FRO:VT SENT : MEA FRONS SENTIT OU
2 J'aurais pu, j'aurais dû, peut-être, sentiens. présenter la perception qui précède
sous une autre forme, j'ai préféré la 3 On comprend pourquoi meus ,
donner tout d'abord sous celle-ci, et mea, meum, est sous-entendu dans
la répéter ensuite sous la forme dont cette phrase latine : il y serait une
je parle : — Placez sur mon front un répétition inutile et presque inexpli-
objet chaud, mon front (moi sous cable de ego, de me. Il faut traduire
mon front : vie sub fronte) passe ainsi : Ego sub fronte, sub brachio,
alors de la résistance pure à la sen- sub manu sentiens.
94 HISTOIRE DE i/lNTELLIGENCE. lr8 PÉRIODE.
perception ', méprenant sentant sous cette différence, je dis : Je sens chaud dans mon front, je sens froid dans mon bras, Je sens objet on je sens un objet dans ma main2: ego sentiens, ou , tout simplement, seutio 3 fronte calidum , brachio frîgidum , manu rem ou materiam: voilà le moi sentant se distinguant du chaud, du froid , de l'objet senti et se percevant sentant de plusieurs manières.
Etudiant maintenant ma triple sensation au moyen
1 Voyez ci-dessus, p. 85, note 3. un nom pur et simple, nommant
purement et simplement, sans la rap-
2 Dans toutes ces expressions la porter à rien, la différence perçue; préposition sur ou sous dont parfois mais cette forme purement nominale, cependant il peut m'arriver de me ser- le verbe la garde si peu de temps, si vir à la place de la préposition dans même cela peut se dire, il la change serait duranttout ce premier dévelop- si vite en celle du participe présent, pement un grossier contre-sens. sa forme constante et durable , qu'on
peut presque dire qu'elle n'est pas la
3 En lui-même, dans son essence sienne, mais une forme purement et dans sa forme primitive le verbe accidentelle.
est un qualificatif: il exprime une qua- Si tout cela est vrai, si le verbe en lité, une manière d'être et rien autre lui-même représente une manière chose (j'ai déjà dit cela à propos du d'être, un attribut pur et simple, d'où verbe Etre, v. p. 74, note 3) ; mais lui viennent et que signifient ces forune manière d'être intime du moi, mes si nombreuses et si diverses qu'il de l'âme, par conséquent toujours nous présente dans presque toutes les une des formes de la vie. Voilà langues? Ces questions viendront tout ce qui le distingue de tous les autres naturellement plus loin et seront qualificatifs, qui tous représentent alors parfaitement résolues : ces forune forme de la nature morte, une mes représentent les différents points forme de la mort ; lui seul représente de vue et pour ainsi dire les difféla vie, c'est le mot vivant: HO-TSEU rentes positions dans lesquelles la comme l'appellentles Chinois (V.Abel manière d'être, représentée par le Remusat , Eléments de la gram- verbe, peut se trouver perçue par la maire chinoise , p. 64). suite et saisie. Nous la verrons revê- Quand nous disons que le participe tir ces différentes formes dans des présent est la forme primitive du circonstances analogues à celles dans verbe, il y a bien pourtant dans ce lesquelles son sujet moi : me, est luique nous disons une petite inexacti- même déjà devenu meus, meâ, meum tude, mais elle est légère et de peu et à celles dans lesquelles il deviendra, d'importance: — la forme primitive quand l'occasion en sera venue, en du verbe n'est pas assurément le par- se transformant de nouveau pour ticipe présent, c'est l'infinitif: en soi, répondre à des conceptions qui et tout d'abord, le verbe n'est pas un n'existent pas encore : moi, toi, soi qualificatif, c'est, comme tout quali- (lui). ficatif d'ailleurs l'est à son origine,
des idées différencielles que je viens d'acquérir ', cherchant en elle, au moyen de ces idées, l'élément particulier représenté par chacune, je trouve le chaud dans mon front seulement ; le froid, seulement dans mon bras ; mais l'objet senti : rcs, matcria, je le retrouve partout : dans mon front, dans mon bras et dans ma main ; ici pur, là mélangé ou combiné avec le froid et le chaud. L'objet : matcrîa, m'apparaît alors comme une substance 2 pouvant revêtir certains accidents : chaud et froid, mais pouvant aussi exister sans eux 3. Traduisant ma conception sous cette forme nouvelle, je dis : seutio materiam f r o n t e calîdam, b r a c h i o frigidain,m an u materiam simplicitcr .Voilà l'objet senti se posant sous sa forme pure , indépendamment des accidents qu'il peut revêtir ; ne le perdons pas de vue , suivons-le, nous allons le voir se présenter à nous sous trois modes que nous ne connaissons pas encore. Ma main droite, restant toujours appuyée ou posée sur l'objet dont j'ai parlé, ma main gauche glisse subite-
1 L'étude d'un fait quelconque , de plus; pour nous il ne représente d'une cbose quelconque, a toujours également qu'un rapport.
lieu par l'analyse , et cette analyse s Pouvant revêtir certains accisuppose, non pas des mots comme le dents . . . pouvant exister sans eux. disait Condillac, mais des idées, des Est-il nécessaire d'avertir le lecteur idées acquises, et n'est possible qu'a- que cette forme sous laquelle je travée ces idées (Voyez lre part., liv. II, duis en ce moment ma pensée, com- 1°ch.I, gg III el IV; 2° ch. III, p. 231 me toutes celles qui out une même et suiv., 250 et suiv.) origine et renferment, comme elle, plus ou moins distinctement, l'idée
2 Jamais le mot substance, pour de pouvoir mêlée à une autre idée, nous, n'a le sens abusif de res, mate- V.G. capable de, susceptible de, etc. , rïa: materia quœ substat phœnome- n'est pas la sienne, mais une forme nis; non, il signifie pour nous ce qu'il empruntée qu'elle revêtira plus tard, signifie proprement; nous n'ajoutons quand l'imagination en possession de rien à sa signification, nous n'en l'idée de pouvoir (qui représente l'acretranchons rien: en lui-même, ce tivité volontaire), saisissant entr'elle mot, c'est sub-stans : se tenant des* et cette idée certain rapport d'analosons, il représente un rapport, rien gie,se représentera l'une sous la forme
