‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 118 sur 202 · AUTOUR 1)U H A M Z A · texte numérisé non relu

AUTOUR 1)U H A M Z A

L'enlrée en ligne de l’infanterie nous permet de reprendre l’offensive, et, quand les rebelles voient le général sortir du camp avec de nouvelles troupes, ils lâchent pied et se sauvent dans la montagne.

Après ces trois affaires, la colonne resta deux jours à Beni-Mansour. Le 27 mai, nos soldats démolirent le village des Aït-Bouali, qui commandait le bordj et qui avait servi de poste avancé aux rebelles. On y trouva la voiture blindée et l’affût du canon fabriqués par les Béni- Abbés.

Le même jour, une reconnaissance des goums laissés à Aumale surprenait près le caravansérail de l’Oued-Okhris un parti ennemi fort de 30 cavaliers et 500 fantassins qui venaient de piller les silos des Ouled-Salem soumis. Nos auxiliaires mirent 35 des rebelles hors de combat et leur enlevèrent 3 prisonniers, 40 mulets et 2 chevaux; mais ils eurent 3 hommes blessés et 3 chevaux tués.

Le 28, le général fit brûler les villages déserts d’Aït-Mansour, Jghil, Tighilt, Taourirt et Bouitlane, qui avaient hébergé les insurgés et leur avaient facilité le blocus du bordj.

Malgré cette destruction de cinq deleurs villages, malgré les pertes subies dans les trois combats du 26, malgré le sympathique concours de nombreux notables, les rebelles ne firent, pendant ces deux jours, aucune ouverture de soumission. Cela tenait à ce que, dès le début de l’insurrection, les gens de la vallée de l’Oued-Sahel avaient envoyé leurs troupeaux et quelquefois leurs familles dans les tribus voisines des crêtes du Djurdjura; et ils ne pouvaient se soumettre sans s’exposer à être ruinés ou attaqués par leurs anciens alliés encore en état de guerre; de plus, ils craignaient toujours l’arrivée, plusieurs fois annoncée, de Boumezrag et de nouveaux contingents étrangers au pays.

En effet, Boumezrag arriva le 28 à Boudjellil, où il reçut la visite du marabout de Chellata Ben-Ali-Ghérif, venu, avec son fils : pour s’excuser de n’avoir pas assisté aux funérailles du bachagha; pour demander à Boumezrag de le protéger contre Aziz le cas échéant, et enfin pour engager le chef des Moqrani, pendant qu’il en était temps encore, à ne pas assumer la grosse responsabilité de continuer une lutte désormais sans issue, puisque l’insurrection de la Commune de Paris était terminée et que la France allait envoyer de nombreuses troupes en Algérie.

Boumezrag ne voulut rien entendre, et, après une entrevue de vingt minutes, Ben-Ali-Chérif remonta à cheval et rentra à Akbou.

Le chef des rebelles passa le reste de la journée à organiser ses

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contingents; à la nuit, il avait près rie lui 3,000 fantassins et il était certain d’en trouver 1,500 autres le lendemain sur sa roule.

Le général Gérez ne fut pas très bien renseigné sur cette concentration : nos meilleurs agents étaient alors près de lui, plus préoccupés de faire valoir leurs services passés et de protester de leurs bonnes intentions que de nous servira distance. Cependant il fut averti et se tint sur ses gardes.

Il laissa un renfort de 25 zouaves dans le bordj, dont le commandement fut remis au capitaine Odon, récemment promu chef de bureau arabe. Le capitaine Mas, les colons et leurs familles vinrent, le 28 au soir, coucher au camp, pour part h' le lendemain 29 à cinq heures du matin.

Le général était en route depuis une heure, et il arrivait dans les terrains un peu difficiles et boisés, au bas de la forêt d’Ahnif, près l’irzar Oukabouch, quand des cavaliers vinrent tirer sur son arrièregarde : c’était le prélude de l’attaque par les contingents de Boumezrag.

Aussitôt le convoi est envoyé en avant sous l’escorte de 2 bataillons et d'un escadron. La colonne fait face en arrière, les éclaireurs du capitaine Rapp et le goum du capitaine Abdelqader1 2 sont déployés à droite sur les premières pentes de la forêt. Au centre l’infanterie, en deux colonnes ayant chacune une section d’artillerie, est réunie sous les ordres du colonel Méric; à gauche la cavalerie, sur les terrains d’alluvion et jusque dans l’Oued-Sahel, est commandée par le colonel Goursaud.

