‹ Histoire de l'InternationaleChapitre 34 sur 41 · i francs d'amende · texte numérisé non relu

i francs d'amende

Dit qu'ils seront tenus solidairement au payement des amendes ; et fixe pour chacun d'eux à quatre mois la durée de la conirainfe par corps s'il y a lieu deljexerccr pour le recouvrement de ces amendes; déclare dissoute l'Association générale des travailleurs, à Paris, et dans le département de la Seine, dans les sections et dans la fédération des sections parisiennes; dit que les dépens seront solidairement supportés par tous les condamnés et les liquide ;\ la somme de....

Brunet, président, chevalier de la Légion d'honneur. Carlet, juge.

Thiuquix, id.

Alauzet, id. chevalier de la Légion d'honneur.

AuLois , avocat impérial , chevalier de la Légion d'honneur.

LE PROGRAMME DE LA COMMUNE PROPOSÉ DÈS LE 12 SEPTEMBRE A LA FRANCE PAR h'Égalité.

Dans son numéro du 12 septembre 18'0, V Egalité (de Genève) consacrait à la révolution qui venait de

s'accomplir à Paris un long article dont nous croyons devoir citer un passage.

Le programme qu'on va lire, proposé à la République française au mois de septembre par un organe suisse de l'Internationale, est presque absolument identique à celui qu'adoptèrent six mois plus tard les hommes du 18 mars.

La forme fédérative est encore la seule qui soit en conformité et en harmonie avec les institutions qui doivent surgir de la révolution sociale, avec les institutions des fédérations libres agricoles, industrielles et professionnelles, unies par les liens des intérêts mutuels, moraux et matériels.

L'abolition des armées permanentes, l'abolition de la centralisation gouvernementale, l'abolition du salariat, l'établissement du système fédératif, la formation, sur une vaste échelle, des associations ouvrières pour l'exploitation des richessei du pays; la suppression de tous les privilèges et de tout parasitisme, la rentrée des capitaux et des instruments de travail, des fabriques, des mines, des chemins et du sol dans les mains des producteurs, l'abolition de tous les cultes d'État et le règne de la raison sur les débris des superstitions des calottins, le développement intégral de toutes les facultés intellectuelles et physiques de l'individu, telles sont les bases sommaires d'une République qui, alors, donnera le signal de l'avènement de pareilles répubhques-sœurs sur toute la surface du monde civilisé, et qui vaincra, non-seulement l'armée des Prussiens, mais toutes les armées ; qui sera acclamée, non-seulement parle peuple français, mais par tous les peuples, qui salueront en elle la mère de la liberté sociale et internationale.

La Guerre civile en France.

ADRESSE DU CONSEIL GÉNÉRAL DE L'aSSOCIATION INTERNATIONALE DES TRAVAILLEURS (1).

Ce manifeste, qui exprime rappréciatiou officielle dos représentants légaux de l'Internationale sur la révolution du 18 mars et sur la Commune, n'a pas encore été publié en France autrement que dans l'ombre et sous le manteau, entre les conspirateurs, leurs amis et les dupes qu'ils veulent recruter. Les journaux en ont à peine dit quelques mots et cité quelques lignes. Il nous a pai-u nécessaire de le faire connaître en entier aux honnêtes gens, sans en supprimer un seul détail, sans en effacer une seule des calomnies dont il essaie d'accabler les défenseurs de l'ordre, sans réfuter une seule des inventions absurdes destinées à exciter contre l'Assemblée nationale et le gouvernement établi par elle l'indignation de la multitude. La réfutation de ces faussetés est partout, et elles ne peuvent tromper personne, au

(1) The civil war in France. Address uf tlœ gênerai cnitiicil of Ihe international Workinij-nien's-Association. Brochure in-li' de 33 pages très-compactes, publiée à Londres, chez Edward Trlelovk, 256, HigU-Holhorn, c'est-à-dire au siège même de rinteraalioaale.

moins en France. Ce qui est nécessaire, c'est qu les honnêtes gens voient sans voile jusqu'à qu» point les scélérats qui ont incendié Paris oseï pousser encore aujourd'hui l'impudence et le ca nisme. Ce qui importe aussi, c'est que l'Internatic nale ne puisse pas un jour, comme les plus intell' gents de ses chefs essaient de le faire dès aujourd'hu' chercher à décliner la responsabilité de l'insurrectio. du 18 mars, des arrestations arbitraires, des pillage:' des assassinats et des incendies qui l'ont suivie.

Telles sont les considérations qui nous ont décic' à traduire tout au long et à donner en entier c; abominable factum.

A tous les Membres âe l Association, en Europe et aux États-Unis.

Le 4 septembre 1870, lorsque les travailleurs de Par proclamèrent la République, laquelle fut presque in; tantanémeut acclamée par toute la France, sans ^ moindre opposition, une cabale d'avocats avide d'en: plois, avec Thiers pour homme d'État et Trocliu pov général, prirent possession de l'Hôtel de ville. A ce m( ment ces hommes avaient une foi tellement fanatiqu dans la mission de Paris de représenter la France toutes les époques de crises historiques, qu'ils croyaiei légitimer leurs titres usurpés de gouverneurs de 1 France, en mettant en avant leurs mandats périme de représentants de Paris. Dans notre seconde adres? au sujet delà guerre, cinq jours après l'avènement d ces hommes au pouvoir, nous vous avons dit ce qu'i

laicnt. CeponrUint au iniliou ilc la confusion gi^'Héralo, jmmc les VL'ritablcs chefs (lead-rs) des ouvriers étaient )iijours enfermés dans les prisons bonapartistes, et que s Prussiens s'approchaient déjà de la capitale, Paris )16ra leur u:uirpation sous la condition expresse qu'ils occuperaient exclusivement de la défense nationale. Cependant, on ne pouvait défendre Paris sans armer i classe ouvrière, sans l'organiser en une force eficc- .Ive et sans la transformer par l'effet même de la uerrc en une véritable armée. Mais Paris en armes, c'eût la révolution en armes; la victoire de Paris sur l'aresseur prussien aurait été la victoire de l'ouvrier franlis sur le capitaliste français et ses parasites politiques, ans ce conllit entre le devoir national et l'intérêt d'une lasse, le gouvernement de la défense nationale n'hésita as un instant à se faire le gouvernement de la défection ationale.

Son premier acte fut d'envoyer Thiers à toutes les ours de l'Kurope, pour y mendier leur médiation en iîrant do troquer la république contre un roi. Quatre lois après le commencement du siège, quand ces meseurs crurent le moment opportun pour prononcer la remiôre fois le mot de capitulation, Trocliu, en présence e Jules Favre et d'autres de ses collègues, s'exprima insi devant les maires de Paris réunis : « La première question que me firent m(>s collègues, ^ soir du 4 septembre, fut celle-ci : « Paris peut-il rester avec quelque chance de succès, s'il est assiégé par armée prussienne? » Je n'hésitai pas à répondre égativement. Plusieurs de mes collègues ici présents euvent garantir l'exactitude de mes paroles et la . ersistance de mon opinion. Je leur déclarai que ce seait une folie que d'exposer Paris A être assiégé par l'arlée prussienne. Ce serait, ajoutai-je, une folie héroïque, t voilà tout... Les événemcnls (dirigés par lui-même) 'ont pas démenti mon opinion. » Ce joli petit discours

de Trochu fut plus tard publié par M. Corbon, un dos maires présents en cette occasion.

