SAÏD-BEN-UOUD A O U D - EL-M O Q R A NI
Le 23 juillet, dans l’après-midi, Saïd-ben-Boudaoud, avec plus de trois mille hommes, partait en grand apparat d’Eddis, et se présentait pour la troisième fois devant l’oasis. A trois heures et demie il attaquait, lançant ses cavaliers à travers les palmiers.
Mais, derrière les murs en pisé qui ferment les jardins, les Ouled- Naïl, bien embusqués, ne se laissent pas intimider par le tir mal dirigé de cette nuée de cavaliers, qui tourbillonnent, s’agitent et crient sans pouvoir franchir ces clôtures hérissées de djérids et de fusils; puis, pendant que les rebelles s’acharnent en vain contre ces murs, les spahis et le goum des 0. Madi, sous les ordres du lieutenant Menétret et du caïd Sakri-ben-Boudiaf, arrivent prendre l’ennemi à revers et de flanc. Ils lui tuent ou blessent une trentaine d’hommes et autant de chevaux. Cette attaque démoralise les rebelles, qui s’enfuient et sont poursuivis assez loin par notre cavalerie.
Le combat avait duré trois heures; nous n'avions que quelques blessés et un cheval tué.
La veille, le télégraphe avait été réparé, et la nouvelle de l’échec de Saïd-ben-Boudaoud arrivait dans la soirée à Djclfa et à Alger. Elle eut pour effet d’accélérer l’envoi d’un grand convoi de ravitaillement pour Bouçada, qui, privé depuis le mois de mars de toute communication avec le nord, n’avait eu que des relations postales et télégraphiques avec Djelfa.
Ce ravitaillement n’était pas chose facile, à cette époque de l’année où, de Sidi-Aïssa à Bouçada, il n’y avait ni eau ni route carrossable, ce qui nécessitait l’emploi d’un nombre considérable de chameaux.
On fît venir de Laghouat l’équipage d’eau1, et, en plus, un certain nombre de chameaux. Les vivres pour la troupe et les commandes des négociants de l'oasis furent concentrés à Aumale, où vinrent aussi des mulets réquisitionnés dans le nord du cercle. Le général Cérez, qui, dès le 19, avait été rappelé de Dra-el-Mizane, dirigea les approvisionnements sur Aïn-Grimidi, où le colonel Trumelet organisa cet encombrant convoi, qui comprenait 1,200 chameaux et 500 mulets. Le 1er août tout était prêt, et le colonel, à qui on avait donné comme
1. La commune indigène possède un grand troupeau de chameaux, organisé en permanence pour les transports d’eaux ou de marchandises. Cet équipage, dont on n’a à payer que les gardiens indigènes, est une source de revenus pour la commune qui le loue à l'État ou à des particuliers. 11 rend de grands services pour les ravitaillements des postes permanents de Ghardaïa, Ouargla et El-Goléa, ainsi que pour les ateliers de sondages des puits artésiens du sud et des hauts plateaux.
LES DERNIÈRES LUTTES
renfort un escadron de cavalerie et une section de 4 de montagne rayé, reçut ordre de partir le 4. En raison de la chaleur et des nombreux jeunes soldats composant sa colonne, il devait faire la route en cinq jours (98 kilomètres).
Pour faciliter l’opération, le général Cérez sortit d’Aumale le premier août et se dirigea à petites journées sur Msila, afin d’attirer l'ennemi de son côté.
Le 3, les groupes rebelles rassemblés au pic des Beni-llmane vinrent, à Toula, attaquer son flanc gauche; ils furent repoussés, et 1a. cavalerie les rejeta vers la montagne jusqu’à Oum-el-Louza. Cette journée nous coûta un homme tué et sept blessés; le soir, le général campait à Sidi-Aïssa1 des Beni-llmane.
Là, il apprit que dans la montagne de cette tribu se trouvaient réunis: El-hadj-ben-Bouzid , frère et lieutenant de Saïd-ben-Boudaoud ; Ali-ben-Bourenane-el-Moqrani, caïd des Madid; Hamoud-el- Moqrani, caïd des Mzita; et d’autres membres de la famille, avec environ 2,500 fantassins du Ksennaou de l’Ouennougha et 300 cavaliers d'élite des Hachem et du Hodna. Ils occupaient toute la série des mamelons rocheux qui bordent la plaine à l’est, et ils avaient couvert de retranchements en pierres sèches les hauteurs en avant de Kef-el- Ougab.