A sept heures, Boumezrag attaque avec 200 cavaliers et plus de 4,000 fantassins; l’action s'engage à la fois sur toute la ligne. Bientôt les rebelles, refoulés au centre par l’infanterie contre laquelle ils ne peuvent tenir, se jettent sur les ailes; mais déjà, à notre droite, les goums el les éclaireurs ont débordé les contingents ennemis et les ont tournés; soutenus alors par les zouaves du commandant Barberet, ils les poursuivent sabre au poing jusqu’à près de 3 kilomètres.

A notre gauche, dans la rivière?, le goum de Boumezrag a été

1. A peu près à l’endroit connu sous le nom du col des Pins. A cette époque, où il n’y avait ni route nationale, ni chemin de fer, ni villages européens dans le voisinage, la forêt d’Ahnif descendait plus près de la rivière, le pays était moins cultivé et plus sauvage.

2. Alors caïd des Ouled-Ferah du Dira d’Aumale, plus tard aglia de Ouargla. .'i. Le lit de l’Oued-Sahel a, en cet endroit, de 200 à 300 mètres de large; mais

à cette époque de l’année il n'a plus que quelques centimètres d'eau courant entre les galets sur une largeur de 5 à 10 mètres.

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arrêté par le feu des zouaves ; là aussi nous prenons vite l'offensive : le 23e bataillon de chasseurs, sous les ordres du commandant Bayard, et les zouaves du capitaine Sonnois, qui a son cheval tué sous lui, poursuivent les rebelles jusqu'aux premières crêtes qui dominent la rive gauche de la vallée.

Le combat et la poursuite durèrent jusqu’à onze heures et demie; Boumezrag faillit çtre pris, son cheval fut blessé, et une partie de ses armes furent enlevées par un éclaireur. Son khodja fut tué par le caïd des Mahia, Mohammed-ben-Brahim : il était porteur du cachet du bachagha, dont se servait encore Boumezrag pour cacher la mort de son frère. Plus de 100 fusils (presque tous des armes de luxe) furent ramassés ou enlevés par les éclaireurs.

Nous n'avions que quelques hommes blessés, tandis que les pertes de l'ennemi étaient considérables : dès onze heures du matin, les contingents kabyles du pays s'étaient préoccupés d'enlever leurs morts, parmi lesquels étaient plusieurs notables, entre autres, l’ancien amineel-oumena des Beni-Yala, Slimane-ou-Saïd , principal instigateur de l’insurrection dans cette tribu si compromise.

Le combat terminé, l'enlèvement des morts continua toute la journée, et les montagnards rentrèrent dans leurs tribus, malgré toutes les objurgations de Boumezrag qui, retiré chez les Mechdalla avec son goum, essaya en vain de les rallier autour de lui : il n’y réussit pas, et, dans la nuit, il repartit pour la Medjana. Quant au général, ne voyant plus d’ennemis, il avait continué sa route et campait le soir à El-Adjiba, pour de là remonter au nord du Hamza et aller débloquer Drael-Mizane. Il devait en route prendre deux pièces d’artillerie et un ravitaillement envoyé d'Alger, sous l’escorte de 1,800 hommes; conduits par le lieutenant-colonel Désandré.

Le 30 mai, la colonne était à Bouïra; elle y restait le 31, pour recevoir la soumission des Beni-Maned et celle des dernières fractions insoumises des Senhadja. Le 1er juin, elle était à Bled-ben-Haroun et le 2 à l'Oued-Zbourboura où, le lendemain à deux heures, arrivait le convoi du colonel Désandré.

Pendant ce temps, au sud du Hamza, les rebelles subissaient de nouveaux échecs.

