I.KS GRKVES
Voyons iiKiiiiti'iiaiil couinuMit s'c'.\])iiinaic'nt deux uns plus tard, dans des circonstances à peu près semblables, les publications officielles de llnternationale.
LA GIlÈVE DE SERAING EN 1869. — MANIFESTE DU CONSEIL GÉNÉRAL BELGE.
Le 2 avril, une grève éclatait parmi les pouddlcurs et chauffeurs de la « fabrique de fer » de la société Cockerill, à Seraing. Les motifs principaux de la grève étaient des réclamations relatives au noml)re
« vous venez de fournir des armes aux adversaires de la liberté « et aux calomniateurs du peuple. »
TOLAIN, FRinOURG, VARLIN ,
Corrcspon'lants de Paris.
« Les ouvriers parisiens applaudirent îi ce langage, et l'association conquit par cet acte courageux une influence morale considérable. »
On voit que M. Fribourg blâme beaucoup plus vivement en 1871 , comme collaborateur du Soir les fous furieux de Roubaix, qu'il ne le faisait, ca 1867, comme correspondant de la section parisienne de l'Internationale. On voit surtout qu'il réduit singulièrement le texte de son manifeste aux ouvriers de Roubaix, et qu'il en retire soigneusement tous les passages, où il avait le tort de flatter les passions de ces fous furieux et d'excuser leurs crimes en en rejetant la responsabilité sur l'intervention de la gendarmerie.
des charges ou chaudes exigées d'eux par journée de travail, et des discussions au sujet de la durée de cette journée.
Après quelques pourparlers, les difficultés parurent arrangées au moyen de concessions faites de part et d'autre, notamment d'une augmentation de salaire, et de la réadmission dans l'usine d'un ouvrier qu'on avait renvoyé peu de temps auparavant pour un fait de grève.
Aucun désordre n'avait été signalé jusque-là.
Le Réveil de Seraing, rendant compte de cette première journée d'hostilités au moment où l'on croyait la paix définitivement conclue, terminait son récit par les lignes suivantes :
(( Le jour de la grève, l'Internationale a reçu 250 adhésions ; elle les a acceptées à condition de s'abstenir de toute manifestation violente, d'exposer leurs griefs avec convenance et de ne rien demander que de juste. Ils l'ont promis unanimement, et ont tenu leur promesse; ce dont nous les félicitons. »
Nous allons voir tout à l'heure à quel point l'Internationale était, en effet, jalouse observatrice des convenances et surtout de la modération.
Les ouvriers avaient repris leur travail, a Durant quatre jours, dit V Internationale du 18 avril, le calme le plus parfait régna dans l'usine. C'est qu'on avait eu soin d'éloigner le chef de fabrication détesté. Les ouvriers se croyaient déjà débarrassés de sa tyrannie, lorsqu'on le vit reparaître avec le directeur, qui déclara que ceux qui n'étaient pas satisfaits de sa
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rentrée n'avaient qu'à aller ailleurs. Immédiatement tous les pouddleurs quittèrent leur ouvrage. Le directeur ne s'en effraya pas: car on n'avait pas perdu son temps pendant ces quatre jours de temporisation ; on avait fait venir du fer tout préparé, ce qui permettait de se passer des pouddleurs. La noble conduite des ouvriers déjoua cette manoeuvre jésuitique; les chauffeurs et les lamineurs déclarèrent qu'ils s'associaient au sort des pouddleurs, et la fabrique de fer de M. John Cockerill resta déserte. »
Dans ce récit, emprunté au journal offici 1 de la grande association, on devine assez aisément ce qui avait en réalité dû se passer.
L'Internationale voulait une grève des pouddleurs; elle n'avait pas réussi du premier coup, et les ouvriers s'étaient tout de suite entendus avec leur patron ; mais elle prenait sa revanche.
Le retour de ce chef de fabrication détesté ne dut être qu'un prétexte ; car dans le récit du Réveil de Seraing , écrit entre la première reprise du travail et sa nouvelle interruption, tous les griefs des ouvriers sont complaisamment énumérés et longuement commentés ; cependant il n'y est pas même fait allusion à des réclamations contre un chef quelconque.
Mais cette fois l'Internationale réussit trop complètement. Elle avait, selon toute probabilité, souhaité et fomenté une grève partielle; car il est de son intérêt d'avoir le moins de bouches possible à
nourrir. Une fois que les concessions demandées par les ouvriers en grève sont arrachées à leurs patrons, on les impose presque toujours sans lutte sérieuse à tous les autres chefs de la même industrie. Rien n'est plus naturellement indiqué que cette tactique ; et nous avons la preuve que c'est, en effet, le système habituellement préféré par les meneurs de l'association. « Je dois, écrit le 8 octobre 1869 Varlin à Aubry, à propos d'une coalition à Elbeuf, je dois vous conseiller d'éviter l'extension de la grève aux autres fabriques des environs d'Elbeuf. Si les i atrons ne forcent pas, que les ouvriers prennent patience et attendent, pour exiger le tarif, qu'il soit obtenu dans les maisons actuellement en grève (1). »
(1) Veut-on de nouvelles preuves du mal que fait à l'Internationale la simultanéité des grèves importantes? Qu'on lise les passages suivants de diverses lettres de Varlin à Aubry, citée par M. l'avocat impérial dans le troisième procès (audience du 22 juin 1810.)
