EGO SUB-STANS X
Voila la proposition mentale terminée. Quatre élé^ments la constituent : le sujet moi , l'attribut x , le participe stans et le relatif sub. — Parmi ces éléments, les deux premiers sont nécessaires à la proposition ; le troisième n'y remplit aucun rôle, et c'est en quelque sorte par basard qu'il se trouve engagé parmi les termes qui la composent ; vous pouvez le supprimer sans inconvénient et l'humanité l'a partout supprimé '. Quant au quatrième, c'est-à-dire au relatif sub, il est indispensable: il constitue à lui tout seul la proposition et l'on peut dire qu'elle n'existe que par lui; c'est le fondement de la conception qu'elle représente. Cela étant, pourquoi cet élément de la proposition n'est-il jamais représenté dans la proposition qu'il constitue ? Il n'y est pas représenté directement, cela est vrai, et, de plus, très-facile a
1 D'après M. Edélestand du Meril, le verbe elie manquerait même dans un grand nombre de langues : « L'idée » purement philosophique de l'exis- » lence , dit-il, sans aucune relation » à un attribut déterminé, est si peu » nécessaire à la parole, que le verbe » substantif, ou plutôt abstrait, man- » que entièrement , non-seulement » dans l'idiome métaphorique delà » Chine, mais aussi en hébreu et » dans la plupart des langues de »> l'Amérique et de la Polynésie »
(Edel. du M eh il, Essai pliil. sur la form. de la langue française, eh. 1, p. 55. note 2).
J'ai du mal à concilier cette phrase avec celle-ci du même auteur et du même ouvrage, p. 56 : « Le verbe est » un élément indispensable de la » phrase; aucun autre mot ne peut ex- » primer l'action et lieu lesi'jet avec » ses ÀTTRiBi'ïs, » Quoi qui] en soit,
et malgré cette déclaration du plus savant peut-être et du plus profond de nos linguistes, malgré les citations considérables dont il l'appuie encore:
celle de M. de Humhold qui dit que « le caractère distinctif du verbe est » la liaison entre le sujet et l'attribut » de la proposition »; celle de Court de Gebelin qui définit le verbe « uu » mot qui fait voir que Its objets dont » on parle existent avec telle ou telle » qualité qu'on leur attribue, etc. », nous répétons ici que le verbe être n'est nullement essentiel, nullement nécessaire à la proposition, qu'il n'en est pas du tout la copule, comme on le dit. Si le verbe être était le lien qui rattache le sujet et l'attribut, il faudrait dire qu'il est sous-entendu dans tout substantif. Qu'est-ce, en efiet, que le substantif? C'est la représentation verbale de l'idée concrète ; c'est LE ou LA. sub-slans {iris sousun
comprendre : la raison en est que le rapport dont il est ici question n'est pas perçu d'une manière distincte, séparément, en lui-même et pour lui-même , mais en même temps que le phénomène attributif et d'une manière qui le laisse confondu avec ce phénomène, et que la langue, qui suit la pensée naissante pas à pas et se calque en quelque sorte sur elle, ne pouvait pas avoir un mot particulier, distinct et parfaitement déterminé pour une idée qui n'existe dans la pensée que mêlée et fondue avec une autre ; mais il y est représenté indirectement, comme cela devait être, par une légère modification du mot chargé de représenter le phénomène attributif qui l'enveloppe dans sa perception, et portant sur la dernière partie de ce mot, autrement dit par une flexion de l'attribut. Yoilà le fondement de la règle grammaticale qui veut que partout et toujours Y adjectif s'accorde avec son substantif, pour parler comme les grammairiens ' .
attribut, avec un attribut : il renferme Elle est donc d'autant plus parfaite nécessairement trois termes : un su- qu'elle concorde mieux avec la pensée jet qui est toujours l'article, un allri- dont nous parlons. Mais quelle pensée but et le rapport qui les lie : la eo- la langue représente-t-elle ? ce n'est pule. C'est donc une vérilablepropo- pas la pensée des philosophes analysition. Ciel et terre sont des modes , sée et travaillée par la réflexion, c'est ce sont des attributs; le ciel et la la pensée de tout le monde, la pensée terre, voila deux subsianlifs ; or le à son état naturel, obscure ,inst indiciel, c'est le sub-stans coelo : le sub ve, telle qu'elle s'est formée sous l'incoelo : la terre, la sub-stans tekra : fluencede la nature; en un mot, c'est lv sub tekra (Voyez Bist. de Vin- notre intelligence elle-même. Jmpartell., lre part., liv. 11. ch. 111,2e div., faite, très-imparfaite assurément si notre théorie de l'article, et aussi vous la comparez à la première forme ch. IV, 1 1, I). de la pensée, la langue vous étonnera ' Ce n'est donc pas toujours un par sa perfection si vous la comparez vice de la langue que ce défaut de a la seconde, cest-à-dire a lmtelliprécision, ce manque d'analyse gence.il existe, en effet enlrecesdeux qu'elle nous présente à peu près par- ïhoses : *?"/"« et ^telbgence, mleltout: c'est souvent tout le contraire, h^nc(' et ^9^ une telle conforc'est souvent une qualité et une preuve mi,f que presque toujours, presque de perfection. Qu'est-ce quelalan- partout 1 histoire de la forma ion de gue ? n'est-ce pas la traduction de la .une u f *** ! h,sto,re de ,a forma" pensée sous une forme matérielle? tl0n de,autle-
78 HISTOIRE DE i/lNTELLIGENCE. lre PÉRIODE.
Des quatre éléments dont nous venons de parler, le premier perçu, c'est le sujet moi; le deuxième, le participe stans; le troisième, l'attribut x, et avec lui et du même coup, le rapport sub, par où la proposition se trouve définitivement constituée. La proposition mentale ne se produit donc pas tout d'un coup dans la pensée, comme le prétendent aujourd'hui la plupart des philosophes. Elle a, comme toute formation, un commencement, une continuation et une fin : je perçois séparément tous les éléments dont elle se compose et je les associe ou les synthétise à mesure * . Quant au type formateur qui détermine la forme de cette proposition, ce n'est pas un concept, c'est l'ordre même, l'ordre matériel, si j'ose parler ainsi, dans lequel le moi-vivant se développe; il n'est pas dans le sujet percevant, mais dans la réalité qui pose devant lui, en sorte que la proposition mentale, au lieu d'être déterminée par lui à priori, comme le disait Kant, est tout simplement calquée sur lui à posteriori, et lentement: voilà la vérité.
Déterminons maintenant très-rapidement la nature de X : C'est la résistance sous laquelle je me suis perçu
' Selon M. Renan (De l'origine du à la pensée un langage qui lui cor-
iang.) la parole est naturelle à responde : si la pensée primitive est
l'homme ; dès qu'il pense, il parle et synthétique, comme on ledit partout
son langage est articulé. Je suis en aujourd'hui, comme M. Renan le dit
cela complètement de l'avis de M. Re- lui-même, le langage chargé de la re-
nau. Mais pourquoi la parole est-elle présenter ne saurait être analytique,
naturelle à l'homme? pourquoi son c'est-à-dire articulé. Ce langage
langage est-il toujours et tout d'abord n'est pas la parole, c'est le cri. — (V.
articulé ? c'est parce que chez lui la M. Ciukma, Essai sur le langage.) —
pensée se produit tout d'abord et Que M. Renan choisisse donc entre
toujours analytiquement. Admettre, une pensée primitive et déjà analy-
comme le fait M. Renan, une pensée tique, ou, pour la représenter, un
synthétique au point de départ, et, langage inarticulé, c'est-à-dire le
pour la représenter, un langage arti- cri. culé, c'est une contradiction. Il faut
tout d'abord, saisie à la fois, dans le dernier changement qui vient d'avoir lieu, au moyen du chaud qui disparaît et de la sensation qui prend fin ; c'est donc un état bien réel du corps humain, quoique sans nom dans la langue, bien facile à comprendre et même à retrouver, ses déterminants étant connus * : c'est l'absence, pour ainsi dire, mélangée (saisie au moyen de leur mélange; du chaud et de la sensation. Je voudrais ajouter, pour me faire tout-à-fait comprendre : c'est la résistance pure, c'està-dire la résistance non revêtue d'un mode déterminé, mais rien n'existe pour nous à cet état de pureté où notre esprit le conçoit, si ce n'est dans l'idée qui nous le représente et au moyen de laquelle nous le concevons.
La proposition intellectuelle une fois formée, je continue de la penser, de la concevoir; autrement dit, je continue d'en tenir apperceptivement les deux termes dans le rapport sub ; non-seulement, mais je lui demeure présent aperceptivement parlant; en d'autres termes, je lui reste attentif durant un certain temps, après quoi je l'abandonne pour courir à la perception des faits nouveaux qui paraissent. Que suppose ce maintien de l'attention, ce maintien de l'apperception tendue? il suppose un effort continué. Qu'est-ce qu'un effort continué? c'est un effort qui finit et recommence sans cesse : la
1 Rien n'existe pour nous sans un ception de la chose, représentation à déterminant. Mais ce déterminant priori, si je puis parler ainsi, et la peut être donné de deux manières : cbose n'existe plus pour nous que néraatériellement ou idéellement, dans galivement et relativement : nous un fait ou bien dans une idée. Dans sommes obligés, pour l'indiquer, de le premier cas, il y a perception de dire : c'est la négation de ceci, c'est la cbose et la chose existe pour nous le contraire de cela; mais celui qui d'une manière positive et absolue; reçoit ces indications peut, s'il le dans le second, il y a seulement con- veut, la retrouver positivement.
80 HISTOIRE DE ININTELLIGENCE. lre PÉRIODE.
forme sous laquelle notre activité se développe, son mode d'action, sa manière de vivre opposée à sa manière d'être, c'est le mouvement sans cesse interrompu et sans cesse renouvelé1, le bondissement de l'artère suivi de son bondissement. Ces réveils de la vie et ses assoupissements, quand ils s'appliquent à l'apperception pour la maintenir attentive : ut teneatur ad-tenta, constituent une suite de mouvements simples : momen, momentum, vaguement apperçus par nous ; nous les sentons, si je puis parler ainsi, sans les apercevoir, sans en avoir conscience directement ; ils se révèlent à nous comme les ondes d'un courant mystérieux dans lequel je serais placé, mais auquel je ne ferais pas attention : ce sont les instants dont notre imagination compose son image indéfinie du temps : temporis imago nostra non finibilis;
1 « Deux états successifs se partagent notre existence terrestre : lun positif ou actif; c'est le mouvement; l'autre négatif ou passif; c'est le repos. »
« Qu'est-ce que le mouvement ? la vie qui se déploie et rayonne.
Qu'est-ce que le repos? la vie qui se replie sur elle-même et s'ouvre , afin de réparer les pertes qu'elle vient de faire, aux importations du dehors. »
« Le sommeil et la veille représentent assez exactement et sous de vastes proportions ces deux états de l'âme : chacune de nos nuits est comme un temps d'arrêt entre le jour qu'elle suit et celui qu'elle annonce. La veille n'est-ce pas l'action ? le sommeil n'est-ce pas la suspension momentanée et réparatrice de l'action ? »
« Mais il y a, selon nous, dans un
> tour de soleil , pour tous les êtres
> en général et en particulier pour
» l'homme, plus de jours et de nuits, » plus de réveils et d'assoupissements » que l'expérience habituelle n'en » compte. Mille et mille fois par » heure la vie se lève et se couche, » s'agite et se repose, s'éveille et s'en- » don. Tout instant, quelque rapide » qu'il soit, durant lequel nous vi- » vous activement et positivement, » peut être considéré comme une » émission qui nous épuise; une » pause ensuite est nécessaire qui » permette à nos forces appauvries , » et par cela même abattues , de se » refaire et de se remonter » (A.
Charma, Essai sur le langage , 2e édition, ch. ill).
Dans ces lignes, M. Charma constate une loi très-importante de notre activité, mais, ne l'oublions pas, cette loi n'est pas la loi de notre activité en tant qu'elle est, c'est seulement sa loi eu tant qu'elle vit, ou, comme on dit, en tant qu'elle s'exerce.
par eux, je mesure la durée de mes perceptions, de nç-gs manières d'être, et, dans ce moment, je me saisis durant sous la résistance : me sub-stantem resistentia perma îienter ; je dis en moi-même : JE SUIS, JE SUIS, JE SUIS. . . JE CONTINUE D'ETRE X: PERIHANEO , PERSTO, SUB RESïSTENTiA, ou tout simplement: permaneo resistentia 1 : me voilà déjà constitué dans le temps sous la forme particulière qu'on appelle la Durée ; continuons.
Les autres parties de mon corps : mon épaule, mon bras, ma main, mon pied, ma jambe, etc., peuvent devenir et deviennent certainement tour à tour le siège substantiel de changements pareils à celui dont je viens de parler dans mon front ; je me saisis alors dans chacun de ces membres, comme je me suis saisi dans mon front ; non-seulement, mais, en m'y saisissant, je m'y retrouve et m'y reconnais: ma perception passée détermine ma perception présente, et, pour ainsi dire, se la rapporte ;
1 Je mets le signe de l'ablatif, car la résistance ou l'odeur de rose. on pourrait s'y tromper et croire que Daus ce cas, le moi devient un pur resistentia est au nominatif. Or le phénomène , et un phénomène sounominatif ici ferait un contresens: vent accidentel et passager; ou bien permaneo resistentia avec le nomi- elle peut vouloir dire tout simplenatif signifierait que moi et résistance ment que moi je suis modifié d'une c'est une seule et même chose et cette certaine manière qui est Y odeur de chose\arésis{ance:moi—?'ésistance. rose ou la résistance; que moi, je Cette proposition, je suis résistance: suis adjectivement , à la surface et sum resisten tia, ou ses analogues : pour le moment, odeur de rose ou réje suis odeur de rose Je suis le son sistance. Il y a dans Condillac, sous qui vit en moi ', est, en effet, très- ce rapport, une obscurité et une conéquivoque et peut s'interpréter de fusion qu'il n'est pas toujours facile deux manières bien différentes, pour de débrouiller et qui n'a pas peu conne pas dire tout-à-fait opposées ; elle tribué à faire mal prendre sa pensée, peut vouloir dire que moi et résis- «. Si nous lui présentons une rose, tance, moi et odeur de rose sont une » dit-il en parlant de sa statue \ elle seule et même chose , et cette chose » sera par rapport à nous une statue
Ire part.
Condillac , Traité des sensations , , Id ihiri , . . h T « 9 »art., ch. I, § 2, et ch. VIII, § 1. ld' im» lre part-> ch' l* § ^
82 HISTOIRK DR l'iNTKLLIGENCE. lre PÉRIODE.
ta pensée, cette parole intérieure au moyen de laquelle je me parle de mes perceptions présentes, au moyen de laquelle je les analyse et me les explique, prend naissance : MOI, me dis— je, en me saisissant, ©Ufl, moi- IWÈME , HE USE ; ME SPSUIU : et bientôt après , le phénomène produit venant à disparaître comme le chaud, je me constitue dans chacun des membres, dont je viens de parler, intellectuellement parlant, sous la résistance pure et sous une durée déterminée : me sub-stantem resistentia permanenter.
Delà, pour moi, dans le Corps-humain vaguement apperçu, plusieurs resos séparés. Après avoir perçu séparément cette multitude de iwoi, je les prends apperceptivement tous à la fois, et, les subsumant sous ma première perception, je me saisis multiple, c'est-àdire tout à la fois un et plusieurs : uu , niais embrassant à la fois sous cette unité et comprenant en elle plusieurs parties séparées, autrement dit, plusieurs membres: plura membra. '.
» qui sent une rose ; mais, par rap- l'odeur même de cette fleur, ou eelle- » port à elle, elle ne sera que l'odeur ci. elle sera le son qui vit en elle , » même de cette fleur. Elle sera donc présente l'autre sens d'une manière » odeur de rose, d'œillet, de jasmin , bien positive. L'article dans ces pro- » de violette, suivant les objets qui positions en modifie singulièrement » agiront sur son organe. » Que von- la signification, en la transportant du lait dire Condillac eu écrivant ces mode à la substance (Voyez notre lignes, quelle était sa véritable pen- définition de l'article, \TC part., liv.U, sce ? A moius de trouver dans Con- ch. III, 1re D., H III et VII). dillac d'autres passages qui éelair-
cissent celui que nous venons de ci- ' Voilà en effet ce que signifie le 1er, je défie qu'on le devine. La pro- mot multiple. Vous ne pouvez l'apposition : elle sera odeur de rose, pliquer comme le mot étendu * qu'à odeur de jasmin, etc., ferait croire qu'il ne s'agit que d'une existence ac-
cidentelle et considérée seulement * V. ci-dessus p. 43 et suiv., et ci-dessous par rapport à la manière d'être; mais p. 86. la proposition qui précède, elle sera
LE TACT, HISTOIRE Dl £ON DÉVELOPPEMENT. 83
Tous ces membres me répétant purement et simplement les uns et les autres, je ne tarde pas à m'en distinguer, a me reconnaître indépendant d'eux tous : je puis être sans tous ces membres bien certainement, puisque dans chacun d'eux, pris séparément, je suis, j'existe sans les autres, indépendamment de tous les autres. J'arrive, par là, a m'abstraire de mes propres membres, à me distinguer de la résistance et de la figure, de la résistance figurée sous laquelle je me suis tout d'abord saisi ; en un mot, j'arrive à me séparer mentalement de mon corps et à me poser sous ma propre forme. Cette forme que j'appelle mienne et sous laquelle je me pose en ce moment, est, sans doute, quelque chose d'assez vague et d'assez peu déterminé, par la raison que la distinction dont il s'agit est moins une perception qu'une conception mentale , une compréhension de l'esprit, et, pour ainsi dire, un jugement; mais ce n'en est pas moins une forme très-réelle et parfai-
quelque chose de simple ou de couçu plicité et la divisibilité de ce que nous comme simple : cela seul peut être disons multiple et divisible. — Mais dit multiple qui est simple. Mais la soyons juste et recounaissons qu'aréalité fondamentale de ce concept, vaut notre théorie de l'appréhension, son objet, sou idéat, n'est pas seule- et tant qu'on n'avait sur la perception ment dans le moi formé de parties des objets que les idées dont nous séparées , elle est partout, et vous avons parlé (p. 74, note 1), il n'était pouvez acquérir ce concept partout pas possible d'expliquer naturelleoù un phénomène, c'est-à-dire une ment la formation du concept en différence déjà perçue est retrouvée question; il était impossible de dire, dans plusieurs objets : in pluribus sinon en imaginant un concept à aperceptis soit dans le Plan-des- priori de l'étendue et de la multiplicouleurs, soit dans le Corps-humain, cité, pourquoi nous jugions les corps soit dans \q Mot-vivant* V. G., dans étendus, multiples et divisibles; et une suite de sons donnés. Ce n'était Kant fut au moins intelligent quand donc pas la peine de nous montrer il allachercher l'explication de cesindans ce concept je ne sais quel mys- gulier jugement dans une hypothèse tère , et d'aller imaginer un concept surnaturelle et incompréhensible à priori de l'unité synthétique qui comme la chose à expliquer l'était nous permît de comprendre la multi- elle-même.
84 HISTOIRE DE L'INTELLIGENCE. ï™ PÉRIODE.
tement distincte de la résistance et de la figure, autrement dit, du corps.
Avant la conception de cette forme, je dis moi : ME de tous mes membres: moi ici, moi là, moi dans un autre endroit : me dispersum1; après, je ne dis plus moi en parlant d'eux, je dis mes.- mea, modifiant ainsi, d'une manière presque imperceptible , et d'après ce qui a été dit plus haut2, mon verbe primitif, pour le mettre en harmonie avec la nouvelle manière dont j'envisage présentement les choses.
Au premier abord, tous les membres dont je viens de parler: mea membra, pour moi, sont parfaitement identiques ; leur séparation dans le Corps-humain et même leur dispersion n'ôtent rien, en effet, et ne sauraient rien ôter à leur identité : tous sont moi sous une manière d'être générale : la résistance : resistentia pur a. Mais bientôt, et cela tout naturellement, la comparaison s'établit au milieu de cette multitude identique 5: prenant pour centre un de ces moi épars sous mon apper-
1 « Pour que je puisse me repré- l'avons décrit, tel qu'il nous est livré
» senter les choses comme extérieures par l'apperception passive, avant toute
» les unes aux autres, dilKant*, perception, jouit assurément de tou-
» c'est-à-dire non-seulement comme tes ces conditions , et me sert dans
» différentes, mais comme occupant ce moment-ci à me représenter la
» des lieux distincts, la représenta- dispersion des parties qui me com-
» tion de l'espace doit déjà être posée posent. ÎNous reviendrons bientôt sur
» en principe. » En d'autres termes, ce passage de Kant, non certes pour
pour se représenter des objets exté- le critiquer, mais pour en montrer
rieurs les uns aux autres et existant la parfaite application aux trois mon-
simultanément les uns hors des au- des dans lesquels notre perception se
très, il faut les voir dans une réalité produit , savoir : le Moi-vivant , le
vague où ces rapports soient possi- Corps -humain ,1e Plan- des -cou-
bles. Le Corps-humain, tel que nous leurs (V. Hist.de Vintell.fP période).
1 Voyez p. 77, note \ .
* Critique de lu Raison pure, Esthét.
transcend.y soct. I. s Ignorante d'abord , par consé-
ception, je l'appréhende successivement au moyen de tous les autres et, par là, premièrement, je saisis en lui la différence particulière ' que tous les autres y déterminent 2 ; deuxièmement, je le prends apperceptivement sous cette différence : itlum Ma concipio , iflum cum Ma capioz, et je dis, parlant toujours dans mon verbe intérieur : moi iront : me snb (route ; puis bientôt : moi bras , moi main , moi pied, etc., OU plutôt : mou ffrout , mou bras , ma main mon pied : meus pes , mea manus , meum brachium , etc. Je me saisis alors embrassant sous l'unité primitive de ma première perception plusieurs membres non plus seulement séparés, mais encore divers ou différents.
quent inhabile et sans donner par et devine d'abord celle-ci avant de la
cela même de résultat bien positif, trouver, est beaucoup plus rapide
mais bientôt avec la conscience nette que la perception directe qui d'ail-
de ce qu'elle veut et de ce qu'elle fait leurs n'est pas toujours possible, ici,
(Voyez i ,e part., liv. II, ch. III, 2e div., par exemple, où le rapport sub n'est
$ I, p. 210). Du restf, non-seulement pas matériellement donné. Ce rap-
la comparaison dont je parle s'éla- port n'est donné matériellement que
blit d'abord tout naturellement, elle dans un changement de la substance:
s'établit encore forcément et même qu;ind un fait quelconque, chose ou
fatalement. phénomène, déjà perçu, passe sous mon regard d'une modalité à une
1 II a été démontré plus haut, p. 37, autre , il est alors donné parla disque les résistances dont le monde pantion , sous mon aperception, de des résistances, dont le Corps-hu- la modalité qui finit. Mais immédiamain se compose, sont toutes dis- tement après cette perception , au tiuctes. moment même où elle finit, ce même
rapport est saisi sous une forme nou-
2 Voyez Ire part., liv. II, ch. I, vellc : le mélange particulier de la g IV, et ch. III, presque partout. réalité substantielle et de la différence
modale combiné avec l'universalité
3 Ce n'est pas seulement apercep- aperçue de la réalité substantielle et tivenient qu'a lieu cette conception , la terminaison en elle de la différence c'est aussi mentalement : avant de modale ; et cette seconde perception percevoir le rapport sub entre moi et s'ajoute à la première, la complète , la différence dont je parle, je le pose se fond pour ainsi dire avec elle , et d'abord dans ma pensée et n'ai plus c'est sous la forme saisie par elle que après qu'à vérifier la vérité de cette nous retrouvons plus tard, ici, par supposition. Cette perception indi- exemple, le rapport sub, sub-stans , recte, qui va de la pensée à la réalité et qu'il nous est donné de le vérifier.
86 IIISTOIRE DE L'INTELLIGENCE. Ire PERIODE.
Je suppose maintenant une personne placée tout près de moi et me touchant \
Premièrement, sa main se promène sur mon front r puis sur mon bras, sur ma main, mon pied, mon épaule, etc., et m'y révèle une suite de parties séparées les unes des autres et contiguës. Retrouvant dans toutes ces parties la différence tout-à-1'heure perçue2, je les appréhende rapidement en les subsumant à mesure sous la perception composée, autrement dit sous la notion concrète de mon front, de mon bras, de ma main, de mon pied, et je saisis tous ces membres : mea membra, comme étant étendus, c'est-à-dire, comme renfermant sousTunité <Tnne première perception et comprenant en elle plusieurs perceptions séparées et contiguës 3.
Deuxièmement, elle rampe tout doucement de l'un de mes membres à l'autre, et dans ce mouvement me révèle leur continuité. Appréhendant alors successive-
1 J'aurais pu prendre cette hypo- tout à la fois séparée et réunie d'une thèse tout d'abord, elle est même plus part ; de l'autre, avec le principe fonnaturélle et plus vraisemblable que damental, simple et indivisible, qui celle dont nous nous sommes servis comprend en lui et possède à la fois jusqu'ici. C'est en effet par un choc, toute cette variété, et seul, dans l'obun attouchement quelconque , très- jet connu : mon bras, ma main, mon .vraisemblablement, que l'enfant, en- pied, est et peut èlre dit étendu; et fermé dans le sein de sa mère, s'é- tout cela à posteriori, tout cela trouveille à la vie intellectuelle ; mais elle vé dans la réalité sensible par celui eût compliqué le phénomène produit, de nos sens qui en paraissait le moins comme on le verra tout-à-1'heure, et capable : la sensation, le tact. rendu notre analyse, par suite, notre
exposition plus embarrassée et plus Pourquoi donc ces affirmations :
longue. 1° " Que l'étendue ne saurait nous
» èlre donnée par la sensation, par la
2 Cette différence sous laquelle je » sensibilité, par aucun de nos sens'? me prends et qui constitue avec moi » 2°qu'elle suppose un concept àpriosoit mon front, soit mon bras, soit » ri qui la fonde dans la pensée, comma main, soit mon pied.
3 VoHà bien notre concept de VE- * M. Cousin, Hist. de la philos, tendue avec sa variété nécessaire derne. Cours de 1816 — 17, leçon, XI.
ment tous les membres dont j'ai parlé et d'autres semblablement perçus, je les prends apperceptivement ,
d'abord deux a la fois, puis trois, puis quatre puis
tous, au moyen de l'immense partie du corps restée vaguement apperçue, et, par là, je saisis leur ensemble dans le Corps-humain.
Subsumant ensuite l'ensemble ainsi perçu sous ma première perception, c'est-à-dire sous la perception de moi-même , je me saisis sous la forme d'un tout continu, formé de parties distinctes, étendues, séparées et juxtaposées.
Cette constitution intellectuelle du moi dans l'espace sous une forme composée, formée qu'elle est par l'appréhension, au milieu du Corps-humain, d'un certain nombre de parties, laisse nécessairement en dehors d'elle , extra se, les conditions de son établissement, c'est-àdire, une foule de parties non perçues, mais simplement
» mêla multiplicité, sans qu'elle soit qui les comprenne en soi et les rén- » autre chose en soi qu'un fait pure- nisse, en d'antres termes, il n'\ a » ment logique , une idée ' ? » Celte plus d'étendue, cor ce qui fonde redouble affirmation , comme l'erreur tendue , j'allais dire ce qui la conslidéjà réfutée sur la multiplicité (voyez iue, ce n'est pas la variété dont je page 82, note t), tient toujours à la parlais tout-à-l'heure , c'est le priumanière dont les philosophes corn- cipeindivisible qui la comprend dans prenaient et comprennent encore la sa simplicité et la porte en soi. perception des objets fv. page 74, . . . , . note ï), manière d'après laquelle il Quiconque prétend resouêreàposest absolument impossible d'expli- ^fior» cette miestioa de 1 étendue qtier à posteriori l'origine et la for- et de la multiplicité, est tenu de mationdenolre concept del'clendue. trouver une première perception Cette vieille théorie, une fois admise, composée de plusieurs perceptions
il n'y a plus, en effet, pour les sens ,
simples, mais cela est impossible d'à-
dans n'importe quel objet venu, par Pres ' ancienne manière d expliquer conséquent, dans toutes nos percep- la Pf^R1.1011^ \1ÎU,Ï PercePh?n « tions sensibles, qu'une variété, une » d,f. d Alem&ert , toute perception pluralitédesensations,autrementdir, » primitive, unique et élémentaire , de perceptions, sans rien de simple * ne peut avoir pour objet qu un etiv » simple, et il nous est aussi impos-
. » sible de concevoir comment l'as
* Kaut, Critique de la liaison pure. » semblage (Vun nombre fini ou in-
88 HISTOIRE DE l'wTELLI&ENCE. lre PÉKIODE.
apperçues; espèce de masse indistincte i, si je puis parler ainsi, vague et non finie : rudis indigestaque moles non fini ta, sur laquelle elle s'appuie pour se former, mais qu'elle ne comprend pas et qu'elle ignore long-temps après sa formation : voilà l'espace, l'espace infini : spatium non finitum, que la pensée, la conception, nécessairement finie, ne saurait jamais embrasser et comprendre, bien qu'elle puisse s'étendre indéfiniment dans ce monde infini qu'elle débrouille et crée pour elle-même : quamvis sit non finibilis ; mais qu'elle
» fini de perceptions simples produit 'J'ai déjà dit (v. p. 38ets.lqu'aucun » une perception composée, que de vide, aucun intervalle n'existe pour » concevoir comment un être com- la sensation dans le corps humain. » posé peut se former d'êtres sim- Rien ne saurait révéler à l'homme, » pies ".» Ce que d'Alembert, dans privé de la vue et du toucher, ces esce passage, déclare impossible à cou- paces vides, autrement dit, ces intercevoir eu s'appuyanî sur les idées dont valles qui séparent certains de nos j'ai déjà parlé et que j'ai longuement membres. La main qui se promène réfutées ailleurs (v. lre part., iiv. II, sur mon corps, en franchissant i'inch. I et III, notre théorie del'appré- tervaHe qui sépare deux de mes memhension), nous venons de l'expliquer, bres , me laisse bien apercevoir un ce qu'il déclare impossible à conce- temps d'arrêt dans sa marche , uu voir, nous l'avons trouvé apercepti- moment d'absence dans la résistance vement Y la perception de mon bras particulière que je sens se mouvoir; ou de ma main, perception parfaite- mais pas le moiudre intervalle. Le ment simple en soi, renferme en elle point sur lequel le mouvement cesse, et comprend dans sa simplicité pri- et celui sur lequel il recommence , mitive plusieurs perceptions sim- sont juxtaposés pour moi. J'aperçois, pies d'où résulte sa composition ap- bien sans doute, je sens bien entre parente et sou extension acciden- certaines parties déterminées démon telle. corps, V. G. , entre mes doigts et mou
bras, entre mon épaule et ma main,
. — — entre mon iudex et l'auriculaire, une
« Pensées sur la phil.. IV Métaph. - âi*[™™ : "* intervalle, si l'on veut , Et, en effet, dirai-je,pour compléter la pen- niais cet intervalle est rempli , la par sée de d'Alembert, plusieurs perceptions ma main, ici par mes deux doigts ensemble, donnent plusieurs perceptions intermédiaires , ailleurs par mon ensemble, elles ne donnent pas une per- kras> ^u\\e part dans le monde qui ception composée ; - de même, Plusieurs . sensation nous
petits corps ensemble {molécules, atomes), T1-anpr(,pvnns Fnnm np „„nlrtn„ ^ réunis ou non , donnent plusieurs petits n apercevons , nous ne sentons de corps ensemble, ils ne donnent pas un corps vide; c est, je le répète , un monde composé; il faut nécessairement ajouter à parfaitement plein, comme celui et ce monceau d'atomes juxtaposés et réunis mieux que celui que Descartes rêvait, la forme substantielle, il faut y mettre le \\ y a cjeux cents ans. Corps , autrement dit l'objet même qui ne s'y trouve pas encore.
suppose toujours et sur lequel elle s'appuie, pour ainsi dire pour le créer 1 .
Sous quelle forme maintenant l'ensemble dont je viens de parler et les différentes parties qui le composent: mon front, mon bras, ma main, mon pied, ma jambe, mon épaule, ma poitrine, etc., se présentent-ils à la sensation qui les saisit au milieu du Corps-humain? Cette forme est quelque chose de trop vague, de trop mal déterminé pour que nous puissions la percevoir, pour que nous osions essayer de la dire : c'est une chose qui n'existe pas a proprement parler ; la forme sous laquelle nous nous représentons l'ensemble en question , ainsi que celle des différentes parties dont il est formé appartient à la vue : c'est l'œil qui nous l'a fournie. La sensation qui nous donne cet ensemble, nous le donne sans forme déterminée : informem.
Mais informe ou non, l'ensemble dont nous parlons est peut-être le fait le plus important que puisse constater notre histoire: c'est le centre parfaitement et complètement lumineux autour duquel viendront se ranger toutes nos perceptions ultérieures, c'est le point d'où notre imagination va partir pour deviner le monde et le patron sur lequel elle va le former, c'est l'illusion aux clartés de laquelle la perception marchant désormais va, sans le savoir et sans s'en clouter, fausser
1 J'aurais bien quelques reniai'- sous un aulre nom , du Plan-desques à faire ici sur l'infini et sur la couleurs. Là, eu effet , pour la troimanière dont les philosophes le défi- sième fois, nous retrouverons l'infini, ■ nissent, le comprennent et en par- et cela dans des conditions tout-àlent ; mais je les réserve pour plus fait favorables à l'intelligibilité de sa tard, quand nous eu serons à Taper- nature (Voyez Hist. de Vintcllig., ception du monde lumineux, ou. °r période : LA VUE).
90 HISTOIRE DE ININTELLIGENCE. I,e PÉRIODE.
tous ses produits ; c'est la raison harmonique : harmonica ratio, qui selon Kant, force les choses perçues à s'harmoniser avec elle, à prendre sa propre forme : qnœ cogit rerum naturam sibi ipsam congruere i ; c'est aussi l'arsenal où l'opération matérielle viendra tout-al'heure chercher son instrument : operamentum opérations 2; en un mot c'est notre corps : mei corporis conceptas, tel que le tact tout seul peut nous le donner, par conséquent; tel qu'il est pour chacun de nous au moment de notre naissance, et tel qu'il resterait toujours si, après notre naissance, nous demeurions privés de la vue et du toucher , c'est-à-dire de la vue et du tact devenu mobile et flexible dans un organe particulier.
Nous voici parvenus à la fin de notre première période; mais avant de la clore d'une manière définitive nous devons parler de deux perceptions importantes dont le développement historique, contemporain du développement intellectuel que nous venons de raconter, ne saurait en être séparé, si ce n'est, comme nous l'avons fait nous-même, pour la clarté de la narration. La première des perceptions dont je veux parler est celle de la réalité matérielle sous toutes ses formes ; la seconde est celle de la sensibilité, cette perception niée si long-temps par tous les philosophes V
1 La phrase latine n'est pas de 3 Selon tous les philosophes mo- Kant assurément , elle est de Pline, dernes ou à peu près, nos facultés ne flist. nat., liv. II, ch. 113 ; raaiselle sont pas perçues, elles sont conçues résume admirablement l'opinion de à priori, autrement dit, conclues ra- Kant et devrait servir d'épigraphe à tionnellement des phénomènes qui la Critique de la Raison pure. en dérivent et par là nous les révèlent, savoir : la sensibilité, de la sen-
2 Y. plus loin notre 3e période. sation ; l'intelligence ou Ventende-
*gW Qu'est-ce, à l'époque où nous sommes parvenus, qu'est-ce, pour nous , que la réalité matérielle ? quelle notion intellectuelle en avons-nous ? nous le saurons certainement quand nous aurons suivi dans tous ses détails la perception de cette réalité, autrement dit, quand nous aurons suivi dans tous ses détails la formation successive de la notion que nous voulons connaître.
Placez d'abord sur mon front un objet chaud, je passe alors dans une partie déterminée de moi-même du mode x sous lequel je me suis constitué dans tous mes membres : de la résistance pure à la sensation d'un objet chaud, et, saisissant en bloc ce nouveau phénomène au moyen de #qui disparaît et le détermine, non pas, il est vrai, sous le rapport des trois éléments qui le
vient, de la connaissance; l'activité, propos de ces propriétés, la manière
de V effort ; et la volonté, du vouloir, dont l'esprit humain y arrive et com-
Voilà pourquoi dos programmes ment il les constate ; mais à propos
d'enseignement portaient, il n'y a pas des facultés de l'âme, à propos des
bien long-temps encore, cette ques- propriétés humaines, cette question
tion fameuse que son obscurité mé- ne se comprend plus : nous perce-
taphysiqueetlessourdesréclamations vons directement nos facultés, leur
du bon sens contre elle ont fini ce- existence n'est pas plus diflicile à
pendant par faire écarter : Déter- constater que celle des qualités maté-
mination des Facilités de l'Ame : riellcs qui tombent sous nos sens et
QU'EST-CE QUE DÉTERMINER leur détermination n'offre pas le plus
L'EXISTENCE D'UNE FACULTÉ ? petit mystère.