96 HISTOIRE DE l' INTELLIGENCE. Ire PÉRIODE.
ment clans un vase rempli d'eau tiède, c'est-à-dire d'eau à la température de ma main ; presqu'au même instant vous soufflez sur mon front. Trois sensations me sont alors données à la fois : l'une dans mon front, l'autre dans ma main droite et la troisième dans ma main gauche. Dans toutes les trois, jeretrouve l'objet senti: materiam, et, par suite, subsumant sous son idée ces différentes sensations, je les identifie dans ma pensée, je les confonds dans l'idée sous laquelle je les subsume ; mais bientôt, appréhendant chacune d'elles, successivement au moyen des deux autres, je saisis en elles la différence qui les distingue et les caractérise ; puis, mentalement, au moyen d'une conception intérieure, vérifiée ipso momento par l'aperception, sous cette différence prenant l'objet senti, je le conçois sous trois formes différentes ; je dis de lui, parlant toujours dans mon verbe intérieur : il est solide sous ma main droite, liquide s ou s ma main gau che,et gazeux su r mon front. Voilà la réalité matérielle : suivez-la, vous allez la retrouver sous toutes ses formes : la dureté, la mollesse, la polissure, la rudesse ', etc. Ainsi donnée par le tact,
de l'autre. Sa forme n'est pas capable: veut se donner la peine de chercher,
capax, c'est capiens tout simple- au moyen de l'observation directe
ment; mais l'autre forme est plus faite sur les faits, l'idée qui se trouve
connue, plus usitée, plus familière et sous ces mots ; mais qu'une phrase
par conséquent plus claire. Voilà quelconque est fautive toujours, er-
pourquoi je m'en suis partout servi, ronée toujours, si cette recherche, il
Où en serions-nous, bon Dieu ! si, ne la fait pas. pour faire l'histoire de l'intelligence,
nous devions nous astreindre à ne , Vem vhuile ,e mercure etc^
parler durant une époque que la Ian- sont des formes delà réalité maté-
gue particulière a cette époque ? rielle Hquide que ron pourrait encore
J'ai déjà dit que la langue n'est citer ici : Veau, en effet, Vhuile et le
rien et ne peut jamais par elle-même mercure existent déjà pour la sensi-
constituer une erreur, si le lecteur bilité , autrement dit , pour le tact ,
c'est une pure sensation , n'ayant pour se soutenir d'autre sujet que le moi , pour se produire qu'un inonde, le Corps- humain. Bientôt pourtant, nous la verrons se réaliser en dehors du Corps- humain dans un sujet différent du moi et sous une forme donnée par la vue ou le toucher. Toutes ces manières d'être : la solidité, la liquidité, la gazéité ; la dureté, la mollesse, la rudesse, hpolissure, etc., se transformeront alors et deviendront des faits de la vue et du toucher \
Le résultat de la perception qui précède est une idée concrète représentable en latin par l'une des combinaisons suivantes : ego sentiens manu materiam solidam
comme de pures sensations ; mais nous nous contentons des formes ordinaires.
1 La solidité, certaine consistauce les unes par rapport aux autres des différentes parties qui composent un corps, consistance avec laquelle elle s'associe toujours et de laquelle elle paraît résulter. De même pour la liquidai' et la gazéité. — La rudesse, certain état moléculaire des corps à leur surface avec lequel elle s'assccie toujours et duquel elle parait également résulter. De même pour la dureté, la mollesse, etc. « Lorsque, dit » Ileid , les parties d'un corps sont » tellement adhérentes l'une à l'autre » qu'on ne peut aisément en altérer » la forme, on dit que le corps est » dur ; on dit qu'il esimou lorsqu'on » peut aisément déplacer les parties » qui le composent : telle est la no- » lion que les hommes se forment de » la dureté et de la qualité qui lui » est opposée*. » Oui, telle est la notion qu'ils s'eu forment plus tard, mais telle n'est pas celle qu'ils en
ont tout d'abord et naturellement.
Condillac avait dit ; « Puisqu'un » corps est on continu, formé par la • contiguïté d'autres corps étendus, » la sensation qui le représente est » un continu formé par la contiguïté » d'autres sensations étendues », et M. Royer-Collard critique ainsi cette phrase :
« Dans cette phrase, dit-il. Gon- » diliac définit la matière par l'é- » tendue seule, sans parler de la so- » lidité; or il est tout aussi certain » que nous percevons la solidité , » qu'il peut l'être que nous perce • » vons l'étendue. Ajoutez donc la so » lidité à l'étendue et vous iirez : — » Puisqu'un corps est un continu soit lide, formé par la contiguïté d'au- » très corps étendus et solides, la » sensation qui le représente est uu » continu solide formé par la conti- » guïté d'autres sensations étendues » et solides. — Je le demande de » nouveau, Condillac aurait-il écrit » cette phrase'? »
* Reid, traduit par Th. Jooffroy, t. II, * Voyez, dans la traduction de Reid déjà en. V, p. 98. citée, les fragments de Royer-Collard.
98 HISTOIRE DE L'INTELLIGENCE. lre PÉRIODE.
DURAM, EGO SENTÎENS MANU MAïERIAM SOLIDAM MOLLEM ; OU bien,
EGO SENTÎENS MANU MATERIAM LIQUIDAM AQUATILEM, EGO SENTIENS
manu materiam liquidam oleosam etc., dans lesquelles le moi, c' est- à -dire le sujet substantiel de la conception, îa sensation qui le modifie immédiatement, la matière qui caractérise la sensation ... et ma main qui détermine l'endroit, le lieu où elle se produit, se distinguent nettement et s'associent d'après des rapports particuliers qui indiquent leur dépendance mutuelle et Tordre vrai de leur perception ' . Envisagé dans sa totalité concrète, le résultat dont nous parlons, c'est le moi sentant, mais considéré seulement dans la partie modale et phénoménale qui le détermine, c'est une sensation particulière, c'est-à-dire une sensation dont la nature, d'abord indéterminée : sentiens, va se déterminant de plus en {dus à mesure qu'une perception nouvelle vient s'ajouter aux autres et compléter la série. Par conséquent, la langue
Je ne saurais répondre pour Cou- tre chose, substituer à sa place un dillac , mais, pour moi, je l'aurais fait de la vue ou du toucher , c'est parfaitement écrite. La solidité, la alors une image particulière, vraie dureté, la rudesse, etc., toutes les ou fausse, mais étrangère au phénoqualités de la matière, toutes les mène senti, sous laquelle je me le requalités matérielles ou appelées ainsi présente. La chaleur devient ainsi le doivent être considérées sous deux calorique , la dureté certaine adhérapports et pour ainsi dire à deux rence des parties visibles qui cornendroits différents : i° eu moi; c'est poseut un corps, etc. Mais qui ne voit une manière d'être passagère de mou tout de suite que ce sont là des imafront, de mon bras, de ma main, de giuations, des conceptions ultérieures mon pied, etc., etc. ; — 2° dans les ayant pour objet d'expliquer des faits corps où je les suppose : c'est alors , primitifs. Quoi donc t Est-ce que dans le premier âge , absolument la l'enfant conçoit ainsi la chaleur ou même chose: c'est une manière d'être la dureté ? Souvenons-nous de cet de moi-même transportée dans un âge , Messieurs les philosophes , il être étranger (voyez un peu plus loin peut beaucoup nous apprendre, le \ suiv.); dans un âge plus avancé ,
quand la réflexion, la pensée avec ses ' Voyez Ire part., liv. II, ch. I,
explications, l'imagination avec ses §§ III et IV, — ch. III, 1re D., \ VI,
systèmes, est venue m'expliquer le quelest cet ordre et en quoi il consiste, phénomène senti, le comparer à au-
qui l'appelle une sensation est parfaitement dans le vrai : partout notre histoire arrive à justifier la langue populaire.
Elle arrive ici à quelque chose de mieux et de plus important: elle arrive à résoudre toutes les difficultés qu'on s'est plu, de nos jours, à ramasser autour de la perception sensihle et sur lesquelles la Raison pure a bâti son système. Mais le moment n'est pas venu de faire remarquer cet avantage ; nous le ferons remarquer plus tard, et nous montrerons que toutes les difficultés, dont je viens de parler, sont de purs jeux de mots, de véritables équivoques tenant à une étude incomplète et mal faite de la sensation.