Ainsi, le soir même de la proclamation de la République, Trocbu fit savoir à ses collègues que son plan était la capitulation de Paris. Si la défense nationale avait été autre chose qu'un prétexte pour le gouvernement personnel de Tliiers, Favre et C'e , les parvenus du 4 septembre auraient abdiqué le 5 ; ils auraient fait connaître le plan de Trochu au peuple de Paris, en l'in- \itant à se rendre sur-le-champ ou à se charger luimême de ses propres destinées. Au lieu d'agir ainsi, ces infâmes imposteurs résolurent de guérir la folie héroïque de Paris par un régime de famine et de tètes cassées, et de le tromper en même temps par des manifestes extravagants où ils déclaraient que Trochu, «le gouverneur de Paris, ne capitulerait pas, » et que Jules Favre, ministre des affaires étrangères, « ne céderait ni un pouce de notre territoire ni une pierre de nos forteresses. » Dans une lettre adressée à Gambetta, ce même Jules Favre avoue qu'ils se défendaient « non pas contre les soldats prussiens, mais contre les ouvriers de Paris. » Pendant toute la durée du siège, les assassins bonapartistes, à qui Trochu avait sagement confié le commandement de l'armée de Paris, échangeaient, dans leur correspondance intime, des plaisanteries cyniques sur la prétendue défense. (Voyez par exemple, la correspondance d'Alphonse Simon Guiod , commandant en chef de l'artillerie de l'armée de défense de Paris, et grand'croix de la Légion d'honneur, avec Suzanne, général de division dartillerie ; correspondance qui a été insérée à.a.n?,\e Journal officiel de la Commune.) Le masque fut enfin jeté le 28 janvier 1871 . Avec le véritable héroïsme d'une abjection sans bornes, le gouvernement de la défense nationale s'est montré, dans sa capitulation, comme le gouvernement de la France par le? prisonniers de Bismark, rôle si vil, que Louis Bonaparte lui-même

avait, à Sedan, refnsfi do l'iiocoptcr. Après los û\énomciils du i8 mars, les capitulards, dans leur fuite désordonnée h Versailles, avaient laissé à Paris les preuves écrites de leur trahison, pour la destruction desquelles, comme dit la Commune dans son manifeste aux provinces, « ces hommes n'auraient pas hésité à faire de Paris un monceau de ruines arrosé par une mer de sang. »

n'ailleurs quelques-uns des principaux membres du gouvernement de la Défense nationale avaient des raisons particulières pour désirer ardemment de voir Paris finir ainsi.

Peu de jours après la conclusion do l'araiistice, M. Minière, un des représentants de Paris à l'Assemblée nationale, depuis fusillé par l'ordre exprès deJules Favrc, a publié une série de documents légaux, authentiques, pour prouver que Jules Favro, vivant en concubinage avec la femme d'un ivrogne qui réside à Alger, avait par une suite de faux audacieux, s'étendant à travei-s plusieurs années, trouvé le moyen de se saisir, au nom de ses enfant^ adultérins, d'une succession importante qui l'enrichit, et que, dans un procès intenté par les héritiers légitimes, il n'échappa à la honte que par la connivence des tribunaux bonapartistes. Comme ces documents ne pouvaient être réfutés par aucune rhétorique, quelque puissant qu'il fût, Jules Fa^re resta muet pour la première fois de sa vie, et attendit patiemment le commencement de la guerre civile, dont il profita pour dénoncer furieusement le peuple de Paris comme une bande de forçats échappés, en révolte ouverte contre la famille, la religion, l'ordre et la propriété. Ce m ne faussaire était à peine arrivé au pouvoir, après le 4 septembre, qu'il faisait relâcher Pic et Taillefer, condamnés, pour faux, même sous l'empire, dans la scandaleuse affaire de l'Étendard. Un de ces hommes, Taillefer, ayant ' osé retourner à Paris sous la Commune, a été aussitôt

i'éinsfallé dans sa cellule; et puis Jules Favre s'écriait à la îribune de l'Assemblée nationale, que Paris faisait relâcher iousles malfaiteurs renfermés dans les prisons.

Ernest Picard, le bouffon du gouvernement de la Défense nationale, qui se nomma ministre de l'intérieur de la République après avoir fait tous ses efforts pour obtenir le même poste sous l'empire, est frère d'un nommé Arthur Picard, qui a été chassé de la Bourse de Paris comme escroc (voir le rapport de la préfectuj^ de police du 13 juillet 1867) et convaincu, sur sa confëssion, d'un vol de 300,000 francs, pendant qu'il dirigeait une des succursales de la Société générale, rue Palestro, n° 5. (Voir le rapport de la préfecture de police du i 1 décembre 1868.) Ce même Arthur Picard fut choisi par Ernest Picard comme rédacteur de son journal, l'Électeur libre.

Pendant que le commun des agioteurs étaient trompés par les mensonges officiels du journal ministériel, Anthur était toujours en course entre le ministère de 1 mtérieur et la Bourse, pour y escompter les désastres de l'armée française. Toute la correspondance financière de ce digne couple tomba entre les mains de la Commune.

Jules Ferry, avocat sans le sou jusqu'au 4 septembre, parvint, comme maire de Paris pendant le siège, à faire fortune au moyen de la famine. Le jour où il aurait à rendre compte de ses concussions serait celui de sa condamnation.

Ces hommes ne pouvaient donc trouver leur salut que dans les ruines de Paris; ils étaient précisément les hommes dont Bismark avait besoin. A l'aide de quelques tours de passe-passe, Thiers, jusqu'à ce moment le secret conseiller du gouvernement, se montra comm. son chef, avec ces escrocs émérites pour ministres.

Thiers, ce gnome monstrueux, a charmé la bourgeoisie de France depuis près d'un demi-siècle, parce qu'il esl la plus parfaite expression intellectuelle de la corrup-

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ion (le la classe bourgeoise. Avant de devenir homme litat, il avait déjà fait preuve, comme historien, de son lient pour le mensonge. La chronique de sa vie publique st riiisloire de^; malheurs de l;i France. Lié avec les réublicains, avant IS30, Il monta insidieusement au pouuir sous Louis-IMiilippe, en trahissant son protecteur 1. Laffitte; il courtisa la faveur du roi en excitant des meules contre le clergé, pendant lesquelles l'église de aint-fiermain l'Auxerrois et le palais de l'archevêque iirent pillés ; et il se faisait ministre-espion et geôlierccouclieur dans l'aflaire de la duchesse de Berry. Le aassacre des républicains dans la rue Transnonain, et es lois infâmes contre la presse et contre le droit d'asociation, sont aussi de ses œuvres. Chef du cabinet, en nars1840, il étonna la France par son projet de fortifier 'aris. Aux républicains, qui dénonçaient ce plan comme jn complot contre les libertés de Paris, il répondit, à la iribune de la Chambre des députés :

« Comment ! imaginer que les fortifications pourraient .jamais être un danger pour la liberté ! D'abord, vous calomniez tout gou\ernement possible en supposant qu'il Mourrait un jour essayer de se maintenir en bombardant la capitale. .. Ce gouvernement serait cent fois plus impossible après le bombardement qu'avant.» En effet, aucun gouvernement n'aurait jamais osé bombarder Paris des forts, si ce n'est ce gouvernement qui avait préalablement livré les forts aux Prussiens.

Quand le roi Bomba bombardait Palerme en janvier 1848, Thiers, depuis longtemps éloigné du pouvoir, se leva dans la Chambre des députés et dit : « Vous savez, messieurs, ce qui se passe à Païenne. Vous tremblez tous d horreur (dans le sens parlementaire;, en apprenant qu'une grande ville a été bombardée pendant quarante-huit heures, et par qui? Etait-ce par un ennemi étranger qui exerçait les ;iroits de la guerre? Non, messieurs, c'était par son propre gouvernement. Et pour-

quoi? Parce que cette m.alheureuse \ille demandait ses droits. Eh bien, pour avoir demandé ses droits, elle a subi un bombardement de quarante-huit heures... Permettez moi d'en appeler à l'opinion de l'Europe. C'est rendre service au genre humain que de se lever et de faire retentir, de cette tribune, peut-être la plus grande de l'Europe, quelques paroles d'indignation contre de telles actions... Quand le régent Espartéro, qui avait rendu des services à son pays (ce que n'a jamais fait M. Thicrs), se proposait de bombarder Barcelone afin d'y supprimer l'insurrection, il s'éleva de toutes les parties du monde un grand cri d'indignation. »

Dix-huit mois plus tard, M. Thiers était un des plus violents défenseurs du bombardement de Rome par l'armée française. En effet, la faute du roi Bomba semble consister uniquement dans le fait que son bombardement n'a duré que quarante-huit heures.

Quelques jours avant la révolution de Février, las de se voir depuis longtemps exilé par Guizot du pouvoir et de ses profits matériels, et ayant le pressentiment de l'approche d'une commotion populaire, Thiers fit à la Chambre des députes dans le style pseudo-héroïque qui lui a valu le sobriquet de Mirubeau-moucke, la déclaration suivante : « Je suis du parti de la révolution, non-seulement en France, mais en Europe. Je veux que le gouvernement de la révolution reste entre les mains des hommes modérés... mais si ce gouvernem.ent de la révolution tombe entre les mains des exaltés, même de ceux que j'appelle radicaux, je n'abandonnerai pas ma cause pour cette raison. Je serai toujours du parti de la révolution. » La révolution de Février se fit. Au lieu de remplacer le cabinet Guizot par un cabinet Thiers, comme le petit homme l'avait espéré, elle chassa Louis-Philippe et déclara la République. Pendant les premiers jours après la victoire du peuple il se tint bien coi, oubliant que le mépris des ouvriers l'abritait c o tre leur haine.

APPENDICE. n.r.

