AUTOUR DU HAMZA
Pendant ce combat, un groupe d’insurgés du Ahl-el-Qsar, sachant que la colonne Goursaud était en marche sur Aumale pour se ravitailler, vint razzer, près d’Es-Senam, les troupeaux des Beni-Meddour, Merkhalla et Oued-Berdi, nouvellement soumis.
Boumezrag revint alors dans le pays, et, le 15 juin, à la tète d'une centaine de cavaliers et de fantassins du Ahl-el-Qsar, il tombait sur les Beni-Amar, entre Es-Senam et Aïn-Hazem, et leur enlevait 300 moutons, 15 bœufs et 8 chevaux.
Le même jour, le lieutenant-colonel Trumelet amenait un renfort à la colonne de Sidi-Aïssa, dont il prenait le commandement.
Ayant appris la dernière razzia de Boumezrag, il renvoya à Aumale le goum des Ouled-Soltane renforcer les postes-vedettes couvrant l’est de la ville, du côté de Smeïda.
Le colonel Goursaud, qui, le 17, était arrivé à l’Qued-Berdi, allant vers Aumale, prit ses dispositions pour marcher le lendemain contre les rassemblements installés au Ahl-el-Qsar, et il envoya un courrier au colonel Trumelet pour l’inviter à appuyer ce mouvement en faisant une démonstration vers TOued-Okhis.
Le 18 au matin, il se mit en route; mais, au lieu de prendre l’un des deux chemins tracés qui de l’Oued-Sahel conduisent a.ux groupes formés par les trois villages d’El-Qsar, il .prit à travers bois et suivit la crête dite Ighil-Igenni, qui aboutit au col dominant le plateau circulaire sur lequel sont les trois villages '.
Surpris par cette attaque survenant d’un côté qu’on croyait impraticable pour une colonne française, les gens d’El-Qsar prirent la fuite et firent filer leurs troupeaux. Ils arrivèrent alors trop tard pour défendre le "col, qui fut occupé sans coup férir par les éclaireurs formant notre avant-garde.
Les positions dominant les villages de l'autre côté furent ensuite enlevées par ces mêmes éclaireurs, après un engagement de courte durée, dans lequel nous n’eûmes aucun homme blessé.
Quand le gros de la colonne arriva, les villages étaient déserts. On les incendia, et on démolit la maison de l’amine Ben-Amar, principal chef des rebelles.
Les reconnaissances envoyées dans les environs rencontrèrent de
1. Le Ahl-el-Qsar comprend trois villages : Zriba, Ouled-ltaclied, O. Ziane (ou Ouled- Abdallah). Ils étaient indépendants sous les Turcs et vassaux des Ouled-Moqrane, auxquels ils payaient un tribut; ils comptaient alors 1,880 habitants et étaient divisés en deux soifs : les O. Karkouf et les Bechachma.
L’Insurrection de 1811. 2ii
LES ECHECS DE LA COALITION
nombreuses vedettes qui, invitées à se rendre, lâchaient leur coup de tus.il et prenaient la fuite.
Le manque d’eau ne permettait pas de camper longtemps sur ce point avec de la cavalerie; on y passa seulement la nuit, et le 19 au matin on reprit la route de l’Oued-Berdi, en suivant le chemin à mi-côte du piton d'El-Mecine. Il y eut un petit engagement à l’arrièregarde, où nos éclaireurs surprirent et tuèrent 4 insurgés; le soir on campait à l’Ûued-Berdi.
Ce jour-là, bien avant le jour, le colonel Trumelet1 avait fait partir, dans la direction du Ald-el-Qsar, les trois goums présents à sa colonne : celui d’Aumale, 150 cavaliers commandés par le capitaine Cartairade ; celui de Médéa, 300 cavaliers commandés par le capitaine Coyne, et celui de Boghar, 150 cavaliers sous les ordres du capitaine Labayle.
Quand ces goums arrivèrent sur l’Oued-el-Hammam, ils furent signalés aux rebelles par des feux allumés simultanément sur le Djebel- Tagdit, le Djebel-Afroun et le Djebel-Attach.