Enlevez maintenant, soit partout, soit seulement sous ma main, l'objet senti, je reviens alors dans ma main a l'état particulier d'où je suis parti : au mode x, à la résistance pure ; mais j'y reviens avec des idées que je n'avais pas il y a un moment. Subsumant sous l'une de ces idées, sous l'idée Je sensou sentant, l'état dont je viens de parler et le comprenant avec elle, je me retrouve sentant dans cet état comme dans celui qui disparaît, à un degré moins élevé, voilà tout, et, au lieu de dire : Je ne sens plus: non sentio, qui serait une expression fautive de ma conception présente, je dis : Je ne sens pins rien : uihil sentio. Voilà le moi sentant, autrement dit, la sensation : Ego sentiens, se distinguant de l'objet senti : a niaterîa recedente sese appreliendens ; le voilà se reconnaissant sentant, dans une partie déterminée de lui-même, d'une manière
100 nrsTOïRE de l'iktelligunce. iie période.
absolue et tout-à-fait indépendante de l'objet senti. Du moins, nous le pensons ainsi, nous le croyons ainsi, à cette époque de la vie et durant long-temps, et, peutêtre, en effet, est-ce ainsi que la chose est : nous ne le saurons jamais d'une manière certaine; mais nous verrons bientôt l'imagination inventer, pour comprendre cette sensation, un objet senti d'une nature subtile et inabordable à nos sens grossiers ; un noumène, Y. G. Y air, X électricité, le calorique, etc.
La perception qui précède ne tarde pas à devenir générale : je m'aperçois très-vite qu'il en est dans tous mes membres comme dans ma main, et dans tous les instants de la durée comme en ce moment ; je me reconnais alors sentant d'une manière absolue, universelle et permanente ; je dis en moi-même : Je sens , Je sens absoBnment, partout et toujours : Voilà la SENSI- BILITÉ qui se pose * .
1 Qu'est-ceque la sensibilité? n'est- La sensibilité suppose donc le sen-
ce pas le sentir considéré comme tir permanent, ou plutôt, elle n'est
possible, c'est-à-dire, le sentir cou- que lui; l'idée de pouvoir, en venant
eu comme pouvant passer de la puis- s'y ajouter plus tard, ne lui appor-
sanec à l'acte, d'après une manière tera rien de nouveau, rien d'essentiel;
de parler usitée, mais détestable : d • une forme sous laquelle l'imagina-
l'étre à la vie (voyez ci-dessus p. 58 tion aime à se représenter toute pro-
et suiv.) ? Son idée comprend donc priété, quelle qu'en soit la nature et
deux idées fondues ensemble : J" celle quelle que soit la chose qui possède
de sentir, 2° celle de pouvoir. Mais cette propriété, voilà tout: — Lesen-
de quel sentir s'agit-il ici? ce n'est tir, tel que nous venons de le perce-
certainement pas du sentir acciden- voir, acquiert de temps en temps ,
tel, passager, tel qu'il se produit de ici ou là , dans le monde des résis-
temps en temps et dépend des objets tances , un degré plus élevé; il revêt
qui m'entourent ; mais du sentir per- aussi, dans certains cas, certaines
manent, tel qu'il est en lui-même et formes particulières : \e plaisir et la
continue d'être sans dépendre aucu- douleur. Cette propriété du sentir,
nement des objets dont je viens de l'imagination au lieu de se la repré-
parler : il s'agit du sentir considéré senter sous sa véritable forme, au
d'une manière absolue, tel que nous lieu de la garder sous la forme où la
venons de ie percevoir. perception la lui livre, et de conce-
Mais en se distinguant du moi, et de la matière, en se posant séparément et pour son compte, si je puis parler ainsi, la sensibilité reste encore confondue avec les autres facultés : avec Yaperception, avec ['activité, avec la volonté. Sentir, à cette époque reculée de la vie, c'est tout à la fois sentir, apercevoir, agir, vouloir; et la' langue qui date de cette époque garde et gardera longtemps encore la trace de cette confusion primitive.
Quels éléments nouveaux le toucher ' sans la vue peut-il maintenant ajouter au concept dont nous avons tantôt suivi la formation au moyen du tact ? Cette question très-curieuse assurément et dont la solution nous serait aussi très-utile pour détruire une foule d'erreurs qui s'accréditent de jour en jour, se présente ici tout naturellement. Mais nous ne pouvions guère songer à larésou-
voir le sentir comme devenant plus intense, comme revétissaut certaines formes déterminées , la subsumera sous l'idée du pouvoir humain, et faisant le sentir à l'image du moi, le concevra comme possédant en lui la vertu de devenir. . ., la puissance de revêtir. . ., et le nom sous lequel elle le nommait avant cette subsomptiou, reflétant immédiatement celle forme nouvelle empruntée à la volonté, devient la sensibilité : sensibilités. La volonté, voilà en effet l'origine de tous ces ibilis qui terminent une foule de mots de la langue: l'idée première se modifie légèrement sous l'idée subsumanie, prend, sans néanmoins perdre la sienne, la forme de celleci, et l'expression, se modelant sur elle, fait absolument de mémo.
1 Le toucher, c'est-à-dire, le tact
devenu mobile et Qexible dans un organe particulier , et allant chercher les impressions au lieu de les attendre, comme cela a lieu, dans le tact proprement dit.
« Ce n'est pas parce qu'il y a une » plus grande quantité de houppes » nerveuses à l'extrémité des doigts » que dans les autres parties du » corps, ce n'est pas, comme on le » prétend vulgairement , parce que » la main a le sentiment plus délicat, » qu'elle est le principal organe du » toucher. .., c'est uniquement par- » ce que la main est divisée en plu- » sieurs parties toutes mobiles, toutes » flexibles, Joutes agissantes en même » temps ei obéissantes à la volonté »
(Buffon, f/isl. nat. de l l homme , des sens en qénét
4 02 HISTOIRE DE i/lNTELLIGENCE. lre PÉRIODE.
dre, sa solution étant une chose difficile, peut-être même impossible pour nous qui avons des yeux et qui depuis long-temps savons le Corps-humain et le monde par nos yeux. Essayons toutefois, nous serons toujours à même de nous arrêter quand nous n'apercevrons plus clairement dans la réalité sentie qui pose devant nous et dans l'idée sous laquelle nous la subsumons, la vérité de nos suppositions: c'est voir que nous voulons, ce n'est pas deviner ; videre, non auspicari volo. Nous ne sommes pas tenu d'ailleurs de résoudre cette question ; elle n'est pas comprise sous notre titre : j'écris l'histoire de mon intelligence, je n'écris pas celle de l'intelligence d'un aveugle-né.
Sur mon corps, n'importe à quel endroit, j'applique ma main. Deux sensations me sont alors données : aperceptœ sunt, l'une dans mon corps et l'autre dans ma main. Dans toutes les deux je retrouve l'objet sentir materks solida ; mais ici, mais cette fois, l'objet senti, • c'est dans ma main mon corps lui-même, et, dans mon corps, ma main. Mais mon corps et ma main sont séparés ; ils existent, et cela pour la sensation elle-même, l'un hors de l'autre. Voilà donc l'objet senti : materies solida, qui déjà se réalise, non pas encore en dehors de moi, mais déjà en dehors de la partie sentante, en dehors de la partie du moi qui la sent ; il garde toujours le moi pour âme, pour substance, mais déjà il s'extériorise.