Avt>c son courage légenrlairo il persista j\ ne pas se montrer sur lasct'ne politique jusqu'à ce que les massacres de Juin l'eussent prépan-e pour son genre d'action. Alors il devint le coryphée du Parti de l'ordre, et de sa république parlementaire, cet interrègne anonyme pendant lequel toutes les factions rivales de la classe dominante conspiraient ensemble pour écraser le peuple, et manœuvraient les unes coiitri' les autres, chacune pour restaurer sa monarchie iavorite. Alors, comme aujourd'hui, Thiers dénonçait les républicains comme le seul obstacle à la consolidation de la République ; alors comme aujourd'hui, il parlait à la République comme le bourreau parlait à Don Carlos : « Je vais t'assassiner, mais c'est pour ton propre bien! » alors, comme aujourd'hui, il aura à s'écrier le lendemain de la victoire : L'empire est fait. Malgré ses homélies hypocrites sur les libertés nécessaires et son animosité personnelle contre Louis Bonaparte, qui l'avait joué en chassant le parlementarisme (et le petit homme sent très-bien qu'en dehors de l'atmosphère factice de ce régime, il ne peut que se flétrir dans le néant), il trempait dans toutes les infamies du second empire depuis l'occupation de Rome par les troupes françaises jusqu'à la guerre contre la Prusse, à laquelle il poussa, par ses furieuses invectives contre l'unité allemande qu'il ne regardait pas comme le masque du despotisme prussien , mais comme un empiétement sur les droits de la France, intéressée à ce que l'AHemagne restât désunie. Aimant à brandir, avec ses bras de nain, à la face de l'Europe, l'épée du premier Napoléon, dont il s'est fait le décrotteur historique, sa politique extérieure a toujours abouti à l'humiliation de ia France depuis la convention signée à Londres en 1S41 jusqu'à la capitulation de Paris en 1871, et à la guerre îivile actuelle, dans laquelle il lance les prisonniers de jSedan et de Metz contre Paris avec la permission spé- (dûlc de Bismark. Malgré la versatilité de son talent et

l'inconstance de ses résolutions, cet homme a toujours été l'esclave de la routine la plus encroûtée. Il est clair comme le jour qu'il n'a jamais eu ancune connaissance de ce qui se passe sous la surface de la société moderne; et les changements les plus évidents qui ont eu lieu à la surface même sont on ne peut plus antipathiques à son cerveau dont toute la vitalité s'est retirée pour se concentrer dans sa langue.

Ainsi, il ne se lasse jamais de dénoncer comme un sacrilège toute déviation au \ieux système protecteur. Ministre de Louis-Philippe, il se moquait des chemins de fer comme de chimères fantastiques; et, même dans l'opposition, sous Louis Bonaparte, il flétrissait comme une profanation tout effort tenté pour réformer le système corrompu de l'armée française. Jamais, dans sa longue carrière politique, il n'a réalisé aucune mesure de quelque utilité pratique. Thiers a été conséquent seulement dans son avidité pour les richesses et dans sa haine contre ceux qui les produisent. Il entra au ministère sous Louis-Philippe aussi pauvre que Job, et il le quitta millionnaire. Pendant son dernier ministère sous ce roi (1" mars 1840), on l'accusait publiquement de spéculation à la Chambre des députés, et il ne trouva d'autre réponse que des larmes, qu'il sait répandre aussi copieusement que Jules Favre ou tout autre crocodile. A Bordeaux, sa première mesure pour sauver la France d une ruine financière imminente, fut de se faire donner trois millions par an.Voilà lalpha et l'oméga de la République économe, qu'il avait promise à ses électeurs de Paris en 1869. Un de ses anciens collègues à la Chambre des députés en 1830, lui-même capitaliste et, nonobstant cela, membre dévoué de la Commune de Paris, M. Beslav, s'est adressé dernièrement à M. Thiers, dans mi placard affiché à Paris, où il dit : « L'asservissement du travail par le capital a toujours été la pierre angulaire de votre politique, et dès le premier jour où vous

APPKNDICE. ^^"^

avez vu la Uépublique des travailleurs installée à lHùlel de NiUe, vous n'avez jamais cessé do cncr à la France : „ Ce '^ont des criminels! .. Passé maître dans les petites roueries politiqu.-s, virtuose dans le parjure et la trahison, adepte dans tous les stratag.Mii.'s mesquins, les ruses insidieuses et les basses perfidies de la guerre parlementaire ; n'hésitant jamais, comme membre de 1 opposition, à exciter une révolution et à la noyer dans le sang comme ministre; avec les préjugés de classe au heu d'idées, et la vanité au lieu de cœur, sa vie privée est aussi infôme que sa vie publique est odieuse. Même a présent, tout en jouant le rôle dun Sylla français, il ne peut s-empècher de rehausser l'abomination de ses actes par le ridicule de son ostentation.

Lu capitulation de Paris, qui livra à la Prusse nonseulement Paris mais toute la France, ferma la longue série de trahisons, que les usurpateurs du 4 septembre avaient, d'après Trochu lui-même, commencée des ce iour File fut aussi la cause de la guerre civile, qu Us devaient maintenant commencer, avec l'aide de la Prusse, contre la République et Paris. Le piège était dresse dans les termes mêmes de la capitulation. A ce moment, plus du tiers de la France était au pouvoir de 1 ennemi: la capitale ne pouvait plus communiquer avec les provinces, tous les moyens de transport étant désorganisés. Elire une véritable représentation de la France dans ces circonstan'-es, c'était chose impossible, à moins de donner beaucoup de temps pour se préparer au vote ; et la capitulation stipulait que l'Assemblée nationale serait élue dans les huit jours; la conséquence en était que la nouvelle de l'élection à faire n arriva dans bien des endroits que la veille même du jour fixé pour le scrutin. Cette Assemblée, cependant, d'après une clause de la capitulation ne devait s'occuper que de la question de paix ou de -uerre, et de la conclusion d'un traité de paix. La pop^ulation sentait bien que les termes de l'armi.lice

rendaient impossible la continuation de la guerre cl que, pour sanctionner la paix imposée par Bismark 'les plus mauvais des Français valaient autant que les meilleurs. Mais, non content de ces précautions, Tbiers même avant que le secret de l'armistice fût connu à Pans, partit pour faire un tour électoral dans les provinces, afin de ressusciter le parti légitimiste qui, avec les orléanistes, devait prendre la place des bonapartistes désormais impossibles. Il ne le craignait pas. Impossible comme gouvernement de la France moderne, et par-là méprisable comme rival, quel parti pouvait être plus utilement élu comme instrument de contre-révolution, que celui dont l'action, d'après Thiers lui-même (Chambre des députés, .5 janvier 1833) « avait toujours été limitée aux trois ressources de l'invasion étrangère de la guerre civile et de l'anarchie ? ,, Les légitimistes croyaient de bonne foi k l'avènement de leur millénaire SI longtemps attendu. L'étranger foulait le sol de la France; l'empire- était tombé; Bonaparte était prisonmer; et ils étaient eux-mêmes debout. La roue de l'histoire avait évidemment tourné en arrière pour s'arrêter a la Chambre introuvable de 1S16. Dans les Assemblées de la République (de 1848 à ISol), ils avaient été représentes par leurs champions littéraires et parlementairesc'était le commun du parti qui se présentait cette fois' — tous les Pourceaugnacs de la France.

Aussitôt que cette Assemblée de ruraux se fut réunie à Bordeaux, Thiers leur fît comprendre qu'il fallait consentir aux préliminaires de paix tout de suite, sans même leur faire l'honneur d'un débat parlementaire, parce que c'était à cette seule condition que la Prusse leur permettrait de commencer la guerre contre la Répubhque et contre Paris, qui en était la forteresse. En effet, la contre-révolution n'avait pas de temps à perdre. Le second empire avait plus que doublé la dette nationale, et avait chargé toutes les grandes villes de dettes

APPEXniCR. 339

énormes. I>a gnorro avait (crrihlcmonl augmonlé ces chargos, et atteint sans merci les ressources de la nation. Pour en compléter la ruine, le Slijiock prussien sn\ trouvait 1;\ avec sa demande pour la nourriture de cinq cent mille soldats sur le sol français, son indemnité de cinq milliards et ses intérêts à cinq pour cent, si les payements n'étaient pas faits à l'échéance. Qui devait payer la note ? C'était seulement par le renversement de la République, que les capitalistes pouvaient espérer faire supporter aux producteurs les frais d'une guerre que les accapareurs de richesses avaient entreprise. Ainsi, l'immense ruine de la France poussait ces patriotiques représentants de la terre et du capital, sous les yeux mOmes et sous la protection de l'envahisseur, à grefler sur une guerre étrangère une guerre ci\ile, — une rébellion de propriétaires d'esclaves.

