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malgré les sages recomniaiuliitions ilos membres do l'Internationale de Scraing, qui tachaient de leur démontrer l'inopportunité de cette mesure. D'autres charbonnages suivirent cet exemple, entre autres celui de l'Espérance.... Jusque-là rien de fâcheux ne s'était passé; mais les seigneurs de ces lieux, (|ui
l'étranger, vous connaissez mos démarclios. Jusqu'aujourd'hui, pas do résultat, « Signé : E. Yaulin. »
« Paris, le Ifi novembre 1869.
« Mon clior Aubry,
« Jo vous envoie ci-joint 200 francs do souscription que j'ai reçu depuis la semaine dernière.
« Notre situation est toujours la même.
« La grève des méL,nssiors se continue, malgré les pertes considérables éprouvées par les patrons. Nous savons de source certaine que tous les membres de la chambre syndicale paternelle des cuirs et peaux se sont solidarisés pour soutenir cette grève, c'est-à-dire qu'ils indemnisent les patrons mégissiers des pertes qu'ils subissent.
« Il ne nous paraît même pas impossible que toutes les chambres syndicales des patrons qui composent ce qu'ils appellent l'Union nationale du commerce et de l'industrie, se soient liguées pour couler les sociétés ouvrières, en leur faisant épuiser leurs caisses par plusieurs grèves interminables, car jamais nous n'en avons eu de cette durée.
« Après sept semaines de lutte, les brossiers pour peinture ont succombé la semaine dernière. Les sociétés qui les avaient soutenus d'abord ont dû les abandonner pour centraliser tous leurs efforts en faveur des mégissiers. »
Enfin, Varlin écrit à .-Vubry, le 2 décembre :
« Nous avons déjà dépensé 51,000 francs pour les mégissiers, et cependant, depuis la première semaine, nous avons toujours été îi court de fonds... »
Les fabricants qui vouilraieiit établir une résistance sérieuse à l'Internationale, ne sauraient trop méditer ces lettres et toutes celles du même genre qui sont citées au cours do ce procès.
lie HISTOIRE DE L'INTERNATIONALE.
deviennent fous de peur dès qu'ils voient quatre ouvriers réunis (signe que leur conscience est un peu trouble), font venir des troupes et, comme toujours, elles amènent avec elles le désordre et le massacre. »
On avait vu à Roubaix, en 1867, ce qu'une foule égarée peut faire de mal en quelques heures, quand il n'y a pas de troupes pour la maintenir. Dès que les soldats protègent l'ordre, les biens et la vie des citoyens paisibles, ce sont des égorgeurs soudoyés par les oppresseurs du peuple.
A Seraing, ce ne fut pas même pour protéger les manufacturiers et leurs usines, mais bien pour se défendre eux-mêmes que les soldats furent contraints de faire usage de leurs armes. Ce n'est pas aux journaux a bourgeois » que nous en demandons la preuve, mais à V Internationale elle-même; car la vérité se fait manifestement jour dans son récit à travers les mensonges sous lesquels on essaie de l'étouffer. C'est a le compagnon Eugène Hins, » l'un des principaux meneui^s de l'association en Belgique, qui raconte lui-même les événements dans la feuille officielle de la société :
« Dans la soirée du vendredi, un nombreux rassemblement stationnait dans la rue Cockerill. Y eutil provocation de la part de la foule ? Des pierres furent-elles lancées tout d'abord? Nous l'ignorons; mais nous ferons remarquer que si la troupe ne s'était pas montrée fort inutilement, on ne lui eût pas jeté des pierres, et ensuite que si, parmi des centaines de
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personnes, quelques malavisés jctlent des pien'cs, ce n'est pas un motif pour condamner les autres.
« Les trois sommations d'usage furent faites. Rien d'aussi odieux que cette manière de se donner une apparence de légalité. Est-ce qu'une foule compacte peut ainsi s'écouler en quelques minutes? Puis le peuple ne croit pas encore assez à la perversité de ses gouvernants, il croit toujours que ce sont des menaces pour rire.
« En ce moment, il faisait nuit noire (10 heures).
« Deux réverbères fumeux ne suffisaient pas à percer les ténèbres. Tout à coup la cavalerie s'ébranla et balaya le milieu de la rue, tandis que l'infanterie, croisant la baïonnette, courait le long des trottoirs.
« Jugez du carnage qui dut être fait dans cette foule compacte, frappée avant d'avoir pu fuir....
« Il est impossible d'évaluer le nombre des blessés, mais il a dû être très-considérable. Quant aux morts, on en citait deux; mais combien de malheureux auront été mourir à l'écart....
« Les mêmes scènes se renouvelèrent le lendemain; elles m'ont été racontées par deux victimes... -)
L'association ne pouvait laisser échapper une si heureuse occasion de faire de nouvelles recrues. Aussi accumule-t-elle tous les moyens dont elle dispose :
« Nous avons rencontré à Lizc, dit Eugène llins dans la suite de son récit, les compagnons AdriiMi
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et Yarlct, arrivés de Verriers, qui vendaient bravement, à la barbe des gendarmes, des comptes rendus de la grève de Hodimont. Ils croyaient avec raison que l'attitude digne tenue par les ouvriers Verviétois, en cette circonstance, pourrait exercer une heureuse influence sur les ouvriers de Seraing.»
Les délégués de l'Internationale de Liège et de Bruxelles tiennent conseil avec ceux de Seraing, et décident qu'il faut se hâter de convoquer un meeting :
« Une foule considérable répondit à cette invitation. La salle qui peut contenir de mille à douze cents personnes, était comble. Les compagnons Lepourgen (de Seraing), Hins et Adrien prirent la parole , et après avoir engagé les ouvriers présents à ne pas donner prise à la répression, ils leur monfrèrenf, toutefois, qu'ils ne devaient pas rester stationnaires, mais travailler à préparer l'avenir au sein de r Internationale. »
D'autres compagnons prirent ensuite la parole dans le même sens; après quoi, « les compagnons Hins et Lepourgen encouragèi^ent les pouddleurs à ne rien céder de leurs justes réclamations, mais s'efforcèrent d'obtenir des mineurs la promesse qu'ils retourneraient au travail dès le lendemain, afin de se procurer des ressources pour soutenir leurs frères.
« S'ils ne réussirent pas complètement en ce sens que les ouvriers des fosses Gockerill déclarèrent qu'ils persisteraient, au moins les ouvriers des autres charbonnages s'engagèrent-ils à retourner au
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travail le loialciiuiin. Nous uvcms appris depuis qu'ils avaient tenu leur promesse, résultat trèsimportant, puisfju'il circonscrivait la grève. »
Du récit même du journal otïicicl de l'association, il est facile de dégager la vérité.
La grève, sans doute fomentée et ordonnée par l'Internationale, mais avec dessein formel de la localiser pour la soutenir plus aisément, éclate dans l'usine Cockerill.
Les ouvriers de divers charbonnages de Seraing quittent également leur travail, malgré le désir de l'Internationale, qui ne voulait pas avoir trop de bouches à nourrir à la fois, dans la crainte que ses ressources ne fussent épuisées avant la victoire des grévistes.
L'émotion croissante de la population de Seraing oblige le gouvernement belge à faire venir des troupes pour protéger les personnes et les propriétés.
Les troupes qui arrivent se trouvent en butte à des insultes et à des attaques qui l'obligent à repousser la foule, mais sans user de ses armes à feu.
La cavalerie fait quelques charges au milieu des rues; l'infanterie fait en môme temps évacuer les trottoirs, en s'avançant la baïonnette en avant.
Deux ouvriers sont tués dans cette bagarre ; plusieurs personnes reçoivent des blessures ou des contusions plus ou moins graves.
L'Internationale profite de ces événements pour pousser sa propagande plus activement que jamais.
on réjjandant ses brochures et en réunissant dans des meetings les ouvriers surexcités par la lutte contre leurs patrons et les conflits avec l'armée.
C'est alors, c'est quand on juge les esprits suffisamment enflammés par ces événements, par ces discours, par ces réunions, que le conseil général belge lance l'adresse suivante a aux ouvriers de Seraing et des environs : »
Compagnons,
De tout temps la douleur et la misère ont été la destinée du travailleur; de tout temps le peuple a gémi devant la joie de ses maîtres, a eu faim devant la satiété de ses exploiteurs.
Mais l'homme est ainsi fait qu'il s'habitue à tout, même taux plus dures privations. La chaîne continue à lui peser mais il la porte sans murmurer; il a perdu jusqu'au sentiment de la haine; alors, il est vraiment esclave, car il ne sent plus l'opprobre de son esclavage.
Voilà, compagnons, l'état malheureux oii beaucoup d'ouvriers sont réduits actuellement; c'est cette inertie qui fait la force de nos tyrans. Mais voilà que, poussés à bout, les malheureux qui jusqu'alors avaient souffert sans murmurer, font entendre des réclamations. Leurs maîtres s'étonnent de tant d'audace : ils tremblent que l'esprit d'indépendance ne se propage parmi la classe ouvrière, et pour étoufl'er ce monstre au berceau, ils sabrent, ils fmillent, ils mitraillent. Mais alors, il arrive ce que ces gens sans cœur n'avaient pu prévoir; il arrive qu'au lieu du profond silence qu'ils croyaient devoir succéder au massacre, des clameurs indignées s'élèvent de tous côtés ; que la haine se réveille au cœur du peuple, et qu'il est là, debout, frémissant, prêt à secouer ses chaînes.
Compagnons de Seraing, que durant trois nuits entières
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la soldatesque a sabré et embroché, sou vent sans provocation aucune, nous l'avons poussé ce cri d'indiynalion, lorsque nous avons aj^pris l'éleiiilue de vos maux ; nous avons senti la iiaine nous envahir, et certes, si l'action suivait la [)enséc, dans le [iremier moment nous aurions souhaité la destruction de vos barbares exterminateurs.
Mais, compagnons, lorsque la réflexion vient succéder à ce premier mouvement d'indignation si légitime, on se trouve plongé dans un tout autre courant il'idées.
Que de fois les ouvriers, poussés à bout, ont juré la ruine de leurs oppresseurs, et après un triomphe passager, sont retombés plus que jamais dans l'esclavage.
C'est qu'il ne suffit pas de détruire, il faut encore édifier, et l'on n'édifie pas en un jour.
Donc, compagnons, comprimez un moment vus légitimes colères, et ne répondez pas aux provocations de l'armée.
Songez que vos maîtres ne demanderaient pas mieux que de vous voir répondre à la violence pur la violence, pour avoir le prétexte d'une répression plus sanguinaire encore. Songez que vos frères des autres parties du pays n'ont pas encore tous compris la nécessité de secouer leurs chaînes, et qu'une série de soulèvements successifs ne pourraient amener qu'une série d'échecs successifs.
Songez que, lors même que tous les ouvriers belges s'entendraient pour faire triompher leur cause, ils seraient impuissants aussi longtemps que dans les grands Etats de l'Europe le despotisme trônera triomphant, sur les cadavres de ses victimes.
Songez enfin que l'émeute ne conduit à rien; qu'il faut que la révolution soit préparée, qu'il faut que du jour où elle sera triomphante, elle puisse, presque sans secousses, substituer un nouvel ordre de choses aux lieu et place de l'ancien ordre, qui n'est plus que du désordre.
Ainsi, compagnons, du calme : maintenez vos prétentions légitimes, mais ne vous laissez pas entraîner à la violence. Sachez attendre, votre jour viendra.
Entrez en masae dans l'Association internationale des travailleurs ; là, vous apprendrez vos droits, et les moyens que vous devez employer pour les faire triompher; là, vous vous unirez à vos frères de toutes les parties du pays et du monde entier. Et, lorsque toutes les forces ouvrières seront unies et instruites de ce qu'elles ont à faire, ce jour-là, de tous les points du monde à la fois, les travailleurs feront entendre leur voix, qui fera crouler l'iniquité et inaugurera la justice. Ce jour-là, compagnons, nous ne vous dirons plus : Soyez calmes ; nous vous crierons : en avant !
Jusque-là, soyez patients, et attendez votre heure.
Bruxelles, le 13 avril 1869.