Maintenant, sans lever ma main, mais en la laissant appliquée sur mon corps et en la faisant tout doucement glisser sur sa surface, je la pousse en avant, j'aperçois
alors ma main traverser sur mon corps, c' est-a-dire sur l'objet senti, une suite de points résistants, je l'aperçois passer par tous les points résistants dont la série continue constitue mon corps ; autrement dit, je l'aperçois se mouvoir f.
Mais en même temps, je sens dans mon bras, si vous aimez mieux, dans mon coude et dans mon épaule, certain changement qui s'y produit, commence avec le mouvement de ma main, se continue avec lui, varie et finit en même temps. Ces deux choses: le mouvement de ma main et le changement de nature senti dans mon bras, je les saisis à la fois, ensemble, simultanément; et, par là, je les associe et les fonds dans une même perception : la perception du mouvement de ma main. Le changement de mon bras, ce phénomène particulier, si différent en lui-même du mouvement de ma main, disparaît alors, pour ainsi dire, dans ma pensée, il perd son individualité, sa nature particulière, tout-à-fait étrangère au mouvement, et devient le mouvement de ma main prolongé dans mon bras et senti jusque dans mon coude et dans mon épaule 8.
En avançant toujours, ma main arrive aune extrémité. Là finissent à la fois mon corps et le mouvement perçu de ma main ; au-delà, plus rien, pas même d'au-delà : la négation pure: le néant: ne-ens ou non ens : mamis
' Voyez Irc part., liv. II, ch. III. à-fait illégitime. Le changement
2e Div., le § VIII relatif au mouve- senti dans mon bras est en lui-même
ment. essentiellement et absolument différent du mouvement de ma main, et
2 Redisons-le pourtant, la confu- rien ne nous permet de les identifier
sion dont nous parlons ici, tout en comme nous le faisons ici. étant naturelle et nécessaire, est tout-
4 04 HISTOIRE DE L'iNTELLIGKNCE. Ire PÉRIODE.
mea nihil senti ens. Mais dans mon bras, le changement dont j'ai parlé dure toujours ; par suite j'attribue toujours le mouvement à ma main; je la vois, non plus, il est vrai, dans la réalité comme tout-à-l'heure ' ; mais dans l'idée du mouvement de ma main sous laquelle je subsume le changement qui continue dans mon bras, je la vois mentalement, avançant toujours, marchant toujours, traversant toujours une suite de points juxtaposés. Le néant : le nihil a me manu sentitum * , l'absence de sensation dans ma main, se trouve ainsi subsumé sous l'idée concrète de mon corps, de moi étendu résistant, et par là, transformé en une réalité dans laquelle le mouvement de ma main est possible et a lieu comme il a lieu sur mon corps : quelle est cette réalité ?
Pour la nommer, prenons la combinaison mentale au moyen de laquelle nous nous nommons nous-mêmes intérieurement, l'idée concrète sous laquelle nous nous concevons, et calquons sur elle sa représentation verbale : cette réalité n'est plus moi, je perçois cela d'une manière évidente; mais c'est une chose en soi toute pareille à moi-même : si, au fond, dans ma nature intime, et faisant abstraction de mon corps, je me représente par JE, en elle-même aussi et abstraction faite de ce
1 Quelle est en effet cette réalité ? je le àh afin que la critique ne croie Je l'ai dit, c'est tout simplement ma pas être seule à savoir que c'en est main sentie, perçue sans sensation : un. Je suis un peu comme Monc'est ma nia in sans sensation : manus îaigne, je cherche le mot qui rend le mea nihil sentiens. Or pour le mo- mieux ma pensée et je le prends où ment ma main, ne sentant rien , est je le trouve : « que le latin y aille si immobile : je ne l'aperçois plus pas- » le français n'y peut aller, et si le laser d'un lieu dans un autre, je ne » tin des latins n'y va pas bien, que l'aperçois plus se mouvoir. » ce soit celui des scolastiques. »
2 Je fais ce barbarisme exprès , et
qu'elle est extérieurement, je la représenterai par un mot tout semblable, non le même, voilà tout; je dirai LE, au lieu de JE : TO * ; mais LE quoi ? LE étendu d'abord : TO extension, puisqu'en elle le mouvement est possible comme en moi et s'y continue de la même manière.: LE étendu: TO extensum, comme moi-même je suis JE extensus ; mais LE étendu sans objet senti, sans sensation : TO extensum cor pore vacans , inane 2, autrement dit , L' étendu vide , ou simplement LE VIDE3.
Ce vide, je le trouve partout : quelle que soit la partie
' LE, bien certainement , est une Iités concrèles que nous venons de dérivation de JE , soit qu'il vienne constituer dans le monde des > ."'w.vdireclemcnt de JE, soit qu'il ait pour lances. V. G., MON front, MON origine un des pronoms déjà dérivés bras t MA main, MON/j/o/, MA de JE, c'est-à-dire, TU ou 1LLE. jambe, etc.; l'article représente la réa- Son idée première et fondamentale lité matérielle, également nue, autreest moi: moi transporté hors de moi ment dit. la substance matérielle, et et devenu le sujet d'une réalité étrau- sort de hase à la conception des réagère; par conséquent, entouré d'une lilés que nous sommes en train de conception particulière qui détermine découvrir, V. G., LE Write, LES corps, un point de vue nouveau sous lequel L'infini, etc. : le premier fonde la le moi m'apparaît et, par là, amène représentation nominale qui sert à dans son nom le changement , d'ail- nommer les réalités du premier de leurs très-!éger,de J en L: — celui-là ces mondes, le second fonde la reou tout autre. présentation nominale qui sert à
Que la science comparée des lan- nommer les réalités du second; sans le
gués cherche le rapport dont je viens premier il n'y a point de nom pos-
de parler, je lui prédis d'avance sible pour les réalités internes, sans
qu'elle le trouvera. Ma certitude à le secoud il n'y en a point pour les
cet égard s'appuie sur une observa- objeis extérieurs. Voilà l'article : voi-
tion psycologique que les faits ne là son origine, sa nalure ou sa défini-
sauraient démentir, car c'est elle qui tion, son usage dans la formation de
les détermine à priori, Quaud , une nos idées et la composition des noms
fois , elle aura reconnu cette origine qui doivent les représenter (Voyez
de l'article, elle en déduira rigou- notre théorie de l'article, 1rc part. .
reuseraent sa fonction grammaticale, liv. II, 1°ch.IIl, irediv.,|gïll et VU:
autrement dit , son rôle dans le dis- 2° ch. IV, g IV). cours : ce rôle est le même que celui
du pronom JE ou MOI: mais dans un J ... Locus est intactus , inanc ,
autre monde et pour des objets tout vacansque (Lucrèce, lib. I). différents : — le pronom JE ou MOI
représente la réalité spirituelle, ans- 3 «L'homme privé de la vue de-
traction faite de toute modalité, et » puis sa naissance , dit M. Perron.
sert de base à la conception des réa- » set ait assurément dans de bien
106 HISTOIRE DE L'INTELLIGENCE. lre PÉRIODE.
de mon corps sur laquelle ma main a été posée, n'importe le point d'où elle part et la direction dans laquelle elle s'avance, elle y arrive toujours ; il me limite donc de toutes parts, il m'entoure de tous côtés. Voilà l'espace trouvé, pour ainsi dire, par le toucher; c'est une création de mon imagination : c'est le néant, autrement dit, l'absence de sensation dans ma main supposée en mouvement, fait à l'image de moi-même. Je le pose dans ma pensée et, par la pensée, je me pose moi-même en lui. Poursuivons nos découvertes dans ce monde imaginaire, premier fruit de l'illusion.