Au point de vue des propriétés La réponse à la question qui présupposées de la matière, cette ques- cède n'était pourlant ni longue ni tion se comprend très-bien. Là , en difficile : elle consistait à dire que effet, les propriétés dont il s'agit ne déterminer, dans un étre.V existence sont pas données, vous ne pouvez ni d'une faculté ou propriété, revenait les appercevoir ni les saisir apper- ày déterminer l'existence d'un phéceptivement, ce ne sont pas des faits nomène général, puis à conclure de réels, mais des imaginations qui ce phénomène à la faculté qui lut réalisent à des profondeurs où la correspondait dan s la nature intime perception n'atteint pas , et sous une de l'être, comme la cause correspond forme toute particulière et tout au- è l'effet; mais il fallait faire comprentre, certaines lois physiques obser- dre cette réponse aux élèves et Ja chose vées pour ainsi dire à la surface des n'était pas commode: il aurait fallu Corps et constatées par la perception, montrer que la faculté partout est Evidemment l'on pciil demander, à quelque chose d'absolument non per-
92 HISTOIRE DE ININTELLIGENCE. Ire PÉRIODE.
constituent, mais seulement sous le rapport du premier f , je l'aperçois tout d'abord commencer en moi, en moi déjà tenu apperceptivement: in me sub frontejam percepto, par conséquent je m'en distingue 2 ; mais bientôt, immédiatement, ou, pour mieux dire, en même temps, au moyen de l'appréhension même du phénomène dont il s'agit, me prenant avec lui dans le rapport déterminé entre lui et moi par la disparition de x, c'est-à-dire, moi sous lui : me suô-stantem Mo, je saisis son rapport à moi et je dis: Je sens dans mon front : ego sentiens mea fronte: voilà le moi se distinguant de la sensation et se percevant sentant dans une partie déterminée
ceptible, qui ne tombe sous aucune thèses, vous eussiez été obligé d'a-
de nos perceptions : au lieu de cela, vouervotre ignorance et de répondre:
on se contentait de le faire voir pour Je ne sais pas ; mais le cas était rare,
les propriétés supposées aux corps, les élèves sent plus confiants que cela
et on laissait l'élève conclure du corps ou plus indifférents,
à l'esprit. Toute l'habileté du profes- Aujourdhui cette question n.exis{e
seur consistait alors, non a tromper lug i merci à ceux £ . nous en t
Televe , mais a faire en sorte qu il se débarrassés ! trompât lui-même.
Mais cela fait, la question était en- ' Voyez lre part., liv. II, ch. Kl,
core loin d'être résolue. Il fallait 1re div., g II, de la p. 178 à la p. 181-
dire pourquoi nous placions des pro- inclus. prié tés dans des êtres où nous n'en
apercevions aucune, et trouver une 2 Ce n'est pas au moyen de l'apbase légitime à ce jugement ; il fallait préhension du phénomène, mais par dire ensuite oùnous avions prisl'idée le fait de son appréhension dans le de propriété^ de vertu, puisque cela moi déjà perçu qu'a lieu cette disn'était perceptible nulle part. Alors tinction ; l'appréhension toute seule on était bien obligé d'avoir recours à du phénomène dans le moi vaguecette grande duperie: Laraisonnous ment apperçu, si la chose était posapprend que cela est ainsi et nous sible, donnerait le phénomène et rien donne à priori l'idée de propriété ; autre chose. En d'autres termes, l'apet si quelque élève insistait et vous préhension du phénomène se prodemandait ce que c'est que la raison, duisant dans le moi déjà perçu, au alors vous développiez l'hypothèse moment où elle se produit, par l'apdela Vision en Dieu de Malebran- préhension avec laquelle je me tiens, che, ou celle de la Réminiscence pla- je me distingue du phénomène aptonicienne , ou celle des formes à préhendé. Voilà comment la chose priori de la raison pur e,ç\\e\o\\rè\&\\ se passe, et peut-être n'est-il pas sans fait. Dame! si l'on vous eût poussé importance de bien çomj? — -z~ davantage, et si quelqu'un vous eût ment elle -e passe, demandé la légitimité de ce* *v — -
de lui-même, c'est-à-dire, saisissant un phénomène donné1, la sensation, le sentir et se le rapportant 2.
Mais sous ce mot sentant : sentiens , le moi confond encore trois choses qu'il va distinguer maintenant très-rapidement, savoir : 1° la sensation : sentiens, 2° le chaud ou l'état calorifique du corps, 3° le corps lui-même, l'objet senti.
Placez sur mon bras un objet froid, et, sous ma main, un objet à la température de ma main ; je me saisis alors sentant à la fois dans mon front, dans mon bras et dans ma main, et je dis : ego sentiens f r o n t e, b r a c h î o, manu R; mais bientôt, comparant ces trois sensations identiques dans l'idée de sensation, de sentir sous laquelle je les subsume , j'appréhende chacune d'elles successivement au moyen des deux autres, et, par là, je saisis en elles tout d'abord la différence qui les distingue et les caractérise, puis, mentalement, au moyen d'une conception intérieure, vérifiée ipso momento par l'ap-
1 Donné pour l'appréhension, au- sation d'un objet chaud. Appréheutrement dit, apperceptivement don- dant ce nouveau phénomène au né. Le phénomène dont je parle est moyen de la résistance pure qui donné de cette manière par l'état de disparaît sous mon aperception, je le mon front qui disparaît, c'est-à-dire, saisis tout d'ahord sous le rapport de par la résistance pure, resistentia la sensation, puis immédiatement, pura recedente (Voyez Ire partie, au moyen de la disparition dont je liv. Il, ch. I, notre théorie de l'ap- viens de parler , prenant mon front : préhension). me sub fronte, sous lui, je dis : mon