‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 131 sur 202 · M. Champion, du 80e de ligne · texte numérisé non relu

M. Champion, du 80e de ligne

DANS LE DJURDJUKA

essayent de se défendre, mais, cernés et écrasés par le feu des tirailleurs, ils se rendent, sont désarmés et ramenés prisonniers au camp au nombre de 15 hommes et à peu près autant de femmes et d’enfants. On garde les hommes et le troupeau, mais on renvoie les femmes et les enfants, qui trouvent un abri hospitalier dans les villages soumis, en arrière de la colonne.

Ce même jour, on occupa aussi le hameau de Taguemmount-Àzouz, dont les habitants n’avaient pas envoyé les otages promis pour le matin , et on fit sauter le minaret d’une zaouïa dont le moqaddem était parmi les otages réclamés. Ce fut le colonel Méric, de la colonne Cérez, qui conduisit cette opération sans rencontrer de résistance, car les chefs avaient quitté le village.

Le 12, les deux colonnes campèrent ensemble au Tleta des Aït- Zmenzer. La route fut tranquille : les Aït-Ameur-ou-Faït des Aït-Aïssi et les Iouadiène de Dra-el-Mizane, jusqu’alors insurgés, vinrent au moment du départ se soumettre au général Cérez, et, comme gage, ils lui offrirent de couvrir son arrière-garde contre les Igouchdal que l’on voyait en armes prêts à engager le combat. Le général accepta, prit des otages, et les Iouadiène tinrent leur parole.

Au camp du Tleta, les soumissions affluèrent : le soir, toutes les tribus à l’ouest de l'Acif-Naït-Aïssi avaient fourni des otages.

Le même jour, à Tizi-Ouzou, le commandant Letellier recevait les délégués des Abid-Chemlal et des Imraouène du bas , qui abandonnaient les Oukaci.

Le 13, les généraux Lallemand et Cérez campaient à Tizi-Ouzou et donnaient à leurs troupes fatiguées deux jours d’un repos bien gagné.

Pendant ce séjour, le général en chef et son lieutenant achevèrent d’organiser l’attaque des Aït-Tratène et la délivrance de Fort-National. Anciens officiers des affaires indigènes, tous deux connaissaient l'histoire du pays, et ils savaient que cette opération n'était pas facile. En 1857, il avait fallu au maréchal Randon, pour avoir raison du massif central du Djudjura, 35,000 hommes de troupes régulières et la coopération de goums nombreux et dévoués. En 1871, l’effectif des deux colonnes campées à Tizi-Ouzou n'était pas de 10,000 hommes ; nous n’avions pas d’auxiliaires indigènes susceptibles d’être engagés, et les Qbaïls, persuadés que nous voulions prendre leurs terres et leur argent, allaient nous combattre avec la sombre énergie des désespérés.

Mais aussi les deux généraux avaient pour eux l’appoint de la petite garnison de Fort-National, la connaissance du pays, le prestige

LES ECHECS DE LA COALITION

de leurs récents succès, l’existence d’un parti rallié à la France par intérêt ou par sympathie, et, enfin, sans parler des données techniques tirées de l’étude de l’expédition de 1857, leur expérience et leur habileté qui étaient grandes.

Le lo juin, le commandant Delorme, du 1er chasseurs d’Afrique, monta avec presque toute la cavalerie dans le haut Sebaou jusque vers les Aït-Fraoucen. Les contingen ts des Beni-Djennadet deux pelotons de cavalerie menacèrent Tizi-Rached, comme s’ils avaient été l’avant-garde des deux colonnes. Ces mouvements avaient pour but de donner le change à l’ennemi sur nos intentions et de le forcer à tenir une partie de ses contingents éloignée du point où devait avoir lieu l’attaque principale.

A minuit, les colonnes quittaient Tizi-Ouzou, et, le iü juin au point du jour, elles étaient déployées au pied du massif des Aït-Iratène. A droite, la colonne Lallemand fait face au Taksebt et au Souq-el-Had. A gauche, la colonne Cérez est devant la koubha de Sidi-Hallaouï. Le convoi, massé sur la route nationale, est gardé par 1,200 hommes sous les ordres du chef de bataillon Lombard, du 80e de marche.

L’artillerie engage l’action par un feu nourri sur le Taksebt, et, quand les défenseurs écrasés ne peuvent plus tenir, le colonel Barachin enlève la position ; l'artillerie de campagne s’y établit, et, croisant son tir avec celui des pièces de la colonne Cérez, couvre d’obus le Souq-el-Had, occupé par les rebelles. Quatre bataillons de zouaves emportent ensuite cette nouvelle position, en même temps que la colonne Cérez s’empare delà koubba de Sidi-Halaouï. Le convoi s’engage alors sur la route.

Embusqués derrière les retranchements faits par eux au travers du chemin ou derrière les parapets qui bordent la route bâtie en quai le long du précipice, les Qbaïls défendent le terrain pied a pied.

La colonne Lallemand, suivant le massif d’Adeni, et la colonne Cérez, suivant la route d’Ighil-Guefri, n’avancent qu’en déblayant le terrain par les feux croisés de leur artillerie, qui rendent intenables ou qui détruisent les retranchements et les villages rencontrés sur les deux routes.