Partie de moi-même, et après avoir traversé une portion du vide, ma main rencontre un corps. Voilà l'objet senti : res materia, qui se présente de nouveau. C'est toujours le même objet, sa nature n'a pas changé: c'est toujours une manière d'être accidentelle de ma main, une pure sensation; mais sous l'influence des idées acquises, ces idées se jouant maintenant de la perception : perceptionem illudentibus, ma pensée le réalise dans le vide : après avoir dit LE vide, je dis LE materia : LE cum materia. Voilà l'objet senti qui se sépare définitivement de moi, qui se pose à distance et dans le vide, qui se réalise à l'extérieur ; voilà LA MA-
» meilleures conditions que nous nouvelle opinion de M. Perron (v.
» pour se former une véritable idée ci-dessus p. 72, n. 2), est une nou-
» de l'espace. ïN 'ayant que le toucher velle erreur : l'homme dont il parle
» pour saisir les corps, cet homme attacherait au rien saisi par lui, d'a-
» ne supposerait rien par delà les bord, l'idée de réalité^ puis celle à'é-
» objets résistants qu'il aurait tou- tendue, puis celle de vide : ce rien,
» chés. Entre C(s corps, au-delà de dans sa pensée, se transformerait et
» ces corps, il ne saisirait rien, et ce deviendrait, sous l'influence des illu-
» rien, il l'appellerait aussi l'espace, sions dont nous avons parlé, une
» mais sans y attacher d'autre signi- réalité étendue vide, voilà la vérité. » fication que celle du néant. » Cette
TIERE : c'est encore une création de mon imagination : c'est la sensation faite à mon image et mentalement réalisée dans le vide.
Après avoir rencontré le corps en question, ma main continue sa marche en glissant sur sa surface ; la sensation dont je viens de parler, tout en variant sans cesse, tout en éprouvant cette suite de variations qui rappelle mon corps étendu et composé de parties juxtaposées, persiste néanmoins dans ma main, manu mea permanet eadem f, et s'y mêle, si je puis parler ainsi, au mouvement que j'y suppose : sous toutes ces illusions, je fais LA MATIÈRE étendue : voilà le corps matériel créé ou peu s'en faut du moins 2.
Bientôt la sensation de ma main finit dans le temps : in manu meapermanenti; le corps matériel , tout-à-1' heure créé, me paraît alors se terminer et ma main rentrer dans le vide, y continuer son mouvement tant que mon bras peut s'étendre, et s'arrêter enfin avec le changement senti dans mon bras; mais sans rien trouver qui l'arrête et l'empêche d'avancer encore, sans rien sentir, si ce n'est certaine impossibilité d'avancer qui se trouve en elle, ou plutôt dans mon bras : voilà l'espace sans limites, infini, pour ainsi dire perçu parle toucher: une sensation qui finit dans ma main devient pour moi, sous
1 Voyez, p. 74, la note sur Hume, saurait nous dounerdes objets qui ne
» « Comment la sensation toute soientpas des sensations, c'est-à-dire,
» seule, dit M. Cousin, pourrait-elle des niaQ,eres d être de nous-me i es,
» engendrer même le plus léger soup- Je serais complètement de son avis ;
» çon d'objets autres qu'elle-même» ma,s.n™s voici parvenus a poser e
[Hist.de làphU.mod.^nn.mG-\1y v.uç mliu. cl, dans le vide mfini, la
XLMeçon)?-Riende plus simple , réalité matérielle, et nous n avons em-
comme nous venons de le voir. - Si ptoyé aucun des principes rêves par
M. Cousin avait dit : La sensation ne ,a philosophie.
108 HISTOIRE DE l/iNTBLLIGENCE. lre PÉRIODE.
l'influence des illusions où je suis placé, la limite d'un corps ; et l'absence de sensation dans ma main coïncidant avec la cessation du changement senti dans mon bras, le vide infini.
« Pour s'absoudre aux yeux du sens commun, la » philosophie, nous dit-on1 , doit parvenir aux réalités » extérieures; et en même temps, pour être fidèle à » elle-même, elle doit y parvenir légitimement. » Si par légitimement, on entend que la philosophie est obligée de nous conduire à la réalité du monde extérieur tel que nous l'imaginons dans notre pensée, c'est-àdire à la réalité de nos rêves, elle est pour toujours condamnée à subir le mépris des sots. Ce n'est pas demain, Dieu merci ! qu'elle recevra l'absolution qu'on lui désire ici. Mais si, par ce mot, l'on veut dire seulement que la philosophie est tenue de nous montrer d'une manière claire, palpable, évidente, qui réponde à toutes les réclamations d'une raison réfléchie, la série des opérations intellectuelles par lesquelles la pensée, un jour ou l'autre, arrive nécessairement, naturellement, à poser ce monde comme un fait, elle a reçu l'absolution des hommes qui pensent : ce que l'on exige d'elle, nous venons de le faire 2.
1 M. Cousin, ouvrage déjà cité. on la comprend autrement, ou se
2 D'Alembert comprenait la ques- pose une question insoluble : jamais tion de cette manière quand iiécri- la philosophie, jamais la science ne vait: « 11 s'agit uniquement d'eipli- démontrera la réalité du monde ex- >, quer un fait incontestable : le terieur' Ce monde sera toujours un » passage de l'esprit de ses sensations «*«, une lllusion • comment serait-il » aux objets extérieurs, et non pas autre chose, quand la pensée humaine, » de le prouver*.» Si, aujourd'hui, la seule puissance qui lé pose, partant
v DE L HYPOTHESE QU IL N EXISTE PAS, AR-
' D'Alembert, Pensées sur la philoso- bive néanmoins , dans son développerai, IV, p. 230 et 228, édition Charpentier, ment naturel, à le poser comme exis-
Sans doute les objets matériels que nous venons de découvrir pour ainsi dire hors de nous, ne sont pas encore conçus par nous comme la cause de nos sensations ; non — cette conception viendra plus tard — les choses existent en ce moment pour moi sous une forme beaucoup plus simple : il n'y a pas encore pour moi des sensations et des objets qui les produisent, et je ne vais pas, dans ma pensée, du premier de ces faits au second ; il y a tout simplement des objets sentis : materia sentita, c'est-à-dire des sensations que je réalise en dehors de moi et dont je fais des objets sentis. Voilà ma pensée pour le quart d'heure, et cette manière dont je conçois les choses est encore aujourd'hui la pensée du peuple : le peuple n'a pas des sensations auxquelles il conçoit et suppose des causes, il sent des objets ; voilà la pensée naturelle , c'est d'elle qu'il faut rendre compte et non de la pensée travaillée et refaite par les philosophes * .