A cet arrangement, il y avait un seul grand obstacle : — Paris. Désarmer Paris, c'était la première condition du succès. Paris fut donc sommé par Thiers de livrer ses armes. Mais Paris était exaspéré par les violentes démonstrations anti-républicaines de l'Assemblée rurale, par les équivoques de Thiers à propos de l'état légal de la République, par la menace de décapitaliser Paris ; par la nomination d'ambassadeurs orléanistes ; par les lois de Dufaure sur les échéances et les loyers, qui étaient ruineuses pour le commerce et l'industrie de Paris; par l'impôt, proposé par Pouycr-Quertier, de deux centimes sur chaque exemplaire de toute publication; par la condamnation à mort de Blanqui et de Floureus ; par la suppression des journaux républicains; par le transfert de l'Assemblée nationaU" à Versailles; par la nouvelle déclaration de l'état de siège; par la nomination de Vinoy, le décembriseur, comme gouverneur de Paris : de Yalentin, le gendarme impérial, comme préfet de police, et de d'Aurelles de Paladine, le général jésuite, comme commandant en chef de la garde nationale.

3i0 HISTOIRE DE L'INTERNATIONALE.

Maintenant, nous avons à adresser une question à M. Thiers et au\ hommes de la Défense nationale, ses satellites. On sait que, par l'entremise de M. Pouyer-Quertier, son ministre des finances, Thiers avait contractT' un emprunt de deux milliards, qui devait être versé de suite. Est-il vrai, oui ou non —

i" Que cette affaire avait été arrangée de manière que quelques centaines de millions seraient approprié:^ au bénéfice particulier de Thiers, Jules Favre, Ernest Picard, Pouyer-Quertier et Jules Simon? et

2" Que cet argent ne devait être payé qu'après la pacification de Paris ?

Dans tous les cas, il a dû y avoir quelque chose do bien urgent dans cette affaire, puisque Thiers et Juk- Favre, au nom de la majorité de l'Assemblée de Bordeaux, sollicitèrent sans vergogne l'occupation immédiate de Paris par l'armée prussienne. Cela, cependant, ne cadrait nullement avec les plans de Bismark, comme il l'annonça d'un air goguenard, après son retour en Allemagne, dans son discours adressé, en public, à ses admirateurs, les Philistins de Francfort.

Paris armé était le seul obstacle de quelque importance qui gCnât le complot contre-révolutionnaire. Il fallait donc désarmer Paris. Même sans les clabaudages furieux des ruraux, la décision prise par Thiers de livrer Paris à la merci du triumvirat de Vinoy, le cUrembriseur, de Yalentin, le gendarme bonapartiste, et de d'Aurelles de Paladine, le général jésuite, aurait suffi pour ne pas laisser l'ombre d'un doute. Mais tout en faisant voir de la manière la plus insolente le véritable motif du désar-

APPENDICE. 3il

infmiMit fh' Paris, les conspirateurs l'iiuili'reiit à mettre bas les armes sous un prétexte qui n'était que le plus audacieux mensonge. L'artillerie de la garde nationale de Paris, a dit Thiers, appartenait A l'Ktat, et il fallait la rendre à l'Ktal. Voici le fait : DC-s le jour de la capitulation, par laquelle les prisonniers de Hismark avaient signé la reddition de la Franco, en se réservant à euxmêmes une garde du corps nombreuse destinée à dompter Paris, Paris se tenait sur ses gardes. La garde nationale se réorganisait et donnait le contrôle suprême à un comité central élu par le corps tout entier, excepté quelques fragments des anciens bataillons formés sous Honaparle. La veille de l'entrée des l*ru3siens dans Paris, le Comité central iit transporter à Montmartre, Belleville et la Villelte, les canons et mitrailleuses traîtreusement abandonnés par les capilulards, dans les quartiers mêmes que les Prussiens devaient occuper. Cette artillerie avait été achetée par les souscriptions de la garde nationale; elle a\ ait été reconnue officiellement dans la capitulation du 28 janvier, être leur propriété particulière, et pour celte raison exemptée de la livraison générale au vainqueur, de toutes les armes appartenant au gouvernement. Et Thiers était tellement dépourvu de prétextes pour commencer la guerre contre Paris, qu'il eut recours à un mensonge insigne, en disant que l'artillerie de la garde nationale appartenait à l'Étal. La saisie de l'artillerie n'était évidemment que le pré lude au désarmement général de Paris, et par conséquent de la révolution du 4 septembre, Mais cette révolution était devenue l'état légal de la France. La République, son œuvre, avait été reconnue par le vainqueur dans les termes mêmes delà capitulation. Après la capitulation, elle fut reconnue par les puissances étrangères, et l'Assemblée nationale avait été convoquée en son nom. La révolution faite par les ouvriers de Paris le 4 septembre était le seul titre légal de l'Assemblée na-

tionale siégeant à Bordeaux, et de son pouvoir exécutif. Sans cette révolution, l'Assemblée nationale aurait eu à céder sa place au Corps législatif élu en 1869 par le suffrage universel des Français, non pas sous la protection des Prussiens, et dispersé par la force de'la révolution. Tliicrs et ses complices auraient eu à capituler pour obtenir des sauf-conduits' signés de' Louis Bonaparte , afin d'éviter un voyage à Cayenne, L'Assemblée nationale, pourvue du mandat d'arranger les conditions de paix avec la Prusse, n'était qu'un incident de cette révolution, dont le vrai représentant était toujours Paris armé, qui l'avait commencée, qui avait supporté un siège de cinq mois pour la conserver au milieu des horreurs de la famine, et cette résistance prolongée malgré les plans de Trochu, avait servi de base pour une guerre défensive obstinée dans les provinces. Et Paris devait maintenant, ou bien mettre bas les armes sur l'ordre insolent des propriétaires d'esclaves de Bordeaux, et reconnaître que sa révolution du 4 septembre n'avait fait que transférer le pouvoir de Louis Bonaparte à ses rivaux royaux; ou bien se présenter comme le champion dévoué de la France, dont le salut et la régénération n'étaient pas possibles sans le renversement révolutionnaire des conditions sociales et politiques qui ont engendré le second empire, et qui ont achevé de se décomposer sous sa protection. Paris, quoique épuisé par cinq • mois de famine, n'hésita pas un instant. Il résolut héroïquement de courir tous les hasards de la résistance contre les conspirateurs français, même sous les canons prussiens, qui le menaçaient de ses propres forts. Cependant, ayant en horreur la guerre civile, dans laquelle on cherchait à pousser Paris, le Comité central persistait dans son attitude purement défensive, malgré les provocations de l'Assemblée, les usurpations de l'exécutif et la menaçante concentration de troupes à Paris et dans les environs.

Thiers ouvrit la guerre civile en envoyant Vinoy, ù la télo d'une multitude de sergents de \ille et de quelques rétrimeiils de ligne, faire une expédition nocturne iiintre Montmartre, afin de saisir par surprise l'artillerie de la garde nationale. On sait comment l'entreiirise fut déjouée par la résistance de la garde nationale et la fraternisation des troupes de ligne avec le peuple. Aurelles de Paladine avait fait imprimer d'avance son bulletin de \ iitoire, et Thiers tenait toutes prêtes les affiches annonçant ses mesures de coup d'Etat. Il fallut les remplacer par les appels de Thiers, faisant connaître sa résolution magnanime de laisser les gardes nationaux en possession de leurs armes, avec lesquelles, dit-il , il avait la confiance qu'ils se rallieraient autour du gouvernement contre les rebelles. De 300,000 gardes nationaux, 300 seulement répondirent à l'appel du petit Tliiers, qui les engageait ;\ so rallier autour de lui contre eux-mêmes. La glorieuse révolution des travailleurs du 18 mars était désormais accomplie à Paris. Le Comité central était son gouvernement pro\isoire. L'Europe semblait pour un moment se demander si les récents exploits politiques ci militaires avaient quelque chose de réel, ou s'ils n'étaient pas les rèvcs d'un passé déjà éloigné.

Depuis le iS mars jusqu'à l'entrée des troupes de Versailles dans Paris, la révolution des prolétaires resta tellement exempte des actes de violence qui accompagnent ordinairement les révolutions et encore plus les contrerévolutions des classes supirieures , que ses adversaires n'eurent à lui reprocher que l'exécution des généraux Lccomte et Clément Thomas, et l'affaire de la place Vendôme.

