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d’une grêle de halles qui, par un hasard malencontreux, n'atteignirent ni lui ni sa mule.
Dans la nuit, trois assauts furent donnés contre le presbytère, dont la porte d’entrée finit par être enfoncée. Fermant alors les portes intérieures derrière eux, les défenseurs sortirent par une issue donnant sur le derrière de la maison, et vinrent se réfugier à la gendarmerie, sous le feu des rebelles, qui tuèrent quatre des colons et blessèrent légèrement le capitaine Auger. L’abbé Monginot arriva sain et sauf, ainsi que ses compagnons, moins deux, dont les cadavres carbonisés furent trouvés plus tard dans la cure.
Pendant que l’attention des rebelles était ainsi occupée sur le presbytère, auquel ils avaient mis le feu, puis sur la gendarmerie, qu’ils criblaient de balles, quatre des défenseurs de la maison cantonnière quittèrent leur poste avec l’intention de gagner Alger; l’un fut tué par une balle perdue, deux tombèrent, plus loin, entre les mains d’indigènes charitables qui les firent prisonniers ou plutôt leur sauvèrent la vie, les nourrirent et les protégèrent; le quatrième, M. R . , con¬
ducteur des ponts et chaussées, marcha toute la nuit, et arriva le 22 au Fondouq, d’où sa déclaration écrite fut aussitôt envoyée à Alger par le capitaine Bruyère.
Le samedi 22, la fusillade fut concentrée sur les deux maisons. Mais les indigènes, qui avaient de nombreux blessés, se décourageaient. Alors l’un d’eux, Belgacem-ben-Ouchfoun, homme de confiance du caïd des Animal, s’avança en parlementaire, et offrit aux colons qui rendraient leurs armes la vie sauve et une escorte pour gagner en sûreté le Fondouq.
A ces propositions le capitaine Auger et l’abbé Monginot répondent qu’ils n’entreront en pourparlers qu’avec les chefs investis. Si-Saïdben-Ramdane, amine des Ihazamènes, s’approche et engage sa parole ainsi que celle de l’amine-el-oumena des Aït-Khalfoun. Les assiégés insistent pour que les caïds viennent eux-mêmes. Le capitaine Auger déclare, en outre, à Si-Saïd-ben-Ramdane que les colons ne sortiront qu’en conservant leurs armes; il lui fait comprendre (jue cette condition est essentielle, et aussi profitable aux indigènes de l’escorte qu'aux Français. C’est d’ailleurs, pour les chefs qui proposent cet arrangement, le seul moyen d’en tirer honneur et profit le jour où l’autorité française enverra des troupes dans le pays.
Bientôt Saïd-ou-Ali, l’amine-el-oumena , arrive à cheval; les défenseurs de la gendarmerie sortent pour causer avec lui et lui demander les garanties qu’ils croient nécessaires. Quatre d’entre eux
LA KHOUANNERIE
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vont même jusqu’à la maison cantonnière voir leurs femmes et leurs enfants.
Saïd-ou-Ali consent bien à ce que les colons emportent leurs armes, mais il craint, dit-il, que cette condition ne soit pas ratifiée par les Qbaïls. Ceux-ci, qui se sont rapprochés pendant ces pourparlers, protestent en masse ; ils veulent le désarmement. D’autres crient qu’il faut leur livrer le maire. En ce moment, une bande d’énergumènes, dans laquelle dominent les gens des Zouatna, arrive en vociférant, fend la foule, et se précipite sur les Européens qui parlementent devant la maison.
Un colon croise la baïonnette contre eux ; une décharge presque générale le tue à bout portant ; les fusils partent de tous côtés. Ceux des nôtres qui sont près la porte rentrent aussitôt dans la gendarmerie ; d’autres sont tués sur place, et parmi ceux-ci est l’abbé Monginot.
Le capitaine Auger, qui s’était porté un peu à l'écart pour causer avec l’amine-el-oumena Saïd-ou-Ali , est préservé par ce chef, qui l’emmène précipitamment et jure de le défendre. A ce moment le 111s du maire, un enfant de onze ans, accourt à toutes jambes auprès de Saïd-ou-Ali et lui demande aide et protection. Celui-ci l’enlève, le met doucement devant sa selle, et lui dit quelques bonnes paroles ; l’enfant, rassui'é, le supplie de sauver aussi son père, resté dehors : « 11 est trop tard », répond Saïd, qui presse le pas de son cheval.
Le malheureux maire, à quelques pas de là, offrait de l’argent à Amar-ben-Kerkoud, qui, pour toute réponse, lui tire un coup de fusil et l’achève avec son tlissa.
Pendant ce temps, la porte de la gendarmerie cède sous les coups de pioche des assaillants, que décime cependant le feu de la maison cantonnière ; les assiégés sortent pour se frayer un passage à la baïonnette, mais ils sont écrasés par le nombre et tués à coups de pioche, de matraque et de sabre, sans que les rebelles puissent même se servir des armes à feu. Trente 1 Européens sont ainsi massacrés en quelques instants : parmi eux se trouve le brigadier de gendarmerie, tué à coups de hache par trois détenus du Guergour, que les rebelles viennent de délivrer. Un seul colon échappe, en se cachant dans la broussaille. 11 est sept heures du matin.
La bande, dans laquelle ne semble avoir figuré aucune notabilité,
1. Sur les 108 Européens à Palestre le 22 avril, 50 furent tués, 42 prisonniers, l(j s'enfuirent isolément; la plupart de ces derniers furent sauvés par des indigènes; quelques-uns arrivèrent au Fondouq.*]
PALESTRO
va alors rejoindre le groupe qui en ce moment combat autour de la maison cantonnière. Ils jettent au pied des murs les meubles et la paille enlevés à la gendarmerie et y mettent le feu, malgré l’opposilion très vive des Ammal, qui auraient voulu s'emparer des bijoux, valeurs et approvisionnements, qu’ils savent avoir été entassés dans la maison.
La porte, cependant, tombe consumée par le feu ; les assiégés évacuent le rez-de-chaussée, et coupent à coups de hache l’escalier embrasé ; mais ils ne peuvent tenir au premier étage, où la fumée les asphyxie, et ils sont forcés de se réfugier sur la terrasse, dont le parapet n’a que 40 centimètres de hauteur, ce qui les oblige à rester couchés et à se découvrir pour tirer. Là, sur un espace de 42 mètres carrés, sont entassées quarante-cinq personnes : un soleil de plomb frappe les tètes nues, des flammèches brûlent les vêtements flottants des femmes. Une grêle de pierres lancées avec une infernale adresse ne cesse de blesser et de meurtrir ces malheureux. Une femme est mortellement frappée ; plusieurs colons sont tués en voulant tirer*; la voûte de la terrasse se fendille sous l’action du feu, et menace de s’écrouler; un homme se suicide de désespoir ; les femmes s’afîolenl, pleurent, crient, demandent à se rendre coûte que coûte : mieux vaut être tué d’un coup que souffrir ainsi !
Ces pleurs et ces cris sont entendus des assiégeants ; Saïd-ou-Ramdane, amine des Ihazzamènes, s’avance en parlementaire, son fusil sur l’épaule ; il répète qu’on n’en veut pas à la vie des Européens, qu’on respectera ceux qui rendront les armes. On lui dit d’aller chercher le caïd. L’amine-el-oumena , Saïd-ou-Ali, arrive; il s’engage, publiquement et par serment, à ne faire aucun mal à ceux qui se rendront et se fieront à sa parole.
Pour échanger ces quelques mots, il fallait crier du haut de la terrasse, car on n’avait nul moyen de descendre, et la voix portait d'autant plus mal que c’était Mmc Y . , femme d’un ancien officier de
bureau arabe, qui servait d’interprète : elle seule savait assez bien l'arabe pour soutenir une conversation en des circonstances aussi graves. Elle invita Saïd-ou-Ali à faire mettre une échelle le long du mur et à venir s’entretenir avec les colons, ce qui fut fait aussitôt. Là après l'échange de quelques paroles, qui donnèrent confiance aux malheureux colons, il fut convenu que les fusils seraient passés immédiatement par la fenêtre du premier étage, que les bijoux, argent et valeurs, seraient remis afin d’ôter tout prétexte à des attentats provoqués par la cupidité des mauvais sujets.
LA KHOUANNERIE
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Les choses se passèrent comme il avait été convenu, sans brutalité, sans cris, sans désordre. Saïd-ou-Ali, El-hadj-ben-Dahmane, caïd des Animal, Saïd-ou-Ramdane et d’autres chefs, surveillèrent la remise des armes, des bijoux et des valeurs, qu'un khodja inscrivait avec soin sur une liste nominative.
Quand tous les colons furent descendus et réunis, les indigènes les comptèrent à haute voix ; ils étaient 40 : neuf hommes, vingt femmes et onze enfants. Ils furent mis en route sous la conduite de Saïd-ou- Ramdane, chez qui ils passèrent la nuit, au village des Ihazzamènes, couchés sur le sol.
Le dimanche 23, ils furent dirigés vers le village de Hamicha et ils furent logés chez l'amine-el-oumena Saïd-ou-Ali, où ils retrouvèrent le capitaine Auger et le fils Rassetti. Là, on donna aux femmes quelques tapis et quelques nattes pour se coucher.
Ils devaient rester vingt jours avec cette installation rudimentaire et avec la nourriture habituelle des paysans qbaïls : deux repas de galette d’orge, de figues sèches et d’oranges. Une fois par semaine, le jour du marché, un morceau de mouton gros comme la moitié du poing.
Ils furent du reste traités tout le temps avec une bienveillante sollicitude, et ils s’en montrèrent reconnaissants plus tard en signant une pétition pour demander la grâce de Saïd-ou-Ali, condamné à mort par la cour d’assises.
Le matin de ce même dimanche 23 avril, le colon échappé la veille au massacre était venu au village des Ouled-Dabmane, où le caïd El-hadj-Ahmed-ben-Dahmane l’avait très bien accueilli et lui avait garanti la vie s’il ne sortait pas du village.
Ce fut aussi à la fin de cette même journée que le colonel Fourchault partit, à huit heures du soir, de l'Alma1 « pour aller dégager les colons de Palestro », qu’on croyait encore aux prises avec les rebelles. Le colonel était accompagné du sous-lieutenant Desnoyer, chef de l'annexe d’Alger, et d’un fort détachement de zouaves et de tirailleurs.
La petite colonne marcha dix-huit heures de suite, et arriva à Palestro le 24, à deux heures de l’après-midi, sans avoir été inquiétée sur sa route. Elle ne trouva que des ruines encore fumantes, au milieu desquelles gisaient quarante-deux cadavres2 d’hommes dans la force