Après avoir découvert le vide et les corps qui le continuent sous une forme résistante, ma main revenant sur mon corps avec des idées nouvelles, je le subsume à son tour sous ces idées et le conçois, par là, comme étant, lui aussi, une continuation de cette réalité infinie,
tant? et cela, non pas, comme on l'a lion des choses telles que nous les
dit, sous L'influence de perceptions avons rêvées. En d'autres termes,
surnaturelles , mais sous l'influence nous voulons qu'elle nous démontre
d'illusions dont l'évidence a été ren- la réalité de nos rêves, et si elle n'y
due palpable. parvient pas nous la tenons pour impuissante et vaine, et notre mépris
1 En général on demande à la pour elle remplace notre premier
philosophie des choses impossibles et amour. — Nous voulons que les
absurdes: ce qu'on lui demande, ce choses soient d'une certaine manière;
n'est pas l'explication des choses si la science arrive à nous démontrer
telles qu'elles sont en elles-mêmes, le contraire, c'est la science qui est
et véritablement, telles que la nature folle et nous qui avons raison ! ou Dieu les ont faites; c'est l'explica-
! 10 niSTOIRE DP. L'INTELLIGENCE. lrc PÉRIODE.
comme étant lui aussi une continuation de LE étendu : je dis, parlant toujours dans mon verbe intérieur: LE moi; puis, tout ausitôt, opposant dans ma pensée le monde que je viens de découvrir et le moi, opposant dans ma pensée ces deux formes de LE, j'ajoute: LE non moi. Voilà l'origine de cette double conception par laquelle, identifiant sous un même mot: LE, la vie et la matière, moi et le monde, je les oppose dans ma pensée et les subordonne l'un à l'autre : le monde au moi, la réalité imaginée à la réalité perçue.
Dans le monde imaginaire que nous venons de découvrir ou plutôt de créer, nous avons marché jusqu'ici d'une manière assez sûre et sans rencontrer de sérieux embarras : nos idées acquises par la vue n'ont pas trop gêné notre observation, nous avons pu les écarter pour voir au-dessous d'elles les choses telles que le toucher nous les donne. Mais ici commencent les difficultés sérieuses et véritables : les idées dont je viens de parler couvrent tellement ce qui nous reste à découvrir du monde intellectuel de l'aveugle qu'il vaudrait mieux peut-être le laisser dans l'obscurité. Quelle est , pour un aveugle de naissance, la forme intérieure du vide ', celle des corps qu'il contient, leur disposition entr'eux dans le vide '2, et leur véritable grandeur ? ce sont là trèsprobablement des questions insolubles. Quant à moi, je
1 Ressemble-t-il à notre idée de 2 Par exemple, la manière dont
l'espace? a-t-il trois dimensions dis- s'arrangent et se disposent dans l'in-
posées comme nous concevons la telligence de l'aveugle les différentes
longueur, la largeur et l'épaisseur ? pièces quicomposent un appartement,
quant à sa forme extérieure, uous sa- une maison, un palais, etc. vous déjà qu'il n'eu a point : qu'il est infini.
U TACT, HISTOIRE DE SON DÉVELOPPEMENT. lit
n'essaierai certainement pas de les résoudre, je craindrais de m'égarer dans trop de conjectures, et de tomber dans les erreurs grossières des philosophes qui les ont résolues ; mais je dirai la manière dont leur solution est possible, si elle est possible, et les raisons qui me font douter de sa possibilité.
Si je connaissais parfaitement l'organe du toucher, son principal organe, c'est-à-dire ma main : si j'avais de sa grandeur une perception claire et nette ; de sa forme une idée complète, représentant celte forme en ellemême et dans les modifications accidentelles dont elle est susceptible ; si, de plus, je concevais bien la forme des mouvements que mon bras peut accomplir et accomplit dans le vide, toutes les questions, dont je viens de parler, seraient promptement et facilement résolues : De la forme connue de ma main, j'induirais celle de mon corps et des corps qui l'entourent; de sa grandeur, j'induirais ou tirerais leur grandeur ; et, au moyen des mouvements de mon bras, je me ferais bien vite une idée de la forme intérieure du vide, etc. Tout se réduit donc à savoir si je puis acquérir les idées dont je viens de parler ; si la sensation toute seule, si le tact tout seul peut me les fournir : je ne le pense pas.
Premièrement, la forme de ma main, sa forme essentielle et permanente, comme celle de tous mes membres, est quelque chose de trop mal déterminé, sensitivement parlant, pour pouvoir être perçu ; j'ai déjà dit que cela n'existe pas pour le tact \ — Quant aux modifications
1 Voyez ci-dessus, p. 89 .
112 HISTOIRE DE L' INTELLIGENCE. lre -PÉRIODE.
accidentelles dont cette forme est susceptible, pour les comprendre, autrement dit, pour les concevoir, il me faudrait les voir appliquées, si je puis parler ainsi, aux formes parfaitement et nettement déterminées que me donne la vue ; tant que je ne fais que les sentir autour des différentes parties de mon corps, comme la forme de ces parties m'est inconnue et qu'elle est pour la sensation quelque chose d'insaisissable, il m'est impossible de deviner par elle les formes accidentelles de ma main. — Il en est de même des mouvements que mon bras ou ma main accomplit dans le vide: pour me représenter ces mouvements sous une forme donnée, il me faudrait les avoir vus se produire autour des formes parfaitement déterminées que me donne la vue : comment, sans cela, me représenter, par exemple, un mouvement circulaire? Mais, dit-on, est-ce que le cercle n'existe pas pour la sensation? un objet circulaire, appliqué sur une partie du corps, ou le mouvement circulairement d'un point résistant, ne nous donnent-ils pas la sensation du cercle? et ne pouvons-nous pas, en suivant, pour ainsi dire, cette sensation du doigt , nous représenter sous sa forme le mouvement qui a lieu dans notre bras ? Nullement : la sensation dont on parle, comme forme, n'est pas assez bien déterminée pour être appréhendée, elle ne l'est pas du tout comme cercle * : C'est quelque chose d'assez bien déterminé quant à sa nature, de trèsmal déterminé quant à sa forme, que je puis facilement
1 Voyez lre part., liv. II, chap. III, puisse être perçu par nous. — Voyez 2e div., g II, tout ce qui est nécessaire encore même liv., chap. IV, § I, 2, pour qu'un cercle soit déterminé et p. 294.
saisir sous le premier rapport, comme nous l'avons vu *, mais qu'il m'est impossible de saisir sous le second : cela n'existe pas sous ce rapport pour la sensation : la sensation ne sait rien des formes et ne peut rien nous en apprendre ; elle ignore aussi bien la forme de la sensation accidentelle qui se produit dans l'un de mes membres que la forme de ce membre.