Un des ofticiers bonapartistes engagés dans l'entreprise nocturne contre Montmartre, le général Lecomte, avait quatre fois ordonné aux soldats du 81' de ligne de tirer sur le peuple sans armes à la place Pigalle et les avait insultés grossièrement, sur leur refus. Au lieu de tirer sur

des femmes et des enfants, ses propres soldats le fusillèrent. Les habitudes invétérées des soldats formés par les ennemis des classes ouvrières ne peuvent naturellement pas se perdre à l'instant môme où ils changent de drapeau. Ce furent ces mêmes hommes qui fusillèrent Clément Thomas.

Le général Clément Thomas, ancien sergent-major mécontent, était, dans les dernières années de Louis- Philippe, entre au journal républicain le National, avec la double qualité de gérant responsable et de fier-à-bras duelliste de ce journal aggressif. Après la Révolution de Février, les hommes du 'National, devenus ministres, donnèrent de l'avancement à l'ancien sergent-major et le nommèrent général la veille de la boucherie de Juin, dont il fut, avec Jules Favre, un des sinistres machinateurs, et où il se montra l'un des bourreaux les plus lâches. Après cela, le général disparut pendant un temps assez long, pour reparaître le l"^' novembre 1870. La veille, le gouvernement de la défense, entouré à l'Hôtel de ville, avait promis solennellement à Blanqui , Flourens et autres représentants des travailleurs, d'abdiquer son pouvoir usurpé entre les mains d'une Commune qui devait être librement élue par la ville de Paris. Au lieu de tenir sa promesse, il lâcha sur Paris les Bretons de Trochu, qui, dans cette circonstance, remplacèrent les Corses de Bonaparte. Le général Tamisier seul, refusant de tacher son nom par la violation de sa parole, se démit du commandement en chef de la garde nationale, et Clément Thomas fut nommé à sa place. Pendant tout le temps qu'il occupa ce poste, il fît la guerre non pas contre les Prussiens, mais contre la garde nationale de Paris. Il empêcha son armement général, opposa les bataillons de bourgeois aux bataillons de travailleurs, cassa les officiers hostiles au plan de Trochu, et licencia {disbanded], sous le reproche de lâcheté, ces mêmes bataillons de prolétaires, dont l'héroïsme a étonné leurs ennemis les plus

acharnés. Clément Thomas s'enorgueillit il'avoir encore reconquis sa position comme ennemi personnel des ouvriers (le Paris. Quelques jours seulement avant le 18 mars, il soumettait au ministre de la guerre, Le Flô, un plan ;\ lui pour en Unir avec la l\nc tleur de la canaille de Paris. Le Comité central et les tra\ ailleurs de Paris n'étaient guère plus responsables de la mort de Clément Thomas que ne l'était la princesse de Galles de la mort des personnes écrasées lors de son entrée ;\ Londres.

Le massacre des citoyens sans armes à la place Vendôme est un myllu' dont .^1. Tliiers et les ruraux n'ont pas voulu parler i\ l'Assemblée, laissant à la valetaille du journalisme européen le soin de le propager. Les hommes d'ordre, les réactionnaires de Paris avaient été consternés par la victoire du 18 mars. Pour eux, c'était le signal do la justice populaire qui s'approchait. Les ombres des victimes assassinées par eux depuis les journées de Juin 18iS jusqu'au 22 janvier 1871 se présentaient à leurs regards. Leur frayeur fu! leur seule punition. Les sergents de ville mêmes, au lieu d'être désarmés et emprisonnés, comme on aurait dû le faire, virent s'ouvrir les portes de Paris pour faciliter leur fuite à Versailles. JNon-sculcment les hommes d'ordre ne furent point inquiétés, on leur permit même de se rallier et de saisir plus d'un poste important dans le centre de Paris. Cette indulgence du Comité central, cette magnanimité des travailleurs, si difl'érente des habitudes du « parti de l'ordre» furent regardées par celui-ci comme un signe de faiblesse. De là leur sotte entreprise d'essayer de faire, sous le masque d'une démonstration sans armes, ce que Vinoy n'avait pu accomplir avec ses canons et ses mitrailleuses. Le 22 mars, une réunion tumultueuse de fashionab!es partit des quartiers riches, tous les petits crevés dans leurs rangs et à leur tête les satellites notoires de l'empire, les Ueeckeren, les Coëtlogon, Henri de Pêne, etc. Sous le lâche prétexte d'une démonstration paciflque, celle cohue, por

tant les armes cachées du bravo, avançait en colonne, maltraitait et désarmait les patrouilles et les sentinelles isolées de la garde nationale quelle rencontrait, et en débouchant dans la rue de la Paix, aux cris de :« A bas le Comité central ! à bas les assassins ! Vive l'Assemblée nationale!» essayait de forcer le passage à travers la ligne des sentinelles pour surprendre le quartier général dans la place Vendôme. En réponse à leurs coups de pistolet, on fit les sommations d'usage, qui restèrent sans effet, et alors un général de la garde nationale commanda le feu. Une seule décharge mit en fuite tous ces petits-maîtres, qui s'étaient flattés que la vue seule de leurs belles toilettes produirait le même effet que les trompettes de Josué devant les murs de Jéricho. Les fugitifs laissèrent derrière eux deux gardes nationaux tués et neuf grièvement blessés (dont un membre du Comité central), et tout le théâtre de leur équipée était jonché de poignards, de revolvers, de cannes à épée, etc., comme preuves du caractère pacifique de leur démonstration sans armes. Lorsque, le 13 juin 1849, la garde nationale faisait une démonstration véritablement pacifique pour protester contre l'odieuse attaque des troupes françaises sur Rome, Changarnier, alors général du parti de l'ordre, fut acclamé par l'Assemblée nationale, et surtout par Thiers, comme le sauveur de la société, parce qu'il avait lancé ses troupes sur ces hommes sans armes, pour les fusiller, les tuer et les fouler aux pieds de leurs chevaux. L'état de siège fut aussitôt proclamé. Dufaure fit voter à la hâte de nouvelles lois répressives. 11 s'ensuivit de nouvelles arrestations, des proscriptions, enfin le règne de la terreur. Mais les basses classes se conduisent autrement. Le Comité central de 1871 dédaigna de s'occuper des liéros de cette démonstration pacifique, de sorte que, deux jours plus tard, ils purent se réunir sous les ordres de l'amiral Saisset , pour cette démonstration armée, terminée par la fuite à Versailles. Dans sa répugnance à continuer la

guerre civile commencée par l'allaque nocturne sur Montmartre, le Comité central commit une faute fatale eu négligeant de marcher sur Versailles, alors cntiùrenu'iil sans défense, et de mettre ainsi fin aux conspirations de Tliiers et des ruraux. Au lieu de cela, le parti de l'ordre eut encore la permission de montrer sa force ;i l'urne électorale le 26 mars, jour de l'élection de la ( lommune. Alors, dans les mairies de Paris, les partisans de l'ordre édiangeaicnt des paroles doucereuses avec leurs \ainqueurs trop généreux, se promettant en même temps de les exterminer quand l'occasion se présenterait. Maintenant, voyez le revers de la médaille : Thiers ouvrit sa seconde campagne contre Paris au commencement d'avril. La première fournée de prisonniers parisiens amenés à Versailles fut exposée aux atrocités les plus révoltantes; Eruest Picard, les mains dans les poches de son pantalon, se moquait d'eux en flânant, tandis que mesdames Thiers et Favre entourées de leurs dames d'honneur (1), applaudissaient de leur balcon les outrages de la populace de Versailles. Les soldats de la ligne faits prisonniers furent massacrés de sang-froid; notre brave ami, le général Duval, fondeur de fer, fut fusillé sans aucune forme de procès. Gallifet se vanta dans une proclamation d'avoir commandé le massacre d'une petite troupe de gardes nationaux avec un capitaine et un lieutenant, qui avaient été surpris par ses chasseurs. Vinoy, le fuyard, fut nommé par Thiers grandcroix de la Légion d'honneur, à cause de son ordre général de fusiller tout soldat de la ligne trouvé dans les rangs des fédérés. Desmarét, le gendarme, fut décoré pour aVoir haché en morceaux le magnanime et chevaleresque Flourens, qui avait sauvé les chefs du gouvernement de

(1) Le texte anglais contient cette étrange expression, suivie p'un point d'interrogation entre parcntlièse : in the midst of their ladics of Itonour ?)

la Défense nationale, le 31 octobre 1870. Les attrayants détails de son assassinat furent racontés triomphalement par Thiers à lAssemblée nationale. Avec la vanité exultante d'un Petit-Poucet parlementaire jouant le rôle d'un Tamerlan, il refusa aux rebelles tous les droits de la guerre civilisée, sans en excepter la neutralité des ambi$ances. Il n'y a rien de plus horrible que ce singe, libre pour un moment de donner carrière à ses instincts de tigre, comme Voltaire l'avait prévu (1).

