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sioD de ces figures devient alors immédiatement possible à posteriori ; et voici de quelle manière elle se produit : un phénomène quelconque, le hasard , amène la fixation de Tapp^rception sur le polygone A; je saisis alors, dans ce potygone, non pas sa couleur tout entière, mais seulement la différence de cette couleur d'avec le milieu déterminant BGDF. . . qui entoure le polygone; puis, en possession de cette différence, je subsume sous son idée et les appréhende k mesure , tous les polygones dans lesquels, malgré leur diversité bien réelle, je la retrouve cependant toujours.
Ainsi en possession d'une couleur quelconque , que cette couleur ait un nom dans la langue ou n'en ait point, je suis, pour ainsi dire, cette couleur pas à pas, appréhendant successivement, de proche en proche, toutes les parties du monde apperçu dans lesquelles je la retrouve, dont par conséquent cette couleur est l'unité, et bientôt j'arrive à saisir à la fois toutes ces parties. Voilà ce qui dirige le regard dans l'appréhension successive des différentes parties colorées qui composent un ensemble; voilà la lumière qui éclaire la conception dans la perception toujours un peu lente et toujours laborieuse des figures matérielles (3).
3. Je possède donc maintenant toutes les parties de l'ensemble, je les tiens apperceptivement toutes à la fois ; mais, pour les tenir à la fois , je ne les prends pas ensemble ; pour moi toutes ces parties sont encore isolées, elles ne se tiennent pas, elles ne forment pas un tout , un objet : il y a là appréhension simultanée , conscience de plusieurs parties ; il n'y a pas conscience
462 HlSfOIlS Mt L'nrriLLIGBIfGB, UT. U, CH. n.
de leur unité synthétique ; car il n'y a pas conception. Pour qu'il y ait conception, il faut , par une appréhension générale, relier ensemble toutes ces api»réhensions individuelles et isolées : quel sera Tobj^ de cette appréhrasi(m ? et comment va-t^e se pro^ duire ?
L'objet propre de cette appréhension, c'est le rapport même des parties les unes avec les autres , \esar union , soit dans le plan des couleurs , soit dans le corps kur main , smt dans le moi vivant , et le mode de lair union ; en un mot , leur ensemble ; autremmt dit : l'objet lui-même. Par exemple, dans le plan des couleurs , l'ensemble des différentes nuances de rouge qui composent cette rose , autrement dit : cette rose ^emême ; l'ensemble des différentes nuances de vert qui composent ce buisson, autrement dit : ce buisson luimême ; l'ensemble des polygones divers de couleur qui
composent une des figures du carrelage cidessus, autrement dit : la figure ell^même; ""^ l'ensemble des lignes A et B dans la figure ci-contre, autrement dit : Tobjet ABGD lui-même, ou la croix ABCD, Mais ce rapport, pour être appréhendé , doit être déterminé. S'il n'est pas déterminé , rien ne le montre, rien ne l'indique; il n'est pas pour moi : je l'apperçois, il est vrai, mais je ne puis pas le saisir : avec quoi le prendre? au moyen de quoi le saisir? je n'ai rien à côté de lui qui le détermine , qui le fasse être pour moi ; en un mot, qui le produise pour l'appréhension. Qu'est-ce qui détermine le rapport des parties les unes avec les
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autres ? qu'est^^^ qui me montre leur union et le mode de cette union ?
L'union dont je parle, ce rapport des parties les unes avec les autres , c'est la manière d'être ensemble de plusieurs apperçus : ptura appercepta ; c'est un mode. Par quoi un mode peut-il être détermin^ sinon par son contrsdre? qu'est-ce qui peut déterminer la perpendicularîté de deux lignes, si ce n'est leur obliquité ? qu'estce qui peut déterminer leur obliquité si ce n'est leur perpendieularité (a)? Par conséquent , pour qu'un ensemble quelconque smt déterminé » il faut que, tout à côté de lui, dans le monde apperçu, soit le plan des couleurs , soit le corps humain , soit le moi vivant , nous soît donné, en même temps que lui, un autre ensemble qui en soit, quant au rapport qui le constitue, la négation complète, absolue. Nous pourrons alors, appréhendant jl^ {premier de c^s ensembles au moyen du sidcosidf «aisir, en lui, noppas, sans doute, cet ensemble tout entier, mais sa différmce d'avec celui au moyen duq^ nous le saisissons; c'est-à-dire, cet ensemble dans ce4j|u^il a d'.q^sentid, de général, et san$ aucun des accid^nt8 qu'il peut offrir.