Mais en touchant Tune de mes mains au moyen de l'autre, en la palpant de toutes les manières possibles...? vous arriverez à préciser de plus en plus les idées déjà acquises, celles dont j'ai déjà parlé 2 ; mais parce que vous ignorez la forme de votre main qui touche aussi bien que celle de votre main qui est touchée, parce que vous n'avez aucune idée des mouvements qu'elle exécute autour de votre main touchée, vous n'arriverez jamais à acquérir une notion de votre main qui ressemble à celle que vous en avez aujourd'hui. C'est quelque chose sans doute que cette idée que vous acquérez, mais c'est quelque chose que je ne puis comprendre et qu'il m'est impossible de déterminer verbalement : cela n'est subsumable sous aucune des idées que je possède.
« La main, dit Gondillac, a cet avantage qu'elle ne » peut manier un objet, qu'elle ne remarque l'étendue » et l'ensemble des parties qui le composent : elle le » circonscrit. En serrant un caillou, notre statue se fait » l'idée d'un corps différent d'un bâton, qu'elle a tou- » ché dans toute sa longueur : elle sent dans un cube
1 Voyez ci-dessus, p. 9 1, la perce})- 2 Voyez, ci-dessus, lout le comlion de la réalité matérielle. meucement de ce paragraphe.
414 HISTOIRE DE L'INTELLIGENCE. lre PÉRIODE.
» des angles qu'elle ne peut trouver dans un globe : elle » n'aperçoit pas la même direction dans un arc et » dans un jonc bien droit. En un mot, elle distingue » les choses solides, suivant la forme que chacune fait » prendre à sa main ... En maniant tour-à-tour des » globes, des cubes et d'autres figures, elle sera frappée » de la différence des formes que prennent ses mains. » Un peu plus loin Condillac ajoute : « Notre statue étu- » diera surtout la forme de cet organe avec lequel elle » manie les corps, » et il conclut: « Elle acquiert » donc les idées de plusieurs sortes de figures ' . »
Que d'illusions entassées dans ce court passage : — La main a cet avantage de ne pouvoir toucher un objet quelle ne remarque rétendue et l'ensemble des parties qui le composent : L'étendue, oui ; l'ensemble, oui encore ; mais il ne s'agit pas de cela, il s'agit de la forme qui détermine cet ensemble et en fait telle ou telle figure ; cette forme, comment la devinerat-elle ? qui la lui révélera ? — Elle circonscrit tout cet ensemble, dites-vous ; eh ! qu'importe, si dans ce moment-là même elle ignore la forme dans laquelle elle le circonscrit? — En serrant un caillou, notre statue se fait l'idée d'un corps différent d'un bâton ; elle sent dans un cube des angles quelle ne peut trouver dans un globe, etc. : Je le crois aussi : oui, elle perçoit entre ces choses, quand elle les manie simultanément 2, cer-
1 CoviDiLhAcrTraitëdes sensations, A TOUCHÉ dans toute sa longueur, 2e part., ch. VIII, §§7, 8 et 19. rendrait justement cette perception
impossible : la comparaison au moyeu
2 J'ajoute simultanément, car le de laquelle je parviens à saisir la ditpassé dont se sert Condillac : qu'elle férence de deux choses, leur diffé-
laine différence et la retient ; mais cette différence, quelle est-elle ? Ressemble-t-elle à celle sous laquelle je me représente aujourd'hui un caillou ou un bâton, un cube ou un globe ? pas le moins du monde ; et voilà l'illusion! Cette différence est quelque chose qu'il m'est impossible de déterminer verbalement, quelque chose qui ne tombe sous aucune de mes idées acquises : c'est quelque chose qui peut rendre à la statue le même service que me rendent mes idées de caillou ou de bâton, de cube ou de globe, mais je ne sais pas ce que c'est et si je veux le deviner, je prends pour lui, trompé par l'illusion, une chose qui ne lui ressemble en rien : — En un mot, elle distingue les choses solides suivant la forme que chacune fait prendre à sa main : mais il faudrait pour cela qu'elle connût la forme de sa main ; sans cette connaissance elle ne saurait faire dans le monde des formes aucune véritable découverte, aucune découverte qui ressemble à ce que nous connaissons aujourd'hui de ce monde : — Cette forme, dites-vous, est la première chose quelle étudiera : mais comment l'étudiera-t-elle ? avec quoi l'étudiera-t-elle ? qui la lui révélera ? — En maniant tour-à-tour des globes, des cubes et d'autres figures, elle sera frappée de la différence des formes que prennent ses mains : Oui, sans doute ; mais elle ne saurait déterminer, comme je le fais aujourd'hui, la nature de ces formes, il faudrait
rence idéelle, celle qui, prise avec d'ailleurs, sur cette comparaison,
l'article, constitue leur idée concrète, JJist. de l'infell., trepart. liv. II, 1°
est impossible du passé au présent, ch. I, §g III et IV; 2° le chapitre III,
Cela est de toute évideuce et le cou- partout, niais surtout !a lre division, traire serait une contradiction (Voy.
\\ 6 HISTOIRE DE l/lNTELLlGENCE. lrc PÉRIODE.
pour cela qu'elle connût la forme des objets qu'elle touche, elle ne la connaît pas. La théorie de Condillac roule ici dans un cercle : il essaie, mais en vain, de tirer la connaissance qu'il a des formes matérielles de la connaissance qu'il croit avoir de sa main ; et celle-ci, il la tire de la connaissance qu'il croit avoir des objets matériels.
Deuxièmement, la grandeur de ma main est une chose dont certainement l'aveugle de naissance a une idée, mais comme cette idée sort d'une autre origine que la nôtre, comme elle a pour déterminant un déterminant tout différent, c'est une chose dont il nous est impossible de parler et que jamais peut-être nous ne parviendrons à nous représenter mentalement. Mais j'ai longuement discuté cetle question dans un premier volume ! , je ne reviendrai pas ici sur cette discussion et je conclus :
Pour résoudre toutes les questions relatives à la forme, a la grandeur et à la disposition des objets considérés par rapport au toucher, il nous faudrait une connaissance que nous n'avons pas et que la sensation ne saurait nous donner. Par conséquent, il nous est absolument impossible de pénétrer plus avant que nous ne l'avons fait dans la conception du monde telle que la possède un aveugle-né, absolument impossible de rien déterminer quant à la forme de ce monde. Nous verrons bientôt comment le toucher, se développant sous le regard de l'œil et pour ainsi dire sous sa direction,