Après le décret de la Commune, du 7 avril, qui ordonnait des représailles et déclarait que c'était un devoir «de protéger Paris contre les exploits de cannibales des brigands de Versailles et de demander œil pour œil, dent pour dent, » Thiers ne lit pas cesser le traitement barbare des prisonniers, qu'il insultait aussi dans ses bulletins : « Jamais des physionomies plus abjectes d'une démocratie dégradée n'ont rencontré les regards affligés des honnêtes gens, » — honnêtes comme Thiers lui-môme et les ministres ses comphces. Cependant ses prisonniers ne furent plus fusillés pour le moment. Mais, aussitôt que Thiers et ses généraux déccmbristes eurent appris que le décret de représailles rtstait lettre morte, que leurs gendarmes mêmes, pris dans Paris déguisés en gardes nationaux, et même des sergents de ville porteurs de bombes incendiaires, étaient épargnés, la fusillade des prisonniers recommença et fut continuée jusqu'à la fin. Des maisons où des gardes nationaux avaient trouve un abri, furent entourées de gendarmes, inondées de pétrole (premier emploi de cette substance dans cette guerre) et incendiées ; les cadavres carbonisés furent plus tard portés à l'ambulance de la Presse aux Ternes.

(1) Nothing more horrid than tltat 7nonkeij allowed for a timc to give full fling to lus tigerish instincts, as foreseen by Voltaire. Ici, comme en beaucoup d'autres endroits, il est plus facile de traduire le factura de l'Internationale que d'expliquer l'idée de ses auteurs.

Quatre gardes nationaux s'élaul rendus ù un détachement de chasseurs;! cheval à la Rellc-F^jine, le 23 avril, furent tous fusillés l'un après l'autre par le capitaine, un digne subordonné de Gallifet. Une de ces quatre victimes notnmé Schœfi'or parvint à se traîner jusqu'aux postes avancés des Parisiens, et témoigna de ce fait de- \ant une connnis-iun de la Commune. Quand Tolaiu interpella le ministre de la guerre sur le rapport de celle commission, les ruraux couvrirent sa voix de leurs cris et empêchèrent Le Flô de lui répondre. Ce serait insulter leur glorieuse armée que de parler de tels faits. Le ton goguenard des bulletins de Thiers qui annonçaient le massacre à coups de baïonnette des fédérés surpris au moulin Saquet, et les fusillades de Clamart, blessait la sensibilité du Times de Londres lui-même, journal qui ne se laisse pas émouvoir trop facilement. Mais il serait absurde à présent de vouloir raconter les atrocités par lesquelles débulèrenf les hombardenrs de Paris et les instigateurs d'une rébellion de propriétaires d'esclaves, protégés par l'enncHii envahisseur. Au milieu de toutes ces horreurs, Thiers, oubliant ses lamentations parlementaires au sujet de la responsabilité terrible qui pesait sur ses épaules de nain, se vante dans ses buUelins que lAjsemblée nationale siège paisiblement, et prouve passes joyeux carrousels, tantôt avec Icsgénéraux déc^'nibristes, tantôt avec des princes allemands, que sa digeslion n'est aucunement troublée, pas même par les ombres de Lecomte et Clément ïhomns.

ni

Le matin du 18 mars Paris s'éveilla au cri éclatant de : « Vive la Commune ! » (Ji'fst-ce que la Commune, ce sphinx si incompréhensible pour l'esprit bourgeois'.'

Les prolétaires de Paris, dit le Comité central dans son manifeste du 18 mars, au milieu des défaites et des trahisons des classes dominantes, ont compris que l'heure a sonné pour eux de sauver la situation en prenant dans leurs propres mains la direction des affaires publiques Us ont compris que c'est leur devoir impérieux et leur droit absolu de se rendre maîtres de leurs propres destinées en s'emparant du pouvoir gouvernemental. Mais la classe des travailleurs ne peut pas se saisir de la machine de l'État telle qu'elle est, et s'en serrir pour ses objets particuliers.

Le pouvoir centralisé de l'État avec tous ses organes, tels que l'armée permanente, la police, la bureaucratie, le clergé, la magistrature, organes façonnés d'après un plan systématique et hiérarchique de la di\ision du travail, est né dans les temps de la monarchie absolue, et il a servi à la classe moyenne comme une arme puissante dans ses luttes contre la féodaUté. Cependant, son développement était toujours entravé par toute espèce de fatras du moyen âge: les droits seigneuriaux, les privilèges locaux, les monopoles des municipalités et des corporations, et les constitutions provinciales. Le balai gigantesque de la Révolution française, au dix-huitième siècle, a balayé toutes ces reliques des anciens temps, en même temps qu'il a enlevé au sol social les dgrniers obstacles à la construction de l'édifice de l'État moderne élevé pendant le premier empire qui, lui-même, est le résultat des guerres de la vieille Europe féodale coalisée contre la France moderne. Sous les régimes suivants, le gouvernement, placé sous le contrôle parlementaire, — c'est-à-dire sous le contrôle direct des classes riches, — devint une pépinière d'énormes dettes nationales et d'impôts écrasants-; avec ses attractions irrésistibles de places, de salaires et de patronage, il dennt non-seulement la pomme de discorde entre les factions rivales ol les aventuriers des classes dominantes, mais sou carac-

lt>re politique changea simultanément avoc les changemonts économiques de la société. A mesure que le progrés de l'industrie moderne développait, élargissait et aggravait lantatronisme entre le capital et le travail, le pou\oirde TEtat prenait de plus en plus le caractère d'un pouvoir national du capital sur le travail, d'une force publique organisée pour rasscrvissemcnt social, d'un engin du despotisme d'une classe. Après chaque révolution marquant une phase progressive dans la lutte des classes, le caractère purement répressif du pouvoir central se présente plus en relief. La révolution de 1830, qui eut pour résultat de faire passer le pouvoir des mains des propriétaires fonciers à celles des capita listes, le fit passer des antagonistes les plus éloignés aux antagonistes les plus directs des travailleurs. Les républicains bourgeois qui, au nom de la révolution de février, se saisirent du pouvoir central, s'en servirent pour les massacres de Juin, afin de convaincre les classes duvriôrcs que la république sociale signifiait leur assujettissement social, et afin de convaincre la majorité royaliste des bourgeois et des propriétaires qu'ils pouvaient, en toute sûreté, laisser les soins et les avantages du gouvernement aux républicains bourgeois. Cependant, après leur exploit héro'ique de Juin, les républicains bourgeois durent céder les premières places et se placer aux derniers rangs du parti de /'orrfre, combinaison formée par la coalition de toutes les fractions et de toutes les factions des classes improductives dans un antagonisme déclaré contre les classes productives. La forme naturelle de leur gouvernement en commandite fut la république parlementaire, avec Louis Bonaparte comme président. C'était un régime, ouvertement avoué, de terrorisme et d'insulte d'une classe privilégiée envers la «vile multitude.» Si la république parlementaire, comme ditjhiers, était ce qui les divisait le moins, elle ouvrit un abîme entre cette classe et la masse tout entière de la

société en dehors de leurs rangs clair-scmés. Les onlravos par lesquelles leurs propres divisions avaient, sous les régimes précédents, modéré le pouvoir central, furent anéanties parleur union; et, en vue du soulèvement menaçant du prolétariat, ils se servaient de ce pouvoir central , sans pitié et avec ostentation, comme du grand engin de guerre du capital contre le travail. Dans leur croisade contre les masses des travailleurs, il leur fallait non-seulement investir l'exécufif de pouvoirs de répression de plus en plus étendus, mais aussi, en même temps, enlever un à un, à l'Assemblée nationale, leur forteresse parlementaire, tous ses moyens de défense contre l'exécutif. L'exécutif, dans la personne de Louis Bonaparte, les chassa. Le produit naturel de la république du parti de l'ordre, ce fut le second empire.