Pans le moi yiyiWt <^tte condition se trouye remplie to]i^ paturellenjient ; la ijQodifiçation qui cppimence et iCelle qui finit formant avec le moi deux ensembles qui sçiatbjen, quant an rapport qui les constitue, l'opposél'un de l'autre, le conti^re Tun de l'autre, la négation l'un de l'autre.
{a) Voir le chapitre précédent, g IV.
464 nisToiiB DB l'iktblliobkgb, uf. n, de. u.
Prenons un exemple particulier : soit le son A passant
sous mon appréhension de
qui commence (fens A et i qui finit dans A, forment
avec lui deux ensembles qui sont bien, quant au rapport qui les constitue, Topposé Tun de Tautre, le contraire Tun de l'autre, la négation Tun de l'autre. Le premier de ces ensembles c'est le sub-stans ou la substance , le second, c'est le non sub-stans ou la dét^mination de la substance. Le lecteur trouvera plus loin des détails sur la manière dont se produit l'appréhension de ce rapport.
Dans le plan des couleurs , l'ensemble est d^abord déterminé par le plan même au milieu duquel il se trouve formé ; mais il n'est pas déterminé par ce plan d'une manière complète : cela seulement se trouve déterminé , en lui , par le plan des couleurs , qui n'est plus dans ce plan , c'est-à-dire l'union pure et simple des parties qui le composent ; le mode de cette union ne l'est pas : ainsi déterminé l'ensemble donné est une CHOSE, un OBJET, uuc HCURE ; cc n'est pas une chose c/eterminée , comme ou dit : ce n'est pas un arbre , une maison , un triangle , un carré , un cercle. Il faut donc chercher , dans le monde apperçu , les autres objets qui doivent déterminer, dans l'ensemble saisi , le mode d'union de ses parties, les recueillir tous , les rapprocher, sous le regard, de l'ensemble saisi, si ce
DB LA CONCirriON ET DU CONCEPT. 165
rapprochement n'est pas donné par la nature , et procéder ensuite comme il a été dit au paragraphe lY du chapitre précédent.
La recherche de ces différents objets ne présente d'ailleurs aucune difficulté : l'objet saisi se trouve entouréd'objets qui déjà le déterminent d'une certaine manière et , par là, fournissent une indication pour trouver les autres.
Cela seul , ai-je dit , se trouva déterminé dans l'objet, qui n'est plus dans le plan des couleurs, c'est-à-dire, Ir'union pure et simple des parties. Et de fait, cette union ne se trouve plus, dam» le plan des couleurs, entre les parties juxtaposées qui composât ce plan ; cela est évident: le plan des couleurs n'étant limité nulle part, n'étant pluS' fini , borné, rien n'en réunit pour nous les différentes parties ; si ces parties sont unies , si elles forment un tout, rien ne détermine ce tout, rien ne nous montre cette union; nous ne pouvons pas la saisir : au moyen de quoi voulez-vous la prendre? Mais ce même plan, dont rien ne fait pour nous l'union des parties qui le composent, réunit, pour nous, les différentes parties homogènes qui composent un ensemble' donné : il les entoure de toutes parts, il les enveloppe et les enserre dans son m fini ; par lui nous pouvons les voir unies et les saisir ensemble.
Dans le corps humain ^ une partie quelconque du eorps, y. G., mon bras, ma main , mon front, un de mes doigts, est assurément pour moi qui la sens sans la juger, pour moi qui la sens et ne fais que la sentir, un ensemble de résistances homogènes , rien autre chose. Cet ensemble est d'abord déterminé par le monde
466 HiiTOin db L'uimiiouici, uv. n, ca. h.
des résistances, par le corps humain, au miliea doquel toutes les résistances, qui le composent, se trouvent sai* sies, simultanément, à un moment donné; mais il est seulement déterminé par ce monde comme chosi, ccHnme cHosi BÉsisTAMTB ; il ost eusmte déterminé comme bras , c(Hnme main, comme front, etc., par les antres parties qui composent avec lui le monde des résistances, parles autres membres du corps humain. Mab toutes les par* ties du corps: mon bras, ma jambe, ma main, mon pied, mon front, mon épaule, etc., ne nous sont lÂen connues que par la sensation générale, je venx <fire, que par la résistance générale de toutes leurs parties résistantes ; quant k leur forme, nous nous les rqprésoitons sous l'image que l'œil nous en d(mne, image bien pins nettement déterminée, bi^i plus fadle a acquérir que celle que le tact pourrût nous donner ; et , par suite, leur détermination rentre dans ce qui vient d'être dit à propos des couleurs.