C’est ainsi que sont enlevés les cinq villages d’Adeni 1 et les contretorts du Toumdja, tandis que la colonne Cérez s’empare de Tala- Amara et d’Ighil-Guefri.

I. Adjema, Taraniint, Agadir, Bechacha, Mestiga, qui forment le toulik d’Adeni, ont ensemble 190 habitants.

DANS DE DJURÜJURA

A dix heures, le plus rude de la besogne est fait; nous sommes maîtres des crêtes, dont la possession nous permet d’atteindre Fort- National et d’avoir raison de toutes les résistances.

A ce moment, la garnison du Fort, qui depuis quatre heures du matin n’a pas cessé de couvrir d’obus et de balles les embuscades des assiégeants sans pouvoir les dégarnir, fait une sortie générale sous les ordres du lieutenant-colonel Maréchal.

A gauche, partant de la poterne du bureau arabe, le capitaine Ravez marche sur Aguemmoun en suivant la route d’Alger. 11 a. avec lui le makhzène, commandé par M. Fiak, la saga de Si-Lounis-Naït- Ameur, 10 hommes du train, 20 tirailleurs et 50 mobilisés de la Côted’Or.

A droite, le colonel, avec 40 hommes du train, 20 tirailleurs, 50 mobilisés et l’artillerie, marche sur Imaïnserène. En route, il fait mettre une pièce en batterie dans la direction d'Afensou et il place l’autre sur la route d’Alger pour empêcher les Aït-Atelli de le prendre à revers.

Dans le fort, M. Brandt, garde d’artillerie, avec deux canons de 4 de montagne rayés, bien approvisionnés de boites à mitrailles, est chargé d’appuyer la sortie.

Malgré le feu de ces pièces, les Qbaïls, bien plus nombreux que nos deux petites troupes, résistent pendant trois quarts d’heure, nous tuent 7 hommes et en blessent 14 '. Mais, en fin de compte, à midi, Aguemmoun et Imaïnserène, qui brûlent depuis une heure, sont emportés d’assaut au moment même où les colonnes Lallemand et Gérez arrivent au-dessous des positions conquises.

Le colonel Maréchal et le capitaine Bavez rentrent alors au fort, et, à deux heures, toutes les troupes de la garnison, rangées en bataille près de la porte d'Alger, sont présentées au général en chef.

Cette journée du 16 juin nous avait coûté, tant dans les deux colonnes que dans la garnison, 15 tués et 44 blessés; résultat très remarquable et qui met bien en relief les capacités militaires des généraux Lallemand et Cérez, car, en 1857, pour arriver au plateau de l’Arba des Beni-Raten, où est bâti maintenant Fort-National, le maréchal

1. Parmi les tués étaient 3 mobilisés de la Côte-d’Or : le lieutenant Villard et les mobiles Belot et Bachelet; parmi les blessés était le capitaine des mobilisés, M. Bernisset.

La journée du 16 porta à 23 tués et 43 blessés le chiffre des pertes subies par la garnison de Fort-National pendant ce siège de 63 jours.

AU

LES ECHECS DE LA COALITION

Randon avait en 06 tués et -iis blessés dans ses trois divisions 1 comptant 35,000 hommes de troupes régulières.

Le 17, lorsque les camps furent installés, l’aumônier de Fort-National célébra en plein air, sur un autel improvisé, le service funèbre des 33 officiers et soldats qui avaient payé de leur vie la conservation et la délivrance de cette forteresse.

Après avoir rendu hommage aux morts en quelques paroles vibrantes, le général en chef adressa le 18 l’ordre du jour suivant aux braves survivants de la garnison :

« Officiers, Sous-Officiers et Soldats,

« Quoique bloqués et entourés par des bandes sans nombre de Kabyles, calmes, résolus, pleins de confiance, vous avez courageusement supporté les privations, les fatigues et les dangers d’un siège de 63 jours.

« En se révoltant, les insurgés se flattaient d’avoir facilement raison de votre petit nombre ; mais grâce à vous, grâce à votre vaillant chef, déjà connu par sa belle défense d’Ammi-Moussa 2 3, tous les efforts des Kabyles se sont brisés contre votre résistance énergique; la France n’a pas cessé d'affirmer sa puissance au centre même du pays insurgé ; de tous les points de la lvabylie on aperçoit toujours cette place désormais glorieuse, que quelques gens de cœur ont conservée à leur patrie et à la civilisation.

« Officiers, Sous-Officiers et Soldats !

« Je serai heureux de faire connaître au Gouvernement une défense qui vous honore grandement devant le pays, et de mettre en relief la belle part qu’y ont prise les mobilisés de la Côte-d’Or et la milice locale 3. »

« Au camp devant Fort-National, le 18 juin. »

1. Les deux colonnes Lallemand et Cérez avaient donc eu seulement 8 tués et 30 blessés ; le 24 mai 1857, nos pertes avaient été les suivantes :

Division de Mac-Mahon . 30 tués, 225 blessés.

— Iousouf . 3 — 34 —

— Renault . 33 — 159 —

Total. . . 66 tués, 418 blessés.

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