L'empire, avec le coup d'État pour acte de naissance, le suffrage universel pour sanction et le sabre pour sceptre, prétendait s'appuyer sur les paysans, la grande classe de producteurs peu intéressée dans la lutte entre le capital et le travail. Il se proposait de sauver la classe des travailleurs en détruisant le parlementarisme et en affranchissant, en même temps, le pouvoir de la dépendance non déguisée que lui imposaient les classes riches. Il se proposait de sauver les classes riches en maintenant leur suprématie économique sur les classes productrices; et, enîin, il se proposait d'effectuer l'union de toutes les cjasses en faisant revivre la chimère de la gloire nationale. En effet, c'était la seule forme de gouvernement possible à un moment où la bourgeoisie avait perdu la faculté de gouverner la nation et où la classe des travailleurs ne l'avait pas encore acquise. Ce gouvernement fut acclamé partout comme le sauveur de la société. Sous son régne, la société bourgeoise, libre de tout souci politique, a atteint un développement dont elle-même ne s'était pas crue capable. Son industri.e et son commerce prirent des dimensions colossales ; l'es-

APPEXDICR. 353

crnqiicrio linanciiTc célébrait dos orgies cosmopolites; la mistVe des masses était compensée par la parade effrontée d'un luxe somptueux, faux et avilissant. I.e pouvoir central, tout eu ayant l'air de planer bien haut au-dessus de la société, était lui-même le plus grand scandale de cette société et le foyer de toutes ses corruptions. Sa propre pourriture, et la pourriture de la société qu'il avait sauvée, furent mises à nu par la baïonnette de la Prusse, impatiente elle-même de transférer le siège suprême de ce régime de i>aris à Herlin. L'impérialisme est en même temps la plus vile et la dernière forme de ce pouvoir central que la classe moyenne, à ses origines, avait commencé à fonder comme un moyen de s'émanciper de la féodalité et que la société bourgeoise, dans sa maturité, avait définitivement transformé en un moyen d'assurer l'asservistenieut du travail parle capital. Lanfilliése directe de l'empire, c'est la Commune. Le cri de République sociale dont la Révolution de Février fut saluée par le prolétariat de Paris, n'exprimait qu'une vague aspiration après une république qui devait remplacer non pas seulement la forme monarchique de la domination d'une classe, mais aussi cette domination elle-même.

Paris, le siège central du vieux pouvoir gouvernemental, et en même temps le foyer social des travailleurs français, avait pris les armes contre le projet de. Thiers et des ruraux de restaurer et de perpétifer le vieux pouvoir gouvernemental que leur avait légué l'empire. Si Paris pouvait résister, c'était seulement parce que, à la suite du siège, il s'était délivré de l'armée, et l'avait remplacée par la garde nationale, composée en majorité d'ouvriers. Il fallait transformer ce fait en institution. Le premier décret de la Commune supprima donc l'armée permanente, et la remplaça par le peuple armé.

La Commune fut composée de conseillers municipaux

2ft.

choisis par le suffrage universel dans tous les arrondissements de la ville, responsables et révocables à de courts intervalles. La majorité de ses membres étaient, naturellement, des ouvriers ou des représentants reconnus de la classe ouvrière. La Commune devait agir et non pas parler; elle avait en même temps le pouA'oir exécutif et le pouvoir législatif. La police, au lieu de continuer d être l'agent du gouvernement central, fut immédiatement dépouillée de ses attributs politiques, et devint l'agent responsable, et toujours révocable de la Commune. Le même principe était appliqué à tous les autres fonctionnaires de l'administration. Depuis les membres de la Commune jusqu'en bas, le service public devait être rémunéré par le salaire d'un ouvrier. Les droits acquis et les frais de représentation des grands dignitaires de l'État disparurent avec les dignitaires eux-mêmes. Les fonctions publiques cessaient d'être la propriété particulière des instruments du gouvernement central. Non-seulement l'administration municipale mais aussi toute la direction jusqu'alors exercée par l'État, furent remises aux mains de la Commune.

S'étant débarrassée de l'armée permanente et de la police, ces éléments de force physique du vieux gouvernement, la Commune résolut de briser la force spirituelle de répression, le pouvoir des prêtres, en supprimant les fabriques de toutes les églises aussi bien que leurs revenus. Les prêtres furent relégués dans la vie privée pour y vivre des aumônes des fidèles comme leurs prédécesseurs, les apôtres. Tous les établissements d'instruction furent ouverts au peuple gratuitement, et en môme temps délivrés de toute intervention de l'Église ou de l'État. Ainsi, l'instruction de^1nt accessible à tous, et la science elle-même fut débarrassée des entraves que les préjugés de classes et la force du gouvernement lui avait imposées.

Les mapisfrafs devaient c^fro cl(''ponillés de cette fausse indé;iendance qui ne servait (ju';\ masquer leur \ile complaisauee envers tous les gouvernements qui se succédnient, et auxquels, tour à tour, ils avaient prOté des serments de tidélité successivement violés. Comme les autres serviteurs du public, les magistrats et les juges devaient être électifs, responsables et révocables.

La (lommune de Paris devait, naturellement, servir de modèle A tous les grands centres industriels de la France. Le régime communal une fois établi à Paris et dans les centres secondaires, le vieux gouvernement centralisé aurait, dans les provinces, à céder la place au nouveau gouvernement dos producteurs. Dans une esquisse d'organisation nationale que la Conimune n'eut pas le temps de développer, il est déclaré que la Commune devait être la forme politique de tous les villages, même les plus petits, et que, dans les cantons ruraux, l'armée permanente dev;iit être remplacée par une milice nationale, avec un temps de service extrêmement court. Les communes, rurales de chaque arrondissement devaient administrer leurs aflaires communes au moyen d'une assemblée de délégués réunie au chef-lieu, et ces arrondissements devaient envoyer des délégués à la délégation natiorfale à Paris, chaque délégué étant révocable et tenu par le mandat impératif de ses électeurs. Les fonctions, en petit nombre, mais très-importantes qui resteraient encore pour un gouvernement central ne seraient pas supprimées, comme on l'a dit faussement, mais seraient remplies par des agents communaux, et en conséquence strictement responsables. L'unité de la nation ne devait pas être brisée; mais au contraire organisée d'après la constitution communale, et devenir une réalité par la destruction du pouvoir central qui prétendait être le corps même de cette unité et se croyait supérieur à la nation dont il n'était qu'une excroissance parasite. Pendant que les organes pure-

ment répressifs du vieux pouvoir gouvernemental devaient être supprimes, ses fonctions légitimes devaient être enlevées à une autorité qui se disait supérieure à la société elle-même, et rendues aux agents responsables de la société. Au lieu de décider une fois tous les trois ou six ans quel membre de la classe dominante devait représenter le peuple dans le po.rlement, le suffrage uni\erscl devait servir le peuple constitué en communes, comme le suffrage individuel sert tout industriel dans sa recherche d'ouvriers ou de contre-maîtres. Et l'on sait bien que les compagnies, comme les particuliers, trouvent le plus souvent le moyen de faire de bons choix, et s'ils se trompent, ils réparent bien vite leur erreur. D'un autre côté, rien ne pouvait être plus éloigné de l'esprit de la Commune que de remplacer le suffrage universel par la nomination hiérarchique.

11 arrive généralement que des créations historiques absolument nouvelles sont regardées par erreur comme les contre-parties d'autres formes de la vie sociale, avec lesquelles elles ont quelque ressemblfince. Ainsi, cette nouvelle Commune, qui détruit le pouvoir de l'État moderne, a été considérée comme une reproduction des communes du moyen âge, qui précédèrent rétablissement du pouvoir central, et qui plus tard en formèreiA labase.I>a constitution communale a été regardée comme un effort pour morceler en une fédération de petits États tels que les rêvaient Montesquieu et lesGirondins, l'unité des grandes nations, qui a bien été produite jadis par la force politique, mais qui est devenue aujourd'hui un puissant coefficient de la production sociale. L'antagonisme de la Commune contre l'État a été regardé à. tort comme une forme exî^érée de l'ancienne lutte contre la centralisation excessive. Des circonstances historiques particulières peuvent avoir empêché, comme on France, le développement classique de la forme bouigeoise de gouvernement, et avoir permis, comme en Angleterre,

(le complôlor los grands organes do l'Ktat pardes assemblées de paroisse (veytries) corromimcs, des conseillers eonciissioiinaires, de l'éroces g;irdiens de la loi des pauvres dans les villes et dans les provinees, pardes magisfiats à peu prC's liéréditaires. La Constitution communale aurait rendu au corps social toutes les forces absorbées par l'Ktat parasite qui entrave la liberté des mouvements de la société. Par ce seul fait, elle aurait commencé la régénération de la France. Les classes moyennes des provinces, en France, regardaient la Commune comme destinée à rétablir la domination qu'avait leur ordre sous Louis-Philippe, laquelle domination fut remplacée, sous Louis-Napoléon, par la prétendue domination de la campagne sur les villes. En réalité, la constitution communale plaçait les producteurs ruraux sous la direction intellectuelle des villes de leurs districts, où elle leur assurait, dans les ouvriers, des gardiens naturels de leurs intérêts. L'existence même de la Commune impliquait naturellement la liberté municipale locale, mais ce n'était plus comme contrôle du pouvoir central, désormais supprimé. Il ne pouvait entrer que dans la tète d'un Bismark, qui, dans l'intervalle de ses intrigues de sang et de fer, en revient toujours à son ancien métier de rédacteur du Klaideradatvh (le Charivari de Berlin), d'attribuer à la Commune de Paris le dessein de singer la vieille organisation du Paris de 1791, la Constitution municipale de Prusse, qui avilit les administrations locales, en en faisant de simples rouages de la police de l'État. La Commune a réalisé le gouvernement à bon-raarcbé, ce grand but de toutes les révolutions bourgeoises, en abolissant l'e^^mée permanente et les fonctionnaires de l'État. Son existence même présupposait la non-existence de la monarcbie, laquelle, en Europe au moins, est le fardeau inévitable et le masque indispensable de la domination d'une classe. Elle fournissait à la Hépublifiue la base d'institutions vraiment

démocratiques. Mais, ni le gouvernement à bon marché, ni \a.vraie Réptiblique ne furent son but final : ils n'étaient que des accessoires.