A huit heures du matin, on rencontra quelques cavaliers ennemis qui furent poursuivis jusqu’au Khemis des Ouled-Messellem. Là, en avant du caravansérail de l’Oued-Okhris, on vit un autre goum d’environ 150 cavaliers qu’on prit pour celui du lieutenant Iseri. On se dirigeait de ce côté, quand, tout à coup, on se trouva enveloppé par de nombreux contingents à pieçl et à cheval : c’étaient toutes les forces des Ouled-Moqrane qui se rendaient au Ahl-el-Qsar pour combattre le colonel Goursaud.
En ce pays boisé et tourmenté, les fantassins bien retranchés avaient une grande supériorité sur les cavaliers, surtout sur ceux du Tittery et de Boghar, peu habitués à se battre dans de pareils terrains. Les rebelles étaient bien plus nombreux que nos goumiers ; quelques-uns avaient des chassepots, et ils étaient commandés par l’élite des Moqrani : Boumezrag, Mohammed-ben-Abdesselem et Saïdben-Boudaoud.
Le combat fut très vif; les rebelles firent tous leurs efforts pour couper la retraite à nos auxiliaires; mais les trois chefs de bureau arabe furent bien secondés par Ali-ben-Abderrahmane, caïd des caïds des O.-Moktar-Cheraga; par Mahieddine-ben-Delhis des Rahmane-
1. Le colonel était alors au Djebel-Naga, à Aïn-Tofba, à 4 kilomètres de Sidi- Aïssa; le billet qui lui avait été envoyé ne lui arriva que le 18 à huit heures du soir, le courrier, qui cependant n’avait qu’une cinquantaine de kilomètres à parcourir, ayant perdu du temps à Aumale.
AUTO UK DU IIAMZA
Gheraga de Boghar; par Zaoui-ben-Messaoud, caïd des caïds des Adaoura, et par Saïd-ben-Amor des Ouled-Dris. Ils forcèrent le passage d’un étroit défilé fermant la route et battirent en retraite en faisant, à plusieurs reprises, des retours offensifs.
Dans ce combat, nos goumiers eurent 9 hommes tués, 9 blessés et 19 chevaux hors de service. Les pertes de l’ennemi devaient être au moins aussi fortes, sinon plus 1 .
Des deux côtés on s’attribua le succès de la journée. En réalité, cette affaire avait empêché les Uuled-Moqrane d’attaquer la colonne (ioursaud allant du Ahhel-Qsar à l’Oued-Berdi; mais nous avions battu en retraite, et les rebelles regardèrent comme un succès cet engagement, qui est connu dans le pays sous le nom de combat de l'Oued-Bouassakeur, et que les gens de Médéa ou de Boghar appellent plus volontiers le combat du Khemis des Ouled-Messellem.
Quoi qu'il en soit, le 20 juin, les tribus de Ahl-Sebkha, Beni-Yala, Merkhalla et Beni-Meddour, venaient au camp de l’Oued-Berdi faire leur soumission au colonel Goursaud; aucune attaque n’eut plus lieu, ni dans les environs d’Aumale, ni à la colonne de Sidi-Aïssa, et le colonel Goursaud put, sans être inquiété, faire sortir d’Aumale un ravitaillement qu’il amena, le 27 juin, au bordj de Beni-Mansour.
Le 28, sa cavalerie, envoyée en reconnaissance chez les Beni-Abbès, rencontra chez les Beni-Ouidane un groupe de rebelles auxquels elle tua une quinzaine d’hommes et, entre autres, le nommé Belgacemou-Bettach, leur chef.
Pendant ce temps, les Beni-Mellikeuch et plusieurs fractions des Beni-Abbès étaient à notre camp en train de faire leur soumission.
Le même jour, avant le lever du soleil, dans la partie nord du llamza, un fort parti des Ouled-el-Aziz restés en insurrection enlevait aux Ouled-Bellil fidèles un troupeau de 180 bœufs. Ces rebelles étaient conduits par les deux frères Arab et Saïd-Oukl-Belgacem, agents actifs de Boumezrag et hommes de poudre renommés dans le pays.
