Voir livre II, chapitre iv, page 2otl
2. Quatre cadavres, restés sur la terrasse de la maison cantonnière, échappèrent aux recherches et ne furent inhumés que beaucoup plus tard.
PALESTRO
de l’âge, les uns à demi carbonisés, les autres atrocement mutilés, et répandant déjà une odeur infecte. On procéda à l'inhumation de ces pauvres morts méconnaissables, qu’on mit dans une fosse commune creusée près de l’église.
Autour du village, la solitude semblait complète ; on ne vit qu’un misérable indigène qui, surpris en train de piller au milieu des ruines, fut passé par les armes. On ne put recueillir aucun indice sur le sort des autres habitants1, dont en ne devait avoir de nouvelles que le 2 mai suivant.
Cependant la petite troupe du colonel Fourchauit était harassée, et un dut passer la nuit du 24 au 25 avril retranché au milieu du village : cette nuit fut tranquille. Le départ, le 25, s’effectua sans incident ; mais à peine la colonne était-elle en marche que de tous les côtés elle était assaillie par douze ou quinze cents fusils des Zouatna, Àmmal, Senhadja, Aït-Khalfoun, etc. Grâce à l’artillerie et aux chassepots, le colonel tint à une bonne distance l’ennemi, qui ne cessa de harceler la colonne jusqu'au col de Tamizirt, c’est-à-dire jusqu'à midi. Nous eûmes deux hommes tués et sept blessés ; on trouva huit cadavres de rebelles que l’ennemi n'avait pu enlever, mais ses pertes avaient été bien plus considérables.
Un peu avant d’arriver au Fondouq, la colonne fut agréablement surprise en voyant venir à sa rencontre le capitaine Bruyère, qui commandait la localité. Il avait avec lui un détachement apportant du pain, du café et des vivres à ces vigoureux soldats exténués par quarante-huit heures de marche, de combats et de navrantes émotions. L’initiative de cette bonne surprise était due au sous-lieutenant Desnoyer, qui avait expédié en avant un de ses mokraznya.
1. Ce fut le caïcl insurgé des Zouatna, Hocéine-ben-Tahar, qui apprit au souslieutenant Desnoyer à l’Alma la présence des 40 colons chez Saïd-ou-Ali. Les premières nouvelles directes que l'on eut d’eux à Alger furent apportées le 9 mai par un certain Mohammed-ou-Saïd des Nezlioua, ancien chaouch du bureau arabe de Dra-el-Mizane, alors détenu à la prison de Maison-Carrée, et qui avait été mis en liberté pour aller chercher ces nouvelles. Ce Mohammed-ou-Saïd, homme très intelligent, était ce chaouch qui jadis avait exploité la bonne foi du commandant supérieur de Dra-el-Mizane, le pauvre commandant Jobst, dont il avait causé le suicide.
Voici la lettre que ce Mohammed-ou-Saïd apporta le 9 mai : elle était écrite par Mme V... à M. Barnéond, le directeur de la prison, qui avait accrédité le messager, et elle était envoyée décachetée afin d’être montrée en route aux Européens :
« Nous avons reçu le billet confié à Mohammed-ou-Saïd par M. Barnéond. Merci mille fois de la peine et de l’intérêt qu’on nous porte. Nous avons été
Le soir, la colonne campait au Fondouq, et le 26 elle rentrait au camp de l’Alma pour assister à un nouveau combat1.
Tel fut, dégagé de toute légende et de toute exagération, ce
recueillis par le caïd Saïd des Beni-Khalfoun, MU1C S..., sa bonne, moi, mon enfant, sa nourrice, un soldat du train, M. Auger, capitaine du génie, et les trentequatre habitants qui restent de Palestro.
« Nous sommes l'objet de soins bienveillants; néanmoins nous verrons avec bonheur le jour de notre rapatriement.
«< Signé : E. Y... et femme S... »
Un billet de deux lignes du capitaine Auger, ainsi cornai, était joint à cette lettre :
« Prière à M. Barnéond de faire savoir à M. le commandant du génie à Alger que je suis chez le caïd des Beni-Khalfoun, qui a recueilli les colons de Palestro. Amitiés et réponse. »
Les survivants de Palestro ne furent remis que le 13 mai au général Cérez. (Voir plus loin, livre III, chapitre n.)
Les principaux acteurs de l’attaque et du massacre de Palestro passèrent en cour d’assisis le 21 janvier 1873. 44 furent condamnés. Le jury se montra implacable : malgré l'avis du ministère public, il refusa les circonstances atténuantes à Saïd-ou-Ali, à El-hadj-Ahmed-ben-Dahmane , à Saïd-ben-Ramdane et à cinq autres qui furent condamnés à mort; 23 furent condamnés à la déportation, 12 à 5 ans de détention, 1 à 7 ans de réclusion.
Les habitants de Palestro demandèrent la grâce de Saïd-ou-Ali, dont la peine fut commuée en déportation; quatre autres condamnés à mort, dont Saïd-ben- Ramdane, eurent aussi leur peine commuée. Trois seulement furent exécutés : Boudjema-ben-Alnned, le domestique de M. Basset! ; un nommé Slimane-ben- Ahmed, comparse ayant de très mauvais antécédents; El-hadj-Ahmed-ben-Dahmane, caïd des Animal, âgé de 68 ans, et qui, cependant, avait sauvé la vie à un Européen et s’était plusieurs fois employé pour nous de façon à se créer des titres sérieux à notre indulgence.
L'Akhbar rendit compte en ces termes de l’exécution, qui eut lieu le 2 mai 1873, devant la prison civile, à Alger. « Celui-ci (le caïd), de la prison à l’échalaud, criait aux Arabes: « Je meurs innocent et ainsi mourront ceux qui accorderont leur confiance aux roumis et verseront leur sang pour les Français. » Très énergique, conservant son sang-froid, il interrompit ses prières pour dire à son lils de réclamer un bernous resté à la prison et 230 francs que lui devait un de ses coreligionnaires. »
Dans les paroles criées par ce malheureux avant de mourir se trouvait une protestation bien légitime contre les conditions déloyales dans lesquelles s’était faite son arrestation, le 30 mai 1871, après qu’il avait demandé s’il pouvait sans crainte venir au camp et qu’on avait, pendant plusieurs jours, été très heureux d’utiliser ses services. Cette arrestation avait été imposée par le général Savaresse, commandant la division d’Alger, en dépit des protestations réitérées du lieutenant-colonel Désandré, qui n’avait eu qu’à se louer de El-hadj-Ahmed-ben- Dahmane, venu de la colonne Cérez en liberté et comme auxiliaire. (Voir plus loin, livre III, chapitre ii.)