Le 29 mai, la colonne Muel avait quitté son camp de Sidi-Aïssa pour parcourir les Ouled-Msellem, Ouled-Sidi-Hadjerès, Ouled-Sidi- Abdallah et Ouled-Sidi-Brahim. Le 1er juin, ses goums, sous la conduite du capitaine Coyne, avaient rencontré, à Bled-Amoura, des Ouled-Sidi-Brahim, les contingents de Saïd-ben-Boudaoud, forts de plus

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de 301) chevaux et de nombreux fantassins. Un engagement avait eu lieu, à la suite duquel l'ennemi avait été battu et avait pris la fuite, emportant 12 ou 15 hommes tués.

De notre côté, nous avions eu 8 blessés, dont un, mortellement atteint, avait succombé le lendemain. Après ce combat, la colonne Muel ne rencontra plus d'ennemis devant elle, et elle rentra le 9 juin au camp de Sidi-Aïssa.

Au nord du Hamza, la colonne Cérez fut forcée de rester, le 4 juin, à Zbourhoura, à cause du mauvais temps; le général ne put se mettre en marche sur Dra-el-Mizane que le 5 à neuf heures du matin.

La route conduisant de la vallée à cette ville suivait alors la crête d'un contrefort que coupait un col facilement défendable. Les rebelles avaient hérissé cette route de retranchements en pierres sèches et ils avaient tout particulièrement fortifié le passage du col.

Le général Gérez, bien renseigné sur ces dispositions, avait placé en queue son énorme convoi et en avait confié la garde au commandant Bayard, sous les ordres de qui il avait mis un fort détachement et une section d’artillerie.

Dès qu’on fut arrivé à proximité des crêtes, l’infanterie, conduite par le colonel Méric, attaqua sur quatre points à la fois. L'attaque de droite était confiée au lieutenant-colonel Noëllat, celle de gauche au lieutenant-colonel Désandré.

En même temps, la cavalerie marche à mi-côte sur chaque flanc des crêtes, à travers des terrains impossibles, que seuls les chevaux arabes peuvent franchir.

Nous avons devant nous près de 4,000 combattants : en face notre droite, les Guechtouia et les gens des Gaouaoua ‘, venus de Fort-National et commandés par le caïd des Harchaoua Ahmed-ben-Aïssa; devant notre gauche sont les tribus de Dra-el-Mizane, commandées par Ben-Telaach, caïd des Nezlioua.

Menacés d’ètre tournés par les ailes et voyant leurs barricades des crêtes balayées par l’artillerie, les rebelles abandonnent la route et

1. Les Igaouaouène ou Gaouaoua, dit aussi Zouaoua, du cercle de Fort-National, formaient deux grandes confédérations: 1° celle des Aït.-Betroun comprenait quatre tribus et lit, 749 habitants ainsi répartis : Aït-Yenni, 6 touflk, 7 hameaux, 5,139 habitants; — les Aït-Ouassif, 7 touiik, 5,532 habitants; — les Aït-bou-Akkach, 4 touflk, 3,120 habitants; — les Aït-Boudrar, 6 touiik, 9 villages, S, 958 habitants; 2° la confédération des Aït-Menguellat, quatre tribus, ■14,429 habitants, savoir: Aït-Menguellat, 7 toüfik, 20 villages, 4,730 habitants; — Aït-Attaf, 2 touflk, 5 hameaux, 2,395 habitants ; — les Akbil, 5 touflk, 12 villages, 3,936 habitants ; — les Aït-bou-Yousef, 5 touflk, 10 villages, 3,3 48 habitants.

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reportent tous leurs efforts sur les flancs de la crête. Mais, en dépit de leur énergique résistance, ils sont délogés de toutes les positions. Ils essayent bien des retours offensifs, mais ils ne réussissent qu'à se faire écraser par l'artillerie. Au col, où ils tiennent un peu plus longtemps, ils sont tués à coups de baïonnettes par le 4e zouaves de marche.

A deux heures, le combat était terminé; nous avions deux zouaves tués et quelques blessés : plus de 200 rebelles avaient été mis hors de combat.

A trois heures, les habitants et la garnison de Dra- el-Mizane saluaient la colonne de leurs vivats joyeux, et le général Gérez répondait en félicitant le commandant Moutz et les braves assiégés, civils, militaires ou indigènes, qui tous avaient dignement fait leur devoir pendant ces 46 jours de blocus.

Dès le lendemain, la tribu des Harchaoua faisait sa soumission ; elle vint, conduite par son caïd Ahmed-ben-Aïssa, qui jura de faire oublier sa défection par son zèle à nous servir, et il tint parole.

