CHAPITRE CINQUIÈME
(I) P. 553. — // est une difficulté à laquelle les philosophes n'ont jamais su répondre, à laquelle Descartes ne répondit pas ou répondit comme le récipiendaire de Molière, quand son illustre adversaire, le savant et pieux chanoine de Digne la lui objecta,
« Supposé, comme vous dites, que vous soyez une chose qui n'est point » étendue, je nie absolument que vous en puissiez avoir l'idée. Car, je vons
• prie, dites-nous, comment vous pensez que l'espèce ou l'idée du corps » qui est étendu puisse être reçue en vous, c'est-à-dire en une substance » qui n^est point étendue ? Car, ou cette espèce procède du corps, et pour » lors il est certain qu'elle est corporelle et qu'elle a ses parties les unes n hors des autres et partant qu'elle est étendue ; ou bien elle vient d'ail- » leurs et se fait sentir par une autre voie. Toutefois, parce qu'il est tou- » jours nécessaire qu'elle représente le corps, qui est étendu, il faut » ainsi qu'elle ait des parties, et ainsi qu'elle soit étendue. Autrement, si » elle n'a point de parties, comment en pourra-t-elle représenter ? si elle » n'a point d'étendue, comment pourra-t-elle représenter une chose qui en » a ? si elle est sans figure, comment fera-t-elle sentir une chose figurée? » si elle n'a point de situation, comment fera-t-elle concevoir une chose » qui a des parties les unes hautes, les autres basses, les unes à droite, les
* autres à gauche, les unes devant, les autres derrière, les unes courbées, » les autres droites ? »
(Objections de Gassendi à Descartes contre la sixième méditation, IV.)
A cette objection positive, si nettement formulée. Descartes répond :
(a) Yoy. Histoire de la Philos, moderne, analyse du Système de Kant, tom. V, leçon V».
446 HisTOiBi DR l'intelligenci.
• Vous demandez comment j'estime qne l'espèce on l*idée du corps^ leqael t est étendu, peut être reçue en moi qui suis une chose non éteDdoeJe
• réponds à cela qu'aucune espèce corporelle n'est reçue dans i'esprit^mais
• que la conception ou l'intellection pure des choses, soit corporelles, soit
■ spiriluelles, se fait sans aucune image ou espèce corporelle; et quanta t l'imagination, qui ne peut être que des choses corporelles, il est vrai que
• pour en former une il est besoin d*une espèce qui soit un Téritable corps t et à laquelle Tesprit s'applique, mais non pas qui soit reçue dans
■ l'esprit. •
Cette réponse, par Tair prétentieui de la forme et la nullité du fond, ue rappelle- t-elle pas fatalement cette autre.
Mihi a docto doctore
Domandalur causam et rationem quare
Opium facit donnire.
A quoi respondeo,
Quia est in eo
Virtus dormitiya
Gnjus est natura
Sensus assoupire.
(2) P. 551 . — Mais bientôt d'autres réalités nC appellent V activité sans laisser tomber la perception mnémonique sans
laisser se dissiper les dispositions apperceptives qui la rattachent^ l'une au monde rationnel, à la raison
Il s'agit ici du eoncept dont nous byods doDoé la formation dans le troisième chapitre du second livre, t" D.. § V, et II® D., gg I et II. J'appelle ce concept particulier le monde rationnel ou la raison^ parce que c'est dans ce concept que le raisonnement proprement dit : Pierre est un homme, l'homme est mortel^ donc Pierre est mortel^ trouve sa base; il s'appuie coQ'iauelIement sur ce concept, et ne fait jamais que d'en parcourir les différentes ramiOcations et d'en ressaisir les différents rapports.