« Pari?, le 4 novembre )869.
« Mon ciier Aubry,
« Je vous envois; ci-joint 800 francs, dont 300 francs comme deuxième prêt de îa société des bronzes et 500 francs de souscriptions. Mais je dois vous déclarer avec regret que, pour celle semaine, c'est tout ce que je puis vous envoyer; je dépasse même le chiffre des souscriptions reçues jusqu'à ce jour.
« Nous sommes en ce moment dans une situation excessivement difficile, par rapport à la grève des mégissiers, qui s'est généralisée depuis la semaine dernière et qui compte un millier de gréveurs. Les délégués des sociétés parisienne?, dans les assemblées générales des mégissiers, ont poussé à la grève générale et ont promis le concours matériel et moral de
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Los meneurs de la t;Tèvc de Soraing avaient voulu suivre ce système qui leur réussit d'ordinaire; mais les efforts qu'ils avaient faits pour amener la grève des pouddleurs avaient aussi mis en ébullition dau-
toules les sociétés. Nous sommes donc, toutes les sociétés parisiennes, engagées dans l'atTaire. Ce ne sont plus les ouvriers raégissiers qui luttent contre leurs patrons, mais bien toutes les sociétés ouvrières de Paris.
« Or, dans la situation financière où nous nous trouvons en ce moment, il nous faut faire un suprême effort ; aussi je ne me suis plus présenté nulle part depuis cette semaine pour obtenir des prêts, et je ne crois pas possible de me risquer la semaine procbaine à de nouvelles demandes. Quant à la souscription, on en ouvre une pour les mégissiers; la nôtre va donc se trouver arrêtée maintenant, après avoir été entravée, ?i son début, par celle en faveur des victimes d'Aubin. En présence de la gravité de celte situation, j'ai écrit à Bruxelles et h Berlin, mais Bruxelles ne répond pas; cependant ma lettre a dû parvenir il y a déjà huit jours. Se sont-ils adressés îi vous? Vous ne m'en dites rien.
« Pour ce qui est de Berlin, ce n'est que lundi dernier que j'ai écrit îi la fédération des sociétés ouvrières Lasalliennes de l'Allemagne. J'ai fait appuyer ma demande par la section des démocrates socialistes allemands de Paris; j'espère un bon résultat, mais ca ne peut être que pour la semaine prochaine. . .
« Signé : E. Varlin. »
• Paris, le 8 novembre 1869.
« Mon cher Aubry,
« Je tiens h vous écrire ces quelques mots, afin de voua faire savoir dans quelle situation nous nous trouvons ici, et vous prévenir à temps que vous ne pouvez pas compter sur Paris cette semaine, afin que vous puissiez faire un nouvel effort auprès des autres sections pour en faire surgir les ressources dont vous avez besoin,
« Je vous ai déj.\ parlé de la grève des mégissiers et de la situation difficile dans laquelle elle nous met. . .
trcs ouvriers, peu intelligents en fait de stratégie industrielle. (( Malheureusement, dit le journal officiel de l'association, les ouvriers, travaillant aux charbonnages Cockerill, se mirent également en grève,
« On avait pensé que la gr^ve ne pourrait pas durer plus de huit jours .\ cause de la quantité considérable de marchandises en fabrication (1 million environ), et qui doit être complètement perdue si elle reste en souffrance pendant quinze jours ou trois semaines au plus. On espérait que les patrons se rendraient si la première paye était faite intégralement, car les patrons pensaient que l'on ne trouverait pas la somme en quatre jours. Il fallait 8,000 francs; la première paye a été faite, mais les patrons ne se sont pas rendus : nouvelle assemblée générale des ouvriers mégissiers, nouvelles assurances de délégués ; puis, après l'assemblée, réunion des délégués pour aviser. Il fallait pour le dimanche, hier, 12,000 francs. Dans des temps ordinaires, cette somme se serait trouvée assez facilement, mais aujourd'hui les caisses sont épuisées. Cependant on l'a trouvée à peu près, et la paye hier a pu être faite» mais au prix de quels efforts!
« Aujourd'hui nous nous préparons pour la paye de dimanche prochain. Les sociétés déplacent leurs derniers fonds, vendent leurs dernières actions; la souscription dans les ateliers est lancée à toute outrance, et, pour faire argent de tout, nous allons faire une réunion publique cette semaine sur la question des grèves actuelles, car nous ne devons pas oublier que, outre les mégissiers, nous avons les brossiers pour peintres, en grève depuis six semaines ; les tisseurs en canevas depuis huit semaines; les doreurs sur bois depuis quinze jours, et... tous les fileurs de laine que Ton n'oublie pas absolument. Si quelques-unes de nos grèves se terminaient, nous pourrions encore vous aider; mais vous devez comprendre qu'eu ce moment tous nos efforts sont pour Paris,
« Déjà, plusieurs fois, on m'a demandé s'il n'était pas possible d'obtenir quelque chose de la province ou de l'étranger. Mais j'ai répondu que la province vous soutenait; quant à