D’autres tribus se préparaient à faire la même démarche, quand le général Gérez reçut l'ordre de marcher sur les Maatka et de faire sa jonction avec la colonne du général en chef pour coopérer au débloquement de Fort-National.

Avant de se mettre en route, il organisa une petite colonne de trois escadrons, un bataillon et une section d’artillerie, qui, sous le commandement du colonel Goursaud, devait retourner dans le Hamza et opérer sur tout le pays compris entre le Djurdjura, Aumale et Beni- Mansour; on nomma cette nouvelle colonne : «colonne de l’Oued- Sahel. »

Le 8 juin, elles quittaient, toutes deux, Dra-el-Mizane ; le général Gérez couchait à Bordj-Boghni 1 et allait dès lors opérer, pendant un mois, sous les ordres du général Lallemand; le colonel Goursaud campait à Bouïra.

La présence de troupes dans le Hamza était urgente, car l'éloignement de la colonne Gérez laissait les rebelles des sources de l’Oued- Sahel maîtres du pays.

Le 13 juin, vers les huit heures et demie du matin, les Aït-Mansour2,

1. La suite des opérations de la colonne Cérez se trouve plus loin, livre lit, chapitre v : Dans i.e Djurd.iuha.

2. Le mot Ait signifie fils, clan, groupe ; c’est le vocable berbère dont se servent les Qbaïls ; il est souvent remplacé par le mot arabe Béni.

Nous avons donné le nom de bordj des Beni-Mansour au fort situé au confluent de l’Oued-Mahrir et de l’Oued-Sahel, chez les Aït-Mansour.

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Cherfa, Aït-Khani et autres, au nombre d’environ 600, marchaient en deux groupes sur le bordj de Beni-Mansour , moins peut-être dans l'intention de s’attaquera ces murs bastionnés, dont ils connaissaient la force, que dans le but de resserrer le blocus, singulièrement élargi par le capitaine Odon, depuis le départ du général.

Mais le capitaine n’entendait pas se laisser enfermer; aux premiers coups de fusil, il fit occuper par 25 tirailleurs l’excellente position du village des Aït-Bouali, une longue arête de terrain qui couvre la face sud du bordj.

La face nord fut défendue par une seconde ligne de tirailleurs placés en avant de la porte et bien embusqués sur le coteau dominant les oliviers de la rive gauche de l'Oued-Mahrir.

L’ennemi occupa ces oliviers avec une partie de ses contingents et posta le reste sur l’éminence où étaient les habitations de la famille de Si-Mohammed-ben-Taïeb, qui avait crénelé les murs de la principale maison.

L’action dura plus de six heures ; il fallut, pendant près d’une heure el demie, lutter, pied à pied, pour déloger les Qbaïls des oliviers et les reje.ter sur la rive droite de l’Oued-Mahrir; quelques tirailleurs isolés gardèrent la position, et le reste, tournant à droite, alla concourir à l’attaque de la maison crénelée qui résistait toujours. En raison du petit nombre de ses combattants, le capitaine ne voulait ni ne pouvait brusquer le mouvement, et c’était par la justesse du tir et la ténacité de ses hommes qu’il arrivait à gagner du terrain.

A dix heures et demie on avait à peu près éloigné les contingents déployés autour de la maison, dans laquelle s’étaient réfugiés les plus énergiques des rebelles.

On l’aborda alors par les points que les créneaux ne pouvaient battre; on apporta des broussailles enflammées qui brûlèrent les portes, et les derniers défenseurs, au nombre de trente, durent, pour échapper à l’incendie, fuir, en passant à 6 ou 8 mètres devant nos soldats, qui en tuèrent ou en blessèrent plusieurs, soit avec la baïonnette, soit avec les balles.

Lorsqu’on pénétra dans la dernière chambre occupée par les rebelles, on y trouva 11 cadavres; 13 autres avaient été vus sous les oliviers et autour de la maison; mais ce n’était pas tout, les renseignements indigènes portaient le nombre des tués de 30 à 35, et celui des blessés, de 60 à 80.

De notre côté, nous avions 2 hommes tués et 8 blessés, et nous rapportions comme trophées 17 fusils.

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