1 Voyez \" part., liv. II, chap. III, 2° div. g III.
acquiert tout d'abord une idée de sa forme à lui et de sa grandeur, puis, au moyen de cette idée, guidé par elle, éclairé par elle, devine la forme et la grandeur des objets. C'est donc la vue qui fournit au toucher les notions dont il a besoin pour entrer en exercice et sans lesquelles il s'exercerait vainement pour nous , sans lesquelles il ne nous apprendrait rien de ce qu'il nous apprend aujourd'hui ; c'est la vue qui fait son éducation et lui enseigne ce que plus tard il ne fera que nous répéter, c'est la vue qui est le sens éducateur et non lui, comme l'ont dit Buffon, Condillac et généralement tous les philosophes \
Cependant l'aveugle de naissance doit se faire et se fait de la grandeur des objets, de leur forme et de leur disposition dans le vide, une idée qui n'a pas la vue pour principe. Oui, sans doute, mais cette idée diffère essentiellement de celle que nous nous en faisons nousmêmes, et, quant à moi, il m'est absolument impossible
1 « Si la main avait un plus grand » par le secours de laquelle nous aunorabre de parties, qu'elle fui, par » rions, dans le moment même de exemple, divisée en vingt doigts, » l'attouchement, des idées exactes que ces doigts eussent un plus grand » et précises de la figure de tous les uombre d'articulations et de mou- » corps » (Bikfon, Hïst. nat. de vemenls, il n'est pas douteux que l'homme, des sens en général). le sentiment du toucher ne lut infi- T f ce)a t yrai mais fl une mment plus parfait dans cette cou- d- . . , ■ connaîtrai cette formation, qu il ne es , parce que f infiniment multipliée du tourelle main pourrait alors s appli- h sjje ne Ja C()nna'is t quer beaucoup plus immedia c- sa ^on,etrie est pm)ue pF0|]r moi. ment et plus précisément sur les Qnfme donnera celte connaissance? ditterentes surfaces du corps ; et si g h ? . , im ossible y ignore nous supposions quelle fut divisée |ui meme ,a forme dont il est doué; , en une infinité de parties toutes , fe u, , faire CQnl . mobiles et flexibles, et qui pussent , ^ donnercette connaig i toutes s'appliquer eu mente temps > sur tous les points de la surface
« des corps, uu pareil organe serait Les philosophes ont trop vanté l'ex-
i une espèce de géométrie universelle cellencc du toucher; par lui-même
118 HISTOIRE DE i/lNTELLIGENCE. Ire PÉRIODE.
de rien déterminer relativement à cette idée ; quelle estelle ? je n'en sais rien. C'est quelque chose, sans doute ; mais, premièrement, ce n'est pas l'idée sous laquelle je me représente le monde ; deuxièmement , c'est quelque chose qui n'en a ni la clarté, ni la précision, ni même la forme ; troisièmement , c'est une chose qui m'est inconnue. Pour nous, le principe de nos idées de forme et de grandeur, c'est la vue et je ne puis rien comprendre à ces idées de grandeur et de forme qui ont la sensation pour principe ; tout ce que je sais, c'est que ces idées n'ont rien de commun avec les miennes que ce que j'ai dit d'abord.
Et pourtant, c'est une chose si naturelle, à ce qu'il nous semble qu'un aveugle-né, un enfant, qui possède tous ses membres, quand il a acquis la faculté de s'en servir et qu'il se joue parmi les objets, les touche, les palpe, les embrasse et tourne autour d'eux, acquiert des idées des formes matérielles en tout semblables aux nôtres, que nous avons bien du mal à ne pas la regarder comme vraie. Cela nous semble naturel à cause de l'illusion sous laquelle nous sommes placés : nous ne pouvons pas nous mettre à la place du pauvre enfant
ce sens n'a qu'une médiocre impor- lance ! Ah ! sans doute, quand la vue
tance; comme l'odorat, l'ouïe et le l'aura instruit, quand, par elle, il sera
goût, il ne nous entretient jamais devenu géomètre, il pourra la rempla-
quedelui-même; ses dépositions sont cer dans une foule de cas et nous don-
toujours relatives à lui : à propos de ner desconnaissances qu'elle ne nous
la nature des objets, il nous donne eût jamais données ; mais celte impor-
sa manière d'êlreàluien les touchant, tance il la doit à l'éducation, c'est la
rien de plus ; à propos de leurforme, vue qui la lui communique, c'est elle
c'est la sienne, la sienne seule qu'il qui le fait géomètre et lui donne celte
nous révèle; et encore, quand la vue intelligence des formes que nous ad-
ou le tact la lui ont fait connaître, car mirons en lui, mais qui ne lui appar-
par lui-même, encore un coup, il ne la tient pas. connaît pas. Voilà toute son impor-
dont je viens de parler, et, malgré tous nos efforts pour les écarter, nos idées acquises par la vue viennent toujours se substituer à celles que nous cherchons et se jouent de nous et de nos conceptions. Voulez-vous déjouer ces illusions? Ne prenez pas ainsi à la fois tous les mouvements de l'enfant : c'est la masse qui vous trompe ; prenez-en un, suivez-le, et montrez qu'il peut donner l'espace ou toute autre forme solide. Je ne dis pas que vous ne le trouverez pas, je dis que je l'ai cherché longtemps sans pouvoir le trouver. Cherchez donc à votre tour le mouvement dont je veux parler, mais, en le cherchant, n'oubliez pas une chose, c'est qu'un mouvement senti, soit du bras, soit de la main, soit de la jambe, etc., par lui-même et tant qu'il reste purement senti, n'a pas de forme * , qu'il prend partout et toujours celle des figures visibles ou sensibles auxquelles il s'associe, et que la figure sensible est toujours et partout quelque chose de trop vague, de trop mal défini pour donner à ce mouvement une forme parfaitement déterminée et qui puisse nous servir à deviner soit la forme intérieure du vide, soit celle des corps qu'il contient.
Parmi les connaissances que nous cherchons, il en est une cependant que nous pouvons encore donner comme très-positive, la voici : — Ma main, revenant sur mon corps, après avoir découvert le vide, y constatera cer-
1 En lui-même ce n'est pas un modification survenue non dans la po-
mouvement à proprement parler, je sition de mon bras ou de ma main ,
ne puis l'appeler mouvement qu'en mais dans sa nature ; par conséquent
l'envisageant non en lui-même, mais quelque chose qui tient de la résis-
dansl'idéesouslaquellejelesubsume. tance et n'a rien de commun avec le
Enlui-mêmec'estunchnngement,une mouvement.
420 HISTOIRE DI? L'INTELLIGENCE. Ire PÉRIODE.
tainement entre les parties qui le composent ces intervalles qui séparent quelques-unes d' en tr' elles et que la sensation pure clu Corps-humain est impuissante à nous livrer * . Le corps ainsi cesse d'être une masse indigeste , il prend une forme harmonique et devient un tout composé de parties libres et indépendantes : artus nostri. Mais quelle est la forme vraie et la grandeur de toutes ces parties ? C'est ici que l'obscurité se produit et que l'illusion, quand nous voulons sonder cette obscurité, vient se mettre à la place de nos perceptions.
Le lecteur aura sans doute remarqué dans ce qui précède, entre ma pensée d'aujourd'hui et celle d'il y a deux ans, surtout à propos de la substance, une différence assez notable : je suis revenu, sur ce point, à peu près complètement, aux idées de mon illustre et bien aimé maître 2; l'ordre historique, dont je ne pouvais pas m'écarter, m'y a fatalement ramené. Il en est de la formation de nos idées comme de la mise en perspective de certains édifices : avez-vous bien choisi, bien deviné vos premières lignes ? toutes les autres sont alors fatalement données : elles viennent se placer d'elles-mêmes dans votre dessin ; vous n'avez plus qu'à les suivre, ce sont elles qui vous conduisent et vous dirigent. Que de
1 Voyez ci -dessus : 1° p. 38 et s.; 2 Voyez Leçons de logique, ll*\eeon. 2° p. 88, note i.
philosophes se sont trompés dans la formation dont je parle, parce que, comme nous, ils avaient mal commencé et suivaient, au hasard, je ne sais quel ordre faux, dans lequel aucune des idées qu'ils cherchaient à saisir et à préciser n'était clairement déterminée.