La journée du 4 fut employée à reconnaître ces positions et à faire reposer les troupes fatiguées par la route et par la privation de sommeil, résultant d’une attaque de nuit tentée par les rebelles, sans le moindre succès d'ailleurs, et que les grand’gardes seules avaient suffi à repousser.
La nuit du 4 au 5 fut encore troublée par des coups de fusil échangés avec nos avant-postes, mais cette fois on était prévenu et on savait que l’on pouvait dormir, en se reposant sur la vigilance des grand’gardes.
Le 5 août, à six heures du matin, le général Cérez sort de son camp avec une colonne légère de 1,200 hommes d’infanterie sous les- ordres du colonel Méric, toute sa cavalerie conduite par le commandant Carrit, les goums du capitaine Abdelkader, et quatre pièces d’artillerie.
Bientôt il fait attaquer les hauteurs, sur trois points à la fois, par l’infanterie et l'artillerie, tandis que la cavalerie et les goums vont rapidement prendre position en arrière et au pied des escarpements.
1. Ne pas confondre la kouba de Sidi-Aïssa, des Beni-llmane, à 60 kilomètres sud-ouest d’Aumale, avec le caravansérail et le tombeau de Sidi-Aïssa, à 38 kilomètres au sud de cette ville près le Djebel-Naga.
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Menacé (l’être enveloppé, l'ennemi gagne les crêtes; à ce moment, le colonel Méric enlève le grand village d’Oum-el-Louza1, des Ouled- Djellal, et celui de Kef-el-Ougab est abandonné.
En vain les rebelles essayent de faire rouler des blocs de rocher du haut des escarpements, l'attaque est menée avec tant de rapidité et d’entrain qu’ils n’ont que le temps de fuir de tous les cotés, laissant leurs morts sur le terrain et nous abandonnant 3,000 moutons, des bœufs, 50 chevaux ou mulets et plusieurs tentes. A neuf heures, le combat était fini ; mais le goum poursuivit les fuyards pendant une partie de la journée, leur enleva un drapeau, et ne rentra que vers le soir avec un énorme butin.
Cette belle affaire, dans laquelle nous n’eûmes que quelques blessés indigènes, donna une sécurité absolue au colonel Trumelet, qui, le même jour, partait de Grimidi. Si le caïd Saïd-ben-Boudaoud avait été plus énergique, il aurait pu rendre cette marche très pénible ; mais, quand il vit la colonne Cérez victorieuse marcher sur Msila et le colonel Trumelet aller dans la direction de Bouçada, il n’eut tout d’abord qu’une préoccupation, mettre en sûreté ses biens et sa famille. 11 les conduisit précipitamment dans le massif des Maadid,chez les Ouled-Hannech, près les ruines delà Qalaades Beni-llammad. Ceci fait, il revint à Msila et s’occupa d’organiser la défense de cette ville.
Pendant ce temps, le colonel Trumelet avançait sans encombre. Le 7, il était à El-Garsa, sur le territoire des Ouled-Sidi-Brahim2, dont tous les nomades étaient avec Saïd-den-Boudaoud.
Le 8, le colonel partait de son camp d'Aïn-Kermane avec une colonne légère composée de 2 escadrons de cavalerie, 2 pièces d’artillerie, son goum et 250 fantassins montés à dos de mulets. Il escaladait les pentes rocheuses du Djebel-Soltat et arrivait au village de Benezouh, dont le chikh investi, le marabout Si-Kouidère-ben-Taieb, livrait sans coup férir les armes des habitants, et se constituait otage avec son frère et deux autres notables.
Le 9, le colonel campait à Eddis et détruisait ce qsar abandonné où il ne resta debout que deux maisons appartenant à des goumiers de Si-Sakri. En même temps, le capitaine Servière, avec 100 zouaves, 50 tirailleurs et le goum de Si-Sakri, fouillait le Djebel-Berich, où s’étaient réfugiés les gens d’Eddis. L’opération, bien conduite, eut un