La multiplicité des interprétations auxquelles la Commune a donné lieu, et la multiplicité des intérêts qui la regardaient avec faveur, ont prouvé que c'est une forme politique tout à fait expansive, tandis que les anciennes formes étaient essentiellement répressives. Voici son vrai secret : c'était par-dessus tout un gouvernement de la classe ouvrière; le résultat de la lutte entre les classes qui produisent et celles qui s'approprient le produit des autres; la forme politique enfin trouvée sous laquelle il était possible de réaliser l'émancipation du travail.

Sans cette dernière condition, la Constitution communale serait une impossibilité et une illusion. Le règne politique du producteur ne peut coexister avec la prolongation de son esclavage social. La Commune donc devait servir de levier pour renverser les fondations économiques sur lesquelles repose l'existence des classes. Le travail une fois émancipé, tout homme devient travailleur, et le travail productif cesse d'être l'attribut d'une classe.

C'est un fait étrange. Malgré tout ce qu'on a dit et écrit depuis soixante ans sur l'émancipation du travail, les travailleurs ne peuvent pas aborder sérieusement ce sujet, sans lâcher la bonde aux bavardages des défenseurs de la société actuelle avec ses deux pôles : le capital et l'asservissement du salaire (le propriétaire foncier n'étant que le commanditaire du capitaliste), comme si la société capitaliste était toujours dans l'état le plus pur de l'innocence virginale, comme si les antagonismes qu'elle renferme ne s'étaient pas encore développés ; comme si ses fraudes n'avaient pas été condamnées, ni ses réalités abominables mises à nu. « La Commune, s'écrie-t-on, veut abolir la propriété, la base de toute civilisation ! )) Oui, messieurs, la Commune se proposait

d'abolir cette propriété de classe qui formait avec le travail du plus grand nombre la richesse du petit nombre, tille \isail à exproprier les expropriateurs. Elle voulait faire de la propriété individuelle une vérité, en transformant les moyens de production (la terre et le capital, qui servent aujourd'hui le plus puissamment h asservir et à exploiter le travail) en de simples instruments de travail libre et associé. .Mais c'est du communisme, du communisme impossible ! Quoi ? ces membres des classes dominantes qui possèdent assez d'intelligence pour voir l'impos^ibililé de perpétuer le système actuel, — et ils sont nombreux, — sont devenus des apôtres zélés de la production coopérative. Si la production coopérative ne doit pas rester une illusion; si elle doit remplacer le système capitaliste ; si des sociétés coopératives doivent régler la production nationale sur un plan commun, en la plaçant sous leur propre contrôle , et en mettant fin à l'anarchie constante et aux convulsions périodiques qui sont les conséquences inévitables do la production capitaliste, que serait ce, messieurs, si ce n'est le communisme, le communisme possible?

Les travailleurs n'espéraient pas des miracles de la Commune. Ils n'avaient pas d'utopies toutes prêtes à introduire par décret du peuple. Ils savaient bien qu'afin de réaliser leur propre émancipation, et en même temps la forme plus noble vers laquelle la société actuelle se dirige par ses propres forces économiques, ils auraient à traverser de longues luttes et toute une série de progrès historiques, qui transformeraient les circonstances et les hommes. Ils n'ont pas à réaliser un idéal, mais à dégager les éléments de la nouvelle société, dont la vieille société bourgeoise caduque elle-même est enceinte. Dans la conscience pleine et entière de leur mission historique, et avec la résolulion héroïque de l'accomplir, les travailleurs peuvent dédaigner de s'occuper des grossières invectives des gens de plume et de la orotectiou didacuque

de bienveillants bourgeois doctrinaires, répandant leurs sottes platitudes et leurs billevesées de sectaires, comme s'ils étaient les oracles infaillibles de la science.

Lorsque la Commune de Paris prit dans ses propres mains la direction de la révolution; lorsque de simples ouvriers osèrent, pour la première fois, empiéter sur le privilège gouvernemental de leurs « supérieurs naturels » ; lorsque, dans les circonstances les plus difficiles, ils accomplissaient leur œuvre modestement, consciencieusement et ellectivement, — et pour des salaires dont le plus élevé égalait à peine la cinquième partie de la somme qu'une grande autorité scientifique a fixée comme le minimum qu'on pût offrir au secrétaire d'un certain conseil pour la direction des écoles, à Londres, — le vieux monde se tordait de rage à la vue du drapeau rouge, le symbole de la république du travail, flottant sur l'Hôtel de ville.

Et, cependant, c'était la première révolution dans laquelle la classe des travailleurs ait été reconnue comme la seule classe capable d'initiative sociale, même par la grande "majorité des classes moyennes de Paris, — les boutiquiers, les commerçants, les négociants, — Jes grands capitalistes seuls exceptés. La Commune les avait sauvés par un sage accommodement de cette éternelle cause de différends parmi les classes moyennes, — les comptes de doit et avoir. La même portion de la classe moyenne, après avoir aidé à réprimer l'insurrection ouvrière de Juin 1848, avait été sacrifiée sans façons à ses créanciers par l'Assemblée constituante. Mais ce n'était pas là leur seul motif de se rallier à la classe des travailleurs. Ils croyaient qu'il n'y avait qu'une seule alternative : la Commune ou l'empire sous une forme quelconque. L'empire les avait ruinés économiquement par le gaspillement des .richesses publiques, par l'escroquerie financière qu'il avait favorisée, par l'aide qu'il avait donnée à la centralisation accélérée du capital, et par

r('\|troj)iiiiti(iii siinullaiié(! de leurs propres r.iuys. Il les avait supprimes politiqui-incMl el les avait scandalisés par sesoryies; il les avait insultés en livrant l'éducation de leurs enfants aux frères ignorantins; il avait froissé leur seiilinient nalionul comme Français en les précipitant dans une guerre qui avait donné, comme unique compensation de ses ravages, la disparition de l'empire. En eiïet, après l'exode de Paris de toute la bohème bonapartiste et capitaliste, le vrai parti de l'ordre de la classe moyenne se montra sous la forme de l'Union républicaine, s'enrùlant sous le drapeau de la Commune et le défendant contre les fausses interprélalions de Tbiers, La reconnaissance de ce grand corps de la classe moyenne peut-elle survivre aux épreuves sévères du présent? c'est là une question à laquelle le temps seul peut répondre.

La Commune avait parfaitement raison lorsqu'elle disait aux paysans que sa victoire était leur seule espérance. De tous les mensonges éclos à Versailles et publiés par tous les journaux de l'Europe, le plus insigne est l'assertion que les ruraux représentaient les paysans de France. Imaginez donc l'affection que le paysan français doit porter aux bommes à qui, après 181.^, il avait à payer un milliard d'indemnité ! Aux yeux d'un paysan français, l'exis'.ence même d'un grand propriétaire foncier parait un empiétement sur ses conquêtes de 178!i. Le bourgeois, en 1848, avait cbargé son lopin de terre de l'impôt additionnel des quarante-cinq centimes, mais il le faisait au nom de la révolution; tandis qu'à présent il avait fomenté la guerre civile contre la révolution, afin de transporter sur le dos du paysan la plus grande partie de la charge des cinq milliards à payer au Prussien. La Commune, au contraire, dans une de ses plus belles proclamations, avait déclaré que les vrais auteurs de la guerre en supporteraient seuls les frais. La Commune aurait délivre le pays:m de l'iinpôt du sang, lui

aurait donