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Bengana, les nomades Gheraba étaient dans leurs parcours habituels au sud du O. Djellal, les principaux membres de la djemaa de Tougourt. étaient venus supplier le caïd de s'installer dans leur ville et d’étre leur intermédiaire pour exposer aux autorités françaises leurs sentiments de soumission et de fidélité.
Bouiakhras se garda bien de nous informer de ces démarches provoquées par son frère, et, sans demander d’instructions, il alla s'installer, le 16 octobre, à Tougourt. Naceur-ben-Ghohra avait, la veille, quitté la ville, sur l’invitation formelle de Bouchemal et de Ben- Goubi qui espéraient encore être couverts par la protection des Bengana.
Une fois à Tougourt, Bouiakhras rendit compte de ce qui s'était passé; c’était nous forcer la main, et il nous était pénible de voir le représentant d'une famille, que la rumeur publique accusait, non sans raison, d’avoir, sinon directement, du moins indirectement, poussé au massacre de la garnison de Tougourt et à l'assassinat des parents d'Ali-Bey, récolter les fruits de ses coupables intrigues.
Nous étions joués, et cependant nous ne pouvions ni dire à Bouiakhras de rendre Tougourt à Bouchoucha, ni y envoyer Ali-Bey, qui aurait rallumé la guerre. On se contenta d’accuser réception à Bouiakhras de sa lettre, et de lui donner l’ordre formel et absolu de ne promettre l’amane à personne, de ne contracter aucun engagement, de ne faire aucun acte en notre nom, et on le rendit personnellement responsable de tout ce qu’il ferait à Tougourt sans prendre notre attache préalable.
Mais, de Biskra, le caïd Mohammed-Sghir-Bengana écrivait de tous cotés, et faisait imprimer dans les journaux que son frère, Boulakhras-Bengana , chargé par les Français de pacifier l’Oued- Bir, avait, à la tète des Gheraba, repris à Bouchoucha la ville de Tougourt, devant laquelle avait échoué Ali-Bey.
Le caïd du Djebel-Chechar, Ahmed-Bennaceur, qui, par tradition de famille et par goiit, avait toujours été dévoué à la France, et qui, en sa double (qualité de noble et de marabout, détestait leskhouans et les aventuriers se faisant passer pour chérif, seconda de grand cœur la politique des Bengana et déploya dès lors beaucoup de zèle pour notre cause. Le chérif lui écrivit des lettres injurieuses et menaçantes qui le comblèrent de joie, car elles lui permirent de nous envoyer « ces preuves visibles de son dévouement absolu, alors que ses intérêts matériels étaient si gravement menacés par les bandes du chérif ».
LES DERNIÈRES LUTTES
Le moment était du reste bien choisi pour s'affirmer comme serviteur des Français : Boumezrag était en fuite; le colonel Flogny avait quitté le Boutaleb et venait d’arriver, le 25 octobre, à Khenchela, ayant avec lui une colonne de 2,500 hommes, sans compter les goums. Le 28, il entrait dans le cercle de Tebessa, et, le 1er novembre, il s’emparait sans coup férir du village de Sidi-Abid.
Là, il arrêtait les indigènes réputés les plus compromis, vidait les silos, brûlait le village et la zaouïa, y compris le tombeau de Sidi- Abid. Profanation inutile et sans portée, car le souvenir du pieux marabout enterré sur ce point n’était pour rien dans les actes de nos ennemis, dont les paisibles et inoffensifs ksouriens d’El-Abid avaient été les premiers à souffrir. Mais cette opération consola un peu le colonel et ses troupes de n’avoir pas pu rejoindre et combattre les vrais rebelles, qui, à l'approche de la colonne, avaient pris la fuite en Tunisie, vers Tamerza et Nefta.
Le 6 novembre, le colonel Flogny était à Guibeur, où il s'arrêta par suite d’une fausse interprétation des instructions envoyées par le général Delacroix :.
Le 44, il était à Telidjène, où il faisait razzer un douar rebelle des O. Mbarek, fraction des Brarcha, qui se vit enlever 2,300 moutons, 28 chameaux et des tentes, après un petit engagement où nous n’eûmes ni tué ni blessé.
Le 13, le colonel, toujours sur l’Oued-Telidjène, était en amont des gorges de Foum-Mechera, qu’il traversait le lendemain 14.
De son camp, installé au sud des gorges, il envoya ses goums investir Négrine : à mi-chemin, vers l’Oued-Sokna, ceux-ci rencontrèrent des éclaireurs ennemis avec lesquels ils échangèrent quelques coups de fusil. Deux hommes furent tués, un de chaque côté ; trois rebelles furent faits prisonniers. La cavalerie régulière, partie un peu plus tard, rejoignit les goums vers la fin de l’engagement, et, tous ensemble, ils arrivèrent à Négrine.
La ville et l’oasis étaient désertes, l^es habitants avaient, dès le 13 au soir, évacué leurs demeures et 'abandonné la presque totalité de leurs provisions et de leurs effets pour fuir vers Tamerza. Le traitement infligé par le colonel Flogny au village de Sidi-Abid, moins
1. Le général Delacroix annonçait son départ de Msila et son intention d'opérer lui-même dans le Sahara; aussi, avant de s'avancer vers le sud, le colonel Flogny, ne voulant pas recommencer l’école qu'il avait faite à la Mestaoua, s’arrêta et demanda de nouvelles instructions.