1 . A plusieurs endroits de la Raison pure, Kant déclare qu'uN ENTENDEMENT DANS UBQUEL LA DIVERSITÉ M l'inTUI- TION SERAIT DONNÉE EN MÊME TEMPS PAR LA CONSCIENCE, PERCE- VRAIT LES OBJETS ET NE LES PRODUIRAIT PAS (fl) ; eh bicU ! tcl
est justement , si nous ne nous sommes pas trompé
(a) Voyei l'épigraphe de ce chapitre.
DB Là CONCIPTION BT DU COMCBFT. 167
dans ce qui précède et nous n'en avons pas la moindre crainte (4)* le véritable caractère de Tentendement humain. — J'apperçois à la fois tout le plan des couleurs, tout le corps humain , tout le moi vivant ; cette première apperception sans doute est passive et par conséquent sans conscience , puiscpie la ccmsdence n'accompagne que mes actes (a) ; mais bientôt je saisis, j'appréhende dans le tout simultanément et passivement apparu, y. 6., dans le plan des couleurs, première^ ment , wa pmnt coloré , et j'ai alors la conscience de ce point; deuxièmemwt, à la fois, plusieurs points colorés : tous les points colorés qui composent un «bjet , et j'ai alors consdence à la fois de tous ces points : tous ces pcHnts scmt individuellement donnés à la conscience, et cela en même temps, par l'appréhension multiple-simultanée ; troisièmement, par une appréhension nouvelle, pour ainsi dire générale , je saisis le rapport de tous ces , points, leur synthèse, leur ensemble, et par là, je devins conscient de l'unité de tous ces pomts : l'objet est alors tout entier donné à la conscience : il est perçu. Ainsi, de l'aveu de Kant lui-même, la perception des objets, Y. G. , la perception d'un arbre , d'une maison , d'un site ; la perception d'un triangle, d'un carré, d'un cercle; la perc^tion d'une partie cpieloonque du corps : mon bras, ma jambe, mon pied, ma main, eto. ; la pwception de la succession des phénomènes dont la vie s^ compose , est possible à posteriori : a La liaison est donnée dans
(a) Voyez UT.II,ch. IJII, 2.
468 BISTOIll Dl L'WTILUGmGB» UT. D, CB. !!•
• les objets et peut en être empruntée ou tirée par » l'observation pour être enfin reçue dans Tentendement » qui n'est que la faculté d'unir à posteriori, en pre- » nant la nature même pour modèle , la diversité des » intuitions (a) »•
Mais si nous pouvons saisir dans le monde apperçu, soit le plan des couleurs, soit le corps humain, soit le moi vivant , au moyen de l'apperception totale de oe monde, un des ensembles qui s'y trouvent déterminés ; ce monde lui-même, nous ne pouvons pas le saisir car ce monde n'a pas de limites apperçues et ne peut pas en avoir, il n'est pas donné ; où le pr^idre appweeptivement? avec quoi le saisir? Je ne pms pas plus saisir le plan des conteurs y le corps humain, le moi vivant f que je ne puis saisir en eux le moi, c'est-k-dire la substance qui les rémpHt et les soutient, parce que ces trois mondes, ainsi que le moi, ne sont pas déterminés: de nulla re, ou a nul la re terminati sunt; par quoi le seraient-ils ? Nous n'avons donc pas et nous ne pouvions pas avoir un concept du plan des couleurs, un concept du corps humain, un concept du moi vivant, nous n'en avons et nous ne pouvions en avoir qu'une simple apperception.
Mais dans cette apperception je puis lier mes intuitions , les disposer d'après les rapports qu'elles soutiennent, #t, par là, arriver à saisir, dans le plan des
(o) Cf. Kant, Raison pure , traduct. de M. Tissot, 2^ édition, \" vol. supplément XV, p. 402.