Voir livre 1, chapitre ni, page 14U
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assassinés à Ouargla, il s’agissait de combattre pour affirmer leur foi religieuse. Les doctrines puritaines des Ibadites, ces protestants de l’Islam, n'admettent pas en effet la suprématie des cherfa ou descendants du prophète. Aussi les clercs ou Azzaba du Mzab avaient-ils proclamé la guerre sainte. Ils avaient arboré leur drapeau blanc, s’étaient mis à la tête de la population armée, et marchaient en chantant des hymnes sacrés 1 .
En présence de cette attitude, Bouchoucha n’insista pas; il se contenta d’envoyer dire aux Mozabites : « Je vous donne un mois et trois jours pour vous soumettre, réfléchissez; si vous ne le faites pas, je vous combattrai. »
I. La façon dont llouchoucha fut reçu au Mzab a été soigneusement consignée dans les livres des Chroniques que tiennent les clercs ou Azzaba; de plus, en septembre 18*1, une lettre circulaire fut envoyée du Mzab aux principaux Mozabites établis dans les villes du littoral et de l’intérieur, avec invitation « de lire ladite circulaire à tous les Mozabites présents dans la ville ». Voici à titre de curiosité un passage de cette lettre-circulaire qui fut en 1871 communiquée in extenso au bureau politique par des négociants mozabites d’Alger :
« ... Un cavalier des Beni-Isguène, nommé Youcef-Serar, vint ensuite nous annoncer que le prétendu chérif, le perturbateur, le pervers, était descendu dans les palmiers des Beni-Isguène. Les gens de Ghardaïa étaient déjà réunis, car les dispositions du perturbateur démontraient qu'il venait réellement pour attaquer; il y eut à la koubba de Ba-Abderrahmane une réunion générale des gens de tous les ksours du Mzab; ils y prirent l’engagement d’agir d’un commun accord pour le combattre, n’importe où il camperait.
« Dès que le cavalier Youccf eut annoncé la présence du susdit dans les palmiers des Beni-Isguène, les gens de Ghardaïa firent entendre les sons de leur musique guerrière, tambours et musettes, et, avec leurs drapeaux, ils se rendirent aux environs de Edebdaba. Le drapeau des Azzaba était blanc, celui des laïques de Ghardaïa était rouge, et celui des Medabih (Arabes sunnites) était vert; c’est vous dire qu’il y avait trois drapeaux. On choisit ensuite les gens qui, les premiers, marcheraient contre le perturbateur, et, pour cela, six cents hommes d’entre les plus vaillants furent désignés. A leur tête marchaient les Azzaba; derrière eux, tous les goums de Ghardaïa.
« Les Azzaba récitaient à haute voix des hymnes sacrés et les prières de sanctification: ils appelaient sur les prophètes les bénédictions divines, car il n’y a de force et de puissance qu’en Dieu; il est le Très-Haut, il est le Suprême. Et les clercs disaient à tout le monde : « Sachez que vous allez combattre licite— « ment, pour protéger vos femmes, vos enfants, vos biens, vos personnes, et « cela au nom de la religion. » Vous savez que le prophète a dit : « Si Ici terre « s’arabise, elle sera dévastée , et, si elle est dévastée, V abondance ne reviendra « plus jamais jusqu'au jour de la résurrection. » O adorateurs de Dieu! C’est ici le plus noble des djehad, Dieu vous aidera à vaincre!
« Après avoir laissé des gardes aux portes de la ville et sur les remparts notre colonne se mit en marche, les Azzaba en tête avec leur drapeau blanc, et ensuite tous les combattants, et, derrière, la musique.
« Lorsque nous arrivâmes à hauteur d’Edebdaba des Beni-Isguène, nous fûmes rejoints par les contingents de Melika, Bounoura, El-Aseuf, Beni-Isguène, chacun ayant son drapeau, etc. »
13 0 UC II OU Cil A
Le 6 septembre, il se mettait en route pour Ouargla ; mais, comme il ne voulait pas revenir les mains vides, il divisa ses contingents en trois groupes, retint près de lui cent cinquante mehara et attendit sur l'Oued -Zelfana, en compagnie de Si-Zoubir, la rentrée des deux autres groupes organisés en rezou.
Le premier, comprenant 270 mehara et lo chevaux, alla à Ta.djerouna à l'ouest de Laghouat, et, le 8 septembre, il enlevait, près de ce qsar, sept troupeaux de moutons.
Le second, fort de trois cents mehara, alla au nord, dans laChebka du Mzab, et enleva dix troupeaux de moutons appartenant aux gens de Ghardaïaet de Beryane.
Quand ces prises l'eurent rejoint, Bouchoucha continua sa route vers Ouargla, où Si-Zoubir fut accueilli avec de grandes démonstrations de joie.
Bouchoucha y trouva Naceur-ben-Chohra et le nouveau chérit Mohammed-ben-Abdallah avec des délégués des O. Khelifat et des Hammama venus pour le saluer. Ceux-ci repartirent presque aussitôt après avoir constaté la réalité et l'importance des contingents de Bouchoucha.
Ils traversèrent le Zab-Chergui et le sud du Djebel-Chechar, et apprirent en route que, le 10 septembre, les montagnards avaient de nouveau attaqué Liana; qu'ils avaient tué 2 hommes, dont le chikh, et blessé 6 habitants du qsar.
A Nef'ta, Mohammed-ben-Abdallah et sa suite étaient attendus par des groupes nombreux d'Ouled-Sidi-Abid, Ouled-Khelifat, llaramama et autres, bien armés et prêts à marcher. Il se mit à leur tète, et, le 20 septembre, il entrait à Négrine, qui lui ouvrit ses portes. Delà, il lança dans toutes les directions des lettres où il annonçait son arrivée de La Mecque, sur l’ordre exprès du prophète Mohammed, qui lui était apparu en songe et qui lui avait donné le mission de chasser les Français. Il ajoutait qu'il précédait les armées de Naceur-ben-Chohra et de Bouchoucha.
Le 22 septembre, le caïd des Ouled-Rechaïch, Si-Rghis-ben-Mohammed, et celui des Brarcha, allaient avec deux cents cavaliers prendre des positions à Ouldjet-Telidjène; ils étaient appuyés par un peloton de spahis qui, sous les ordres d'un officier indigène, devait rester en réserve à Cheria. Le caïd des Amamra, Mostafa-ben-Ouaretz, fut prévenu et vint camper sur le Chettaïa en attendant de nouvelles instructions.
Le 26, le chérit' ayant établi ses contingents sur le Djebel-Oug, le
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commandant Lucas1 envoya le 27, de Tebessa dans cette direction, deux détachements indigènes. Celui de gauche, composé d’un goum de 150 chevaux, d’une saga des Ouled-Rechaïch et de 14 spahis, était commandé par un officier indigène. Celui de droite, sous les ordres du capitaine Lefroid, chef du bureau arabe, comptait 30 spahis, 250 chevaux et 600 fantassins des Brarcha et Allaouna. En outre, un fort goum des Ouled-Sidi-Yahia-ben-Taleb, posté à Aïn-Regada, devait, le cas échéant, appuyer les mouvements de nos auxiliaires.
Le 28, le chérif razzait un troupeau aux Allaouna, qui refusaient de le suivre et qui allaient se réfugier sur le Djehel-Djerf, dans l’Oued- Hallaïl.
Le 29, le capitaine Lefroid était dans les gorges de cette rivière, et, à une heure et demie, il engageait le combat à El-Requiza, à 6 kilomètres en aval du village deDjeurf.
Les contingents ennemis étaient bien plus nombreux que les nôtres, et, à chaque instant, il en arrivait de nouveaux; au bout d'une heure environ de combat, une douzaine de nos goumiers étant tués, d’autres blessés, nos goums lâchèrent pied et se sauvèrent en désordre vers Tebessa, laissant le capitaine Lefroid seul avec ses trente spahis, les caïds des Brarcha et des Ouled-Sidi-Yahia-ben-Taleb venus avec quelques cavaliers; en tout une soixantaine d’hommes. Cette petite troupe se replia en bon ordre, fît plusieurs retours offensifs et arriva sans trop de difficulté à Clieria. Comme les spahis étaient armés de chassepots et qu’en dehors des contingents du chérif les populations étaient soumises, ils ne furent pas poursuivis longtemps.
Nous avions 19 goumiers et un spahi tués et 4 blessés. Du côté de l’ennemi, les pertes étaient sensiblement égales; parmi ses morts, on signalait six personnalités en relief, entre autres Ahmed-ben-Merzoug et le fils d’Hoceïne-ben-Amar, les deux principaux meneurs des Ouled-Khelifat.
A l'arrivée des premiers fuyards à Tebessa, le commandant supérieur fit sortir une compagnie de zouaves et l’envoya prendre position à Teniet-el-Hamba afin d’assurer le retour du capitaine Lefroid et des spahis.
Le 30, de nombreux goumiers et fantassins vinrent se rallier, à Clieria, au chef du bureau arabe. Celui-ci les plaça sous les ordres du caïd Ahmed-Chaouch,. et rentra à Tebessa avec les spahis et la compagnie de zouaves.
1. Le commandant de zouaves, Lucas, qui avait fait toute la colonne Lallemand, avait été nommé commandant supérieur du cercle de Tebessa, le 11 août.
BOUCHOUCHA
A la suite cle ce combat du 29, le chérif Mohammed-ben-Abdallah s'installa à Bir-el-Alleg, où les gens de la zaouïa de Sidi-Abid vinrent lui souhaite!- la bienvenue et faire acte de soumission ; toutefois, se retranchant derrière leurs occupations religieuses, ils refusèrent de fournir des contingents, alléguant qu’il était de tradition chez eux de ne pas se mêler aux affaires politiques.
Le 30 septembre, le goum des Ilaracta d’Aïn-Beïda était à Dra- Kemmelal; les O. Rechaïch reconstitués gardaient leur pays; les Allaouna campaient à Telidjène et les Ouled-Sidi-Yahia-ben-Taleb à Cheria.
Le 8 octobre, le chérif se rapprocha de la zaouïa de Sidi-Abid et s'établit au Djebel-Dayi, d'où il se livra à une correspondance des plus actives, dans le but de recruter des contingents. Ses lettres ne restèrent pas sans effet, les défections individuelles devinrent de plus en plus nombreuses chez les Ouled-Rechaïch ; plusieurs fractions du Djebel-Chechar, entre autres les Beni-Mafa, les Bradja, les Zeramna, Megada, Tabou-Saad, etc., lui envoyèrent des députations et des contingents. Parmi les chefs de groupe se trouvait Amar-ben-Messaoudel-Khomati 1 , échappé de la Mestaoua. Le chérif les reçut à la zaouïa de Sidi-Abid, où il venait de s'installer.
Malgré ces adhésions, le prestige du chérif était loin de grandir; d'un caractère violent, il se laissait aller à des actes de brutalité vis-àvis ses serviteurs; sa vie privée était scandaleuse : il courait les femmes avec une impudeur qui lui amena plusieurs affaires peu édifiantes. Un jour, un de ses partisans l'avait menacé d’un coup de pistolet, et, dans son entourage, on avait déjà agité la question de savoir s’il ne conviendrait pas de nous le livrer en échange de l'amane. Beaucoup l'abandonnèrent assez vite, mais il en revenait d’autres.
Vers cette époque, les indigènes apprirent que les tribus de Khenchela avaient reçu l’ordre de fournir 500 mulets pour les transports d'une colonne française. Aussitôt plusieurs d’entre eux quittèrent le chérif, qui s’éloigna, le 12, de la zaouïa de Sidi-Abid pour redescen dre dans le Sahara et s'installer sur l’Oued-Boudoukane.
Cette nouvelle de l’arrivée prochaine d'une colonne et ce mouvement de recul du chérif relevèrent le moral de nos tribus fidèles, qui, depuis longtemps, parlaient de se venger de l’échec du 29 septembre.
1. Voir livre II, chapitre x, page 3 1 G, note 2; livre III, chapitre via; et livre IV, chapitre v, page 6U2.
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Les Allaouna, qui avaient été razzés et qui ne s’étaient pas encore battus contre les O. Khelifat, organisèrent une forte harka dans laquelle entrèrent des volontaires de diverses fractions. Le vendredi 20 octobre, au matin, ils tombaient sur les campements des rebelles, à Arich-el-Djarès, à l’ouest de Ferkane, dans le Sahara.
Mais leur expédition avait été signalée aux Ouled-Khelifat, qui étaient sur leurs gardes et qui avaient avec eux de nombreux contingents des Beni-Maafa et Beni-Barbar du Djebel-Chechar. Ceux-ci, bien embusqués, firent un feu terrible sur les Allaouna, qui, surpris, eurent 32 tués et 13 blessés avant de pouvoir se dérober par la fuite à cette fusillade meurtrière.
A la suite de ce combat, les O. Khelifat, se méfiant des habitants de Ferkane qui tenaient pour les Allaouna, se rapprochèrent de Négrine alin de ne pas se laisser couper de la frontière tunisienne. Quant au chérit, il alla avec quelques serviteurs recueillir des ziara chez les Beni-Barbar; mais il revint presque aussitôt à Négrine, ayant reçu en route un émissaire du caïd du Djebel-Chechar, Si-Ahmed-Bennaceur, qui l’engageait à rebrousser chemin parce que le commandant supérieur de Biskra concentrait des goums à Zribet-el-Oued.
Ce caïd Ahmed-Bennaceur, ami dévoué et parent par alliance des Bengana, avait eu, avant et pendant le séjour du chérif dans le voisinage du Djebel-Chechar, une conduite des plus répréhensibles ; tout en évitant de se compromettre, il avait entretenu une correspondance suivie avec l’agitateur et n’avait rien fait pour empêcher les montagnards de son commandement d’aller combattre dans les rangs de nos ennemis. Son but avait été d’abord de lancer le chérif sur le Zab- Chergui, et surtout sur le village de Liana; mais l'arrivée à Zribet-el- Oued, vers le 13 septembre, d’un escadron de spahis, la rentrée de Si-Mihoub-Benchennouf dans le Zab-Chergui, enfin des lettres de la famille Bengana, l’avaient incité à être de plus en plus réservé dans ses relations avec Mohammed-ben-Abdallah.
La France étant redevenue forte et victorieuse en Algérie, l’intérêt des Bengana était de rétablir leur crédit par une attitude absolument correcte. Aussi, avec cette intelligente souplesse qui a toujours fait de cette famille les courtisans les plus habiles des souverains du pays, le caïd de Biskra, Mohammed-Sghir-Bengana, avait, quelques jours auparavant, trouvé le moyen de se mettre en relief et d’affirmer à la fois et l'influence de son soft et son dévouement à la France.
Le 12 octobre, pendant que, sous la conduite du caïd Boulakhras-