauté des habitants de Troyes de fonder un grand établissement d'instruction. Plus le siècle s'avance, mieux l'on voit cette volonté prendre de forces et se consolider; puis apparaissent les ordonnances de 1560 et de 1579. Ensuite viennent les premiers bienfaiteurs de la jeunesse, et enfin le legs de François Pithou, qui fonde pour jamais un établissement qui prit en France comme collège communal l'une des premières places. Cet établissement domina le marasme intellectuel qui
pesa sur la bourgeoisie et sur la population ouvrière pendant plus de cent cinquante ans, sous les règnes 4e Louis XIII, de Louis XIV et de Louis XV .
Les petites écoles prirent naissance vers la même époque que le Collège ou la Grande-Ecole. Elles vécurent modestement ; prirent, sou» la pression de l'opinion publique au xvi^siècle, un grand développement, et pendant trois quarts de siècle nous avons pu démontrer Texistence d'écoles dites de charité. Mais viennent les continuateurs de la monarchie de Henri IV, et aussitôt se perd la trace de ces écoles qui disparaissent avec institution de T aumône générale, leur créatrice, et Tabsence de l'enseignement populaire fait sentir son poids sur la nation. Un homme dévoué et gémissant de ce déplorable état de choses, fonde un institut, qui lutte contre des résistances opiniâtres qu'il rencontre partout. Certes t on pourrait aujourd'hui exiger un programme plus développé que celui qui fut mis en pratique par les Frères des écoles chrétiennes. Mais il ne faut pas oublier que les enfants qui leur sont confiés sont ceux que la naissance et la fortune a le moins favorisés.
C'est à notre époque qu'il appartient d'élever ce programme, de le fortifier et d'être plus exigeant que par le passé; mais enfin le Frère de la Salle est le fondateur de cet institut qui fit de la gratuité de l'instruction élémentaire une loi en faveur de la partie pauvre de la population française.
Le clergé fut pendant de longs siècles le distributeur exclusif de l'instruction. Au xv^ siècle, il commence à céder la place à quelques laïques. Il enseignera encore, mais il n'y aura plus pour lui l'obligation, comme au moyen âge, de tenir école sous les porches ou sur les parvis des églises. Il ne résigne pas ses anciennes prérogatives, mais il laissée aux gens du siècle, à des instituteurs libres, une bonne part, et souvent la plus large, dans l'enseignement primaire. La congrégation des Oratoriens ne peut être considérée comme une institution ecclésiastique ; elle relève à Troyes de l'administration échevinale, et si les Oratoriens, ou la plupart
d entre eux, sont dans les ordres, comme corporation livrée à renseignement, elle relève d'une autorité purement laïque: elle ne continue pas les errements du passé.
Nous avons été assez heureux pour retrouver des documents nombreux destinés à nous guider pendant les quatre siècles que nous avons passés en revue. Nous avons pu remonter à une époque où Tinstruction n était encore que le privilège de quelques-uns, le monopole de Tune des classes de la société. Nous avons retrouvé un certain nombre de sceaux mis en usage par ceux qui, un demi-siècle plus tard, les remplacent, dans les mêmes circonstances, par leur nom, par leur seing manuel, par leur signature. Dans le premier quart du xvi^ siècle apparaissent « les seings manuels » des artisans de toutes professions, appliquant au bas des actes qui les intéressent,d*abord un instrument de leur profession, ensuite ce même signe, mais accompagné de leur nom. Nous avons^ dans l'appendice, produit les preuves matérielles des faits cités, et, on peut en juger, certaines de ces écritures sont des modèles de calligraphie. Mai« ensuite, l'ignorance reprenant le des.sus, la France se centralisant à Versailles ou autour des beaux esprits des xvii® et xviii® siècles, la bourgeoisie commerçante et les artisans restent dans un état d'ignorance qui peut surprendre après avoir vu l'état de l'instruction au xvi^ siècle. Enfin, pour achever ce tableau, nous dirons que les scribes ou employés de l'échevinage, sous les règnes de Voltaire et de l'Encyclopédie, secouaient sans vergogne le joug trop pesant des lois de l'orthographe.
Aujourd'hui que les questions qui se rattachent à l'enseignement sont à l'ordre du jour, quelques-uns paraissent éton* nés de ce que d'autres sont favorables à la gratuité de l'enseignement. Cette question n'est pourtant pas nouvelle; on l'a vu; l'ordonnance d'Orléans, celle de Blois, le Concile de Trente firent une loi expresse de la gratuité de l'enseignement, et cette loi fut la règle commune dans la ville de Troyes pendant longtemps. Ce principe sera-t-il de nouveau mis en pratique ? Nous ne savons. Le Corps législatif nous le dira sans doute bientôt.
Rendons un dernier hommage aux généreux citoyens qui, par des dons de toutes sortes, encouragèrent l'enseignement dans l'ancienne capitale de la Champagne. Plaçons en première ligne François Pithou, puis après lui les Largentier, les Dinteville, les Hennequin, les Lombard, les de Brunneval, etc., et glorifions ces citoyens dévoués à leur pays, à leur patrie, et qui devancèrent leur époque. Enfin, témoignons un regret : c'est de ne pas voir encore sur Tune de nos places publiques la statue de Pierre Pithou, l'un des hommes qui ont le plus illustré la ville de Troyes, et celle de son frère François, qui, par ses dons, a eu tant d'influence sur l'instruction et la moralisation d'un si grand nombre de générations dans sa ville natale.