Mila, El-Milia, Djidjelli, Collo, Cherchel, etc
L'Insurrection de 1871. 23
LES ECHECS 1>E LA COALITION
Lion d’un chef politique déjà désabusé, et, au fond, disposé à entrer en pourparlers pour transiger ou pour arrêter une lutte sans issue; le bachagha mort, les rebelles n'avaient plus que la direction dangereuse des exaltés et des risque-tout, qui, avec plus de courage que de bon sens, allaient achever leur ruine en prolongeant les hostilités.
Le 5 mai, à l’Oued-Soufflat, quand les Ouled-Moqrane partirent avec le corps du bachagha, ils confièrent son cachet au moqaddem El-hadj-Mahmed-el-Djadi, et le prièrent d’en user pour cacher la mort du chef de l’insurrection. Immédiatement et pendant plusieurs jours, El-Djadi expédia de divers côtés des lettres portant l’empreinte de ce cachet, lettres dans lesquelles le bachagha annonçait qu’il allait faire un voyage dans l’est pour la cause du djehad et qu’il confiait à Boumezrag, pendant cette absence, le commandement des « combattants pour la guerre sainte ».
Celui-ci, moins intelligent, mais plus passionné que son frère, poursuivit les hostilités avec vigueur, et il n’y eut rien de changé chez les rebelles, pas même le nom de leur chef, qui fut toujours le bachagha Moqrani, car les insurgés donnèrent à Boumezrag ce titre de bachagha, et lui-même le prit dans plusieurs lettres.
Mais, à cette date du 5 mai, nos moyens d’action commencent à s’organiser : des renforts arrivent de France ; les colonnes Saussier, Cérez et Lallemand, ont déjà montré aux indigènes surpris que la France est toujours debout et qu’elle a encore des soldats. D’autre part, la coalition de l’aristocratie et des kbouans n’a plus un seul homme capable de dominer la situation et de concentrer en une action commune les efforts isolés des chefs locaux. Ni Boumezrag ni Aziz ne sont de taille à diriger cette coalition, qui cependant est leur œuvre, et le courage du premier non plus que les intrigues du second ne pourront empêcher la désagrégation et l’écrasement des forces insurgées. Tous deux serviront bien encore de drapeaux à des mécontents ou à des ambitieux qui se diront leurs alliés, mais ils n’auront plus d’adhérents volontaires, et, partout où nos colonnes se montreront, ils seront désavoués ou abandonnés, sinon par les chefs, du moins par les collectivités.
Le 5 mai, avec la mort du bachagha commence la série des échecs de la coalition des djouads et des khouans.
Ce jour-là le général Lallemand, campé à Markout1, recevait les députations des Khachna qui demandaient à se soumettre.