Histoire de l'insurrection royaliste de l'An VII
MBUAIHE DE I.A SOCIKTÉ DES r,ENS DE LETTRES PALAIS-ROYAL, 15-17-19, GALERIE D'ORLÉANS
L'histoire de l'insurrection royaliste de l'an VII n'a pas encore été écrite. Quelques auteurs lui ont incidemment consacré quelques pages plus ou moins véridiques ; mais aucun d'eux n'a fait une étude spéciale, sérieuse^ approfondie, de ce soulèvement qui, sans avoir l'éclat et la grandeur de celui de la Vendée, aurait infailliblement amené l'invasion de la France par les armées étrangères, s'il n'avait été étouffé dans son berceau par le zèle, le dévouement et le patriotisme des gardes nationales et des volontaires républicains de la Haute-Garonne et des départements limitrophes.
De pareils faits ne doivent pas rester enfouis dans la poussière des archives. Il
faut que les générations futures apprennent, comme nous, ce qu'ont coûté les libertés conquises, afin qu'elles ne les laissent pas péricliter dans leurs mains; car on oublie si vite, dans notre beau pays, qu'à l'exception de quelques rares vieillards, nul n'a conservé le souvenir d'un événement qui couvrit nos bourgs et nos campagnes de sang et de ruines et qui contient pour tous de graves enseignements.
C'est pourquoi j'ai entrepris d'écrire cette page, à peu près ignorée, de notre histoire locale, et conséquemmentde l'histoire de la France, qui n'est pas encore faite, et ne peut et ne doit être que la synthèse de toutes les histoires partielles. Aurai-jeréussi? Jel'ignore, mais je l'espère. Je l'espère, car je n'ai rien négligé pour arriver à la vérité. J'ai visité toutes les archives et compulsé tous les livres pouvant me fournir des renseignements ou des matériaux. J'ai lu, étudié avec soin tous les do-
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cuments relatifs à cette insurrection et conservés dans les archives. J'en ai reproduit textuellement les plus intéressants et les plus topiques, afin que mes lecteurs puissent se faire une idée exacte des événements dont je me suis efforcé de retracer la marche et la physionomie, en dehors de toute idée préconçue, de tout parti-pris. Je suis et j'ai voulu rester un narrateur consciencieux et fidèle, mais non un juge. Je laisse ce soin à mes lecteurs.
Est-ce à dire que je sois demeuré impassible ou indifférent aux violences , aux actes et aux agissements plus ou moins honnêtes des deux partis aux prises dans cette lutte fratricide? Non, sans doute; car il me paraît bien difficile, sinon impossible, à un auteur, à un homme quelconque de faire, d'une manière absolue, abstraction complète de sa personne, de ses idées, de sa foi, de ses préférences, au point de ne pas être impressionné, dans un sens ou dans un autre, par tout ce qu'il
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rapporte ou décrit et de ne pas le faire sentir. Mais je suis resté impartial, sincère et juste. Je n'ai rien caché, rien voilé de la vérité pour ou contre quoi que ce soit ou qui que ce soit.
J'ai tout lieu d'espérer que mes lecteurs le reconnaîtront et me rendront cette justice, en même temps qu'ils seront frappés, comme moi, de la profonde analogie qui existe entre la situation politique actuelle et celle de cette triste époque où, comme de nos jours, les républicains, divisés en fractions dissidentes aussi nombreuses que passionnées, mettaient le gouvernement dans l'impossibilité de rien faire et de rien entreprendre, en l'attaquant, l'accusant, le critiquant sans cesse, à la tribune législative comme dans les journaux, et où les représentants de la nation, plus préoccupés de saisir le pouvoir que des véritables intérêts du pays, se faisaient une guerre incessante, acharnée, au lieu de se grouper et de s'unir pour livrer une
dernière bataille aux royalistes qui, profitant de ces divisions, conspiraient ouvertement contre la République et levaient l'étendard de la révolte pour la renverser.
En agissant ainsi, les républicains amenèrent le triomphe d'un soldat de fortune et de génie et lui permirent de les mettre d'accord avec leurs adversaires en se saisissant du pouvoir et en les renvoyant dos à dos, battus mais non contents.
L'histoire ne se refait pas, dit-on. Je ne suis pas de cet avis, parce que des causes identiques doivent nécessairement engendrer des effets identiques. Voilà pourquoi je me permets d'appeler toute l'attention des républicains comme des royalistes sur le travail que je publie aujourd'hui, et de leur crier bien haut : Souvenez-vous du 18 brumaire !. . .
Toulouse, le 22 septembre 1886.
LAVIGXE.
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