Le caïd des Uuled-Bellil, Mohammed-ben-Mansour, se jette aussitôt à la poursuite des pillards; mais son goum, arrêté par les difficultés du terrain et par le feu des Ouled-el-Aziz, hésite un instant; le caïd enlève son cheval et se précipite en avant, seul avec le cadi de
1. Nos pertes se réparlissaient ainsi : Aumale, 7 tués, 8 blessés, 12 chevaux. • — — Boghar, 1 — U — 2 — •
— — Médéa, 1 — 1 — l —
LES ECHECS DE LA COALITION
Bouïra; une balle en pleine poitrine le démonte, et, pendant que le cadi met pied à terre pour le relever, Ben-Mansour a encore la force de décharger son pistolet sur les rebelles qui l’entourent; mais il retombe mort, et le cadi n'a que le temps de sauter à cheval pour ne pas être pris. Aussitôt les Ouled-el-Aziz décapitent le cadavre du malheureux caïd.
Cette perte fut douloureuse pour tous, car Mohammed-ben-Mansour était un homme de bien qui avait su se concilier les sympathies des Européens et des indigènes par sa parfaite honorabilité et par son inépuisable charité. Il nous avait plusieurs fois prouvé son dévouement; aussi, dès les débuts de l’insurrection, les agents des Moqrani avaient brûlé sa maison, car ils savaient que sous son bernous battait un vrai cœur de Français.
A cette date du 28 juin, le colonel Trumelet, prévenu par le colonel Goursaud que Boumezrag était chez les- Üuled-Messellem, quittait son camp d’Aïn-Tolba (près Sidi-Aïssa) et venait s’établir sur le territoire de la tribu rebelle, au sud du Djebel-Tagdit, au plateau d’El- Kelkha; mais il n’y eut aucune attaque de ce coté.
Le 30, la colonne rentra à Aumale se ravitailler, et elle repartit sept jours plus tard pour camper à El-Grimidi, près Sidi-Aïssa.
Quant au colonel Goursaud, après un court séjour à Beni-Alansour, il alla par petites journées chez les Ouled-el-Aziz, près des sources de l’Oued-Bezzit, et, le 4 juillet, il montait sur les pentes du Djurdjura jusqu’au Teniet-Djaboub, où s'étaient retranchés tous les Ouled-el- Aziz et une partie des Igouchdal de Dra-el-Mizane.
Sur le chemin étroit qui conduit au col, il n'y avait pas moins de quatorze barricades : le col était barré par trois étages de retranchements. Sous la protection de l'artillerie, 3 compagnies (2 de tirailleurs, 1 de zouaves) et la cavalerie à pied abordent de front cette formidable position, pendant que 3 autres compagnies escaladent le sommet d’une crête escarpée, du haut de laquelle leurs feux prennent à revers les retranchements de l'ennemi.
Ce mouvement met fin à l'énergique résistance des Qbaïls et les force à se replier. Deux positions, sur lesquelles ils essayent de se maintenir, sont enlevées avec entrain par les zouaves, la légion et les tirailleurs, qui rivalisent de bravoure.
Bientôt l’ennemi est en fuite; ses pertes sont considérables; sur un seul point on trouve près de 10U cadavres qui n’ont pu être emportés, et partout on voit des traces de sang.
Ce succès nous coûtait la mort d’un ollicier, le sous-lieutenant
AUTOUR DU UAMZA
Crouzet, tué à bout portant en enlevant une barricade à la tète de sa section, 2 hommes tués et 29 blessés, dont un officier, le capitaine Thomas, des tirailleurs.
La colonne s'installa à côté du Tizi-Djaboub, au lieu dit Maalil- Ramdane, où elle devait rester jusqu'au 18 juillet.
Les trois premières nuits, ses grand’gardes furent tenues en éveil par une fusillade presque continue.
Le 0, une reconnaissance fouilla les villages des Ouled-Aziz, avec lesquels elle échangea quelques coups de feu. Un éclaireur fut grièvement blessé.
Le 11, un fort détachement de toutes armes, sous les ordres du colonel, alla occuper les crêtes du Djurdjura pour faciliter à la colone Gérez l'attaque des villages des Aït-Gouffi. L’artillerie seule fut engagée '.
Le 12, une reconnaissance, sous les ordres du commandant de Monleveau, marcha contre les Merkhalla, qui n’avaient pas exécuté les conditions imposées. Leur village fut enlevé et incendié après un court combat dans lequel l’artillerie fit toute la besogne; l’ennemi eut 40 hommes tués ou blessés sans que nous ayons eu un seul des nôtres hors de combat.
Le 18, tout le Hamza était soumis et la colonne Goursaïul rentrait à Bouïra.