‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 161 sur 202 · Livre 111, chapitre ii, page · texte numérisé non relu

Livre 111, chapitre ii, page

LES DERNIÈRES LUTTES

Mais son indolence ne l’empêchait cependant pas de faire travailler ses amis, ses secrétaires et ses cavaliers. Son objectif était surtout de détacher de notre cause les Ouled-Naïl des environs de Bouçada, et, au commencement de juillet, il avait réussi à entraîner les Ouled- Ameur, qui étaient venus camper auprès de lui. Les autres Ouled- Naïl lui étaient restés hostiles, encore bien que quelques-uns eussent établi un tour de service pour entretenir près de lui un certain nombre de cavaliers, qui changeaient constamment. Par ce moyen, ils espéraient échapper aux razzias des goums de Saïd-ben-Boudaoud et à la répression des Français, dont ils préféraient l’autorité à celle des Moqrani, anciens ennemis de leur tribu. Lorsque ces cavaliers étaient trop peu nombreux ou manquaient, Saïd-ben-Daoud faisait razzer les troupeaux des récalcitrants; on le savait, et on s’arrangeait pour éviter le plus possible ces avertissements ruineux. Ses contingents ou ses chouafs battaient toujours le pays entre le choit du Ilodna et celui du Zahrez-Chergui, et il y avait alors réellement plus de profit à être de son côté que du nôtre.

C’est ainsi que le 3 juillet, à Roumana, à 10 kilomètres de Bouçada, ses contingents enlevaient deux mille moutons aux Aouamed fidèles. Mais la proximité de la ville nous permit cette fois de soutenir nos amis. Le capitaine de Beaumont sortit avec le goum de Si-Sakri-ben- Boudiaf et un peloton de spahis, poursuivit vigoureusement le rezou jusqu’au bord du ehott; il parvint à reprendre les animaux après un échange de coups de fusil qui ne blessèrent personne des nôtres et mirent hors de combat plusieurs rebelles.

A cette date, la colonne de Sidi-Aïssa était, depuis le 30 juin, à Aumale, où elle se ravitaillait et où elle attendait un bataillon du 50e provisoire, envoyé pour remplacer les mobiles rappelés en France. Saïd-ben-Boudaoud en profita pour se porter vers l'ouest; seulement, avec sa nonchalance habituelle, il mit près d’une semaine à se décider, et il n’arriva que le 7 juillet à Sidi-Aïssa. Ses éclaireurs, qui l’avaient devancé, étaient le même jour à Sidi-Mahmed-el-Kheïder et à Guetifa, et ils menaçaient les Ouled-Ali-ben-Daoud d’Aumale, qui, à leur arrivée, se réfugièrent chez les O. Allane.

Saïd-ben-Boudaoud avait, pendant ce temps, écrit de nouvelles lettres à divers chefs ou notables de Médéa et de Boghar, une, entre autres, au bachagha Ben-Yahia, qui la remit au commandant supérieur, il annonçait que son intention était de se porter à El-Anaceur des Ouled-Allane, pour entraîner cette tribu, et surtout les Ouled-Ali-ben-Daoud, qui s'y trouvaient en ce moment.

SAÏD-BEN-BOUDAOUD-EL-MOQRANI

Sur ces entrefaites, le caïd Ali-ben-Tounsi, de ces mêmes Ouled- Ali-ben-Daoud, reçut ordre d'envoyer à Aumale son frère Seddik-ben- Tounsi, qu’il savait gravement compromis; ne voulant pas le livrer, il alla rejoindre Saïd-ben-Boudaoud avec toute sa tribu, sauf une douzaine de tentes qui restèrent aux Ouled-Allane *.

Le 7 juillet au soir, dès que la présence de Saïd-ben-Boudaoud à Sidi-Aïssa fut signalée à Aumale, le colonel Trumelet réunit sa colonne, et, le 8, il la mit en route dans la direction de son ancien camp. Saïdben-Boudaoud ne l’attendit pas; il donna comme prétexte de sa retraite que sa marche vers l’ouest n’avait eu pour objectif que i’entrainement des Ouled-Ali-ben-Daoud, et que, cette tribu étant avec lui, il allait attaquer Bouçada. En réalité, il ne se souciait pas de se mesurer avec la colonne.

Celle-ci trouva donc la place libre, et, par mesure d’hygiène, elle alla camper à 7 kilomètres à l'ouest de la koubba de Sidi-Aïssa, dans le Djebel-Naga, à Aïn-Grimidi.

De retour à Msila, Saïd-ben-Boudaoud, avant de marcher sur Bouçada, travailla à augmenter ses contingents et demanda de nouveaux adhérents chez les Ouled-Sahnoun de Barika, où, jusqu’alors, aucun personnage marquant n’avait ouvertement embrassé la cause des Ouled-Moqrane ; cette fois, il réussit à entraîner un ancien client de la Medjana, Djenane-ben-Derri, chikh des O. Nedja, qui, pendant des siècles, avaient été en luttes contre les 0. Amor1 2, ralliés au soif des Ouled-Madi des Ouled-Bouras. Djenane-ben-Derri s’affirma de suite en tentant, le 11 juillet, d’enlever le bord) du chikh Bibi-ben-Mohammed, chef des Ouled-Amor. Celui-ci, prévenu, était sur ses gardes, et l’attaque échoua; mais les Ouled-Nedja, jusqu’alors maintenus par leur chikh, allèrent en masse rejoindre Saïd-ben-Boudaoud, qui les employa dans des rezous contre les tribus du sud d’Aumale.

De ce côté, en effet, les razzias étaient incessantes. Les Ouled- Salem, qui s'étaient soumis le 18 mai, furent, jusqu’à trois fois en un mois, victimes des coups de main des partisans de Saïd-ben-Boudaoud. Ces malheureux eurent leurs récoltes incendiées, leurs troupeaux enlevés, et ils étaient tombés dans une misère noire. Aussi, n’ayant plus de moyens d’existence, ils vinrent à Aumale, le 14 juillet, au

1. Ce furent celles des trois familles Salah-ben-Debboub, Lakhdar-ben-Sakri et Bouras-ben-Abdallah. Le chef de cette dernière famille était alors à la colonne Gérez; plus tard, quand cette colonne rentra à Aumale, il alla de sa personne rejoindre Saïd-ben-Boudaoud.

2. Les Ouled-Amor et les Ouled-Nedja sont des tribus des Ouled-Derradj-Cheraga relevant de Barika.

LES DERNIERES LUTTES

nombre de neuf cent quarante-huit ', y compris les femmes et les enfants, et demandèrent qu’on les protégeât ou qu’on les mît en prison. On leur donna du pain, de l’orge, et on les groupa en zmalas au nord de leur territoire, en arrière des postes occupés par nos goums.

Ce qui avait surtout décidé les O. Salem à venir le 14 se réfugier à Aumale, c’était une nouvelle razzia faite la veille, 13 juillet, sur leurs voisins, les Beni-Iddou, par une centaine de cavaliers insurgés qui, en quelques instants, avaient enlevé les troupeaux et deux tentes. Mais les Beni-Iddou avaient un caïd énergique, qui, sans perdre de temps, avait sauté à cheval et, qui, aidé de ses quatre deïras, avait réuni une petite saga et poursuivi les rebelles, pendant qu’un exprès demandait du secours au caïd civil des O. ldris, Mohammed-ben-Abdallah. Celui-ci était accouru avec 20 cavaliers, et les deux caïds avaient bravement engagé le combat contre les rebelles, à qui ils avaient repris les troupeaux et mis 11 hommes hors de combat. Cette contre-razzia nous avait coûté 3 hommes tués et 2 blessés, dont le caïd des Beni-Iddou.

Trois ou quatre jours après cette affaire, au reçu d’une lettre de Boumezrag l'invitant à continuer la lutte et à redoubler d’efforts, Saïd-ben-Boudaoud se mettait en marche avec ses contingents et allait chez les Ouled-Ameur, au sud-est de Bouçada.

Le 19 juillet, il coupait la ligne télégraphique reliant Bouçada à Djelfa, et attaquait avec vigueur le village d'El-Alleg, dans la banlieue de l’oasis. De part et d’autre il y eut des morts et des blessés, et, finalement, les rebelles durent se retirer sans 'avoir réussi à enlever la position.

Le 20, Saïd-ben-Boudaoud vint reconnaître l’oasis avec environ quinze cents hommes. Quelques coups de feu furent échangés entre ses éclaireurs et nos avant-postes indigènes; mais il n’y eut pas, à proprement parler, de combat, encore bien qu’on ait fait usage du canon pour éloigner les rebelles.

Le lendemain 21, Saïd-ben-Boudaoud renouvela sa démonstration avec 1,500 hommes, et sans plus de succès. Tout se passa comme la veille, et il n’y eut que quelques escarmouches sans importance sur la lisière des palmiers entourant la ville. Les rebelles allèrent ensuite camper au nord-ouest sous le village d’Eddis, où ils furent rejoints, le 22, par de nouveaux et nombreux contingents.

1. 278 hommes, 829 femmes, 341 enfants. Les Oulerl-Salem étaient une ancienne tribu serve des Ouled-.Madi, ils avaient d’abord subi l'influence de leurs anciens maîtres et s’étaient insurgés; mais, dés qu’ils nous virent en force, ils préférèrent notre autorité à celle des djouads; c’est ce qui explique leur démarche du 14 juillet.

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