‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 132 sur 202 · En · texte numérisé non relu

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3. Les habitants de Fort-National ne furent pas ingrats vis-à-vis leurs défenseurs. Ils élevèrent un monument funéraire à ceux qui avaient succombé, et, le 5 décembre 1871, ils demandèrent au gouverneur l’autorisation de faire frapper une médaille « pour donner comme souvenir aux trois défenseurs de Fort-National : le colonel Maréchal , le capitaine Damarez , du génie , et le garde d'artillerie Brandt ».

DANS LE DJURDJURA

Ali-Oukaci et les siens n’avaient pas pris part aux combats du 16 juin; les Imraouène et lui étaient d’anciens ennemis des Aït-Iratène, et il était resté inactif entre Freha et les Aït-Khelili. Nous n’avions donc eu devant nous que les contingents du cercle de Fort-National ; la diversion du 15, la marche de nuit les avait trompés et surpris; la puissance de notre artillerie, la vigueur de nos soldats et l'intelligente direction de nos officiers avaient fait le reste. Avec peu de troupe et peu de pertes, le général Lallemand avait réussi à mener à bien cette difficile entreprise dont on était en droit d’espérer de grands résultats.

Ils furent loin cependant d’ètre aussi complets qu’on le désirait : les Qbaïls, redoutant toujours la dépossession territoriale dont ils se sentaient menacés, ne désarmèrent pas tout de suite. Pendant les quelques jours que les colonnes restèrent campées sous les murs du fort, dont il fallait reconstituer les approvisionnements, quelques fractions vinrent bien faire leur soumission et fournir les otages et les armes demandés, mais ce n’étaient que celles des villages incendiés, pris d’assaut, ou situés entre le Sebaou et les crêtes. Plusieurs villages, à proximité des colonnes et hors d’état de nous résister, furent abandonnés par leurs habitants. Ceux-ci allèrent se concentrer sur la formidable position d’Icheridène, dont les moqaddems rappelaient la défense héroïque de 1857, et qu’ils déclaraient devoir être le tombeau des Français.

De son camp d’Aboudid, à quatre kilomètres seulement d’Icheridène, le général Lallemand envoya brûler quelques-uns des villages abandonnés, entre autres Tablabalt et Taourirt-Amoqrane ; mais ces destructions ne changèrent rien aux intentions de résistance des Qbaïls.

Le 23 juin, l’affluence des rebelles à Icheridène et en arrière de ce village était considérable; toutes les tribus étaient représentées; tous les drapeaux des zaouïa avaient été sortis, et, sur une longueur de plus de deux kilomètres, des retranchements formidables hérissaient cette position déjà si forte.

Le 24 juin, à neuf heures du matin, le jour même de l’anniversaire du premier combat d’Ichéridène en 1857, le général Lallemand met en marche ses colonnes. A dix heures, nos soldats occupent le mamelon situé en avant de la longue crête d’Icheridène ; F artillerie ouvre le feu sur les retranchements ennemis. Le général dispose ses troupes pour l’assaut. A droite, sur la route de Tirourda, deux bataillons commandés par le colonel Faussemagne ; au centre, le gros des troupes du colonel Barachin ; à gauche, le lieutenant-colonel Noëllat

LES ECHECS L)E LA COALITION

avec deux bataillons et l'escadron d'éclaireurs du capitaine Rapp. C’est cet officier supérieur qui va avoir l'honneur de renouveler cette attaque de gauche qui, en 1857, a entraîné la prise du village.

Mais les Qbaïls ont, eux aussi, conservé le souvenir de cette manœuvre, et ils ont habilement retranché les pentes abruptes par lesquelles étaient passés, en 1857, les hommes de la légion; une longue tranchée coupe le flanc de l’escarpement et abrite de nombreux défenseurs.

En réponse à nos obus crépite sur toute la ligne des retranchements une fusillade enragée.

Le colonel Noëllat, au lieu d’attaquer de front, descend le flanc de l’escarpement et aborde la tranchée par son extrémité inférieure, là où elle est le moins bien garnie ; il y pénètre au prix d’efforts surhumains, et la remonte en écrasant les Qbaïls déroutés par cette attaque latérale.

Ace moment, onze heures, le 27° bataillon de chasseurs enlève le centre des positions, et une compagnie du 80e couronne les retranchements de la gauche des ennemis. Ceux-ci lâchent pied et laissent le terrain couvert de cadavres. Le capitaine Rapp, avec les éclaireurs, charge une partie des fuyards jusque près d’Aguemmoun-Azem, à travers des terrains impossibles; le 1er tirailleurs rejette les autres jusqu’à la rivière des Aït-Yenni.

Le général Lallemand, rendant compte de ce beau combat, finissait en ces termes : « Rien ne peut donner une idée de la force et du nombre d’ouvrages que les Qbaïls avaient édifiés. Jamais, depuis l’ouverture de la campagne, nous n’avions rencontré autant de contingents, jamais l’ennemi n’avait montré un tel acharnement. Tous ses efforts ont été inutiles; l’entrain et la vigueur de nos troupes ont été tels, et le tir de notre artillerie si précis, que, tandis que nous n’avons eu que 2 tués et 60 blessés, dont plus de trente légèrement, nous avons infligé aux Kabyles des pertes énormes: plus de 200 cadavres sont étendus autour de notre camp. Les conséquences politiques de ce succès ne tarderont pas, je l’espère, à se faire sentir. »

Le général ne se trompait pas : cette fois les Qbaïls reconnurent qu'ils étaient à notre merci, et qu’une plus longue résistance ne pouvait que prolonger la misère des femmes et des enfants sans avoir aucune chance de préserver les survivants de la dépossession territoriale dont ils étaient menacés.

Le 25, pendant que l’ennemi enterrait ses morts et que notre camp s’organisait, les anciens officiers d’Afrique rappelaient qu’en 1857 la

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