ÉPILOGUE
Au nord, l’insurrection s'était étendue jusqu’à la mer, et le combat le plus septentrional avait été livré à Bounougha, sur le 37e parallèle, à 760 kilomètres d’Aïn-Taïba. Quelques-uns de nos soldats avaient parcouru, à pied ou à cheval, cette énorme distance ; d'autres étaient allés frapper les rebelles à 320 kilomètres à l’est et à 280 à l’ouest de la Medjana.
Pour vaincre les 200,000 combattants que nous opposait, sur ce gigantesque échiquier, une population insurgée de plus de 800, 000 indigènes, l’armée d’Afrique1, aidée de la marine2, des colons miliciens et des indigènes fidèles, avait, en moins d’une année, du 21 janvier 1871 au 17 janvier 1872, livré plus de 340 combats?.
. Ces combats, il est vrai, ne ressemblaient en rien à ces grandes tueries perfectionnées des guerres européennes, où les combinaisons
1. L'effectif de l’armée de terre avait dû être porté, comme au temps des guerres contre l’émir Abd-el-Kader, au chiffre de 86,322 hommes, se décomposant ainsi :
État-major .
officiers,
hommes
Gendarmerie .
Infanterie .
Cavalerie .
Artillerie .
Génie .
Administration. . . .
Intendance .
Troupes indigènes. .
Condamnés .
Dans l’infanterie sont comprises les gardes nationales mobiles de France, mais non les milices algériennes, ni les compagnies de débarquement de la marine.
2. En dehors des combats auxquels la marine nationale a pris part et qui ont été racontés dans le cours de cet ouvrage, la flotte a, sur la côte d’Algérie en 1871, du 1er mai au 14 novembre, transporté 22,825 hommes, 2,834 chevaux, 1,324 malades ou blessés, 2,039 otages et un matériel considérable de munitions et de ravitaillement.
3. Dans ces 340 combats, ne sont comptés que ceux où l’action française a été nettement engagée par la présence au milieu des combattants de Français d'origine, ou encore de chefs et agents indigènes investis, luttant comme champions déclarés de la cause française. Dans ce chiffre, ne sont donc pas compris les combats ou razzias de tribus à tribus, non plus que les actes de brigandage, massacres ou assassinats qui ne sont pas des faits de guerre. On n’a pas compté non plus quelques razzias ou attaques de peu d’importance.
Par contre, on a compris dans ce nombre quatre combats livrés dans le sud oranais et ne se rattachant pas à l’insurrection de Moqrani. Ce sont ceux livrés le 12 et le 13 mars entre des indigènes fidèles et des éclaireurs des Ouled-Sidi- Chikh à l’Oued-Goulila ; le beau combat de Magoura, livré le 17 avril contre Kaddour-ben-Hamza, par le commandant Marchand, détaché de la colonne Gand ; le combat du 23 décembre 1871 à El-Mengoub, livré par Si-Slimane-ben-Kaddour, commandant les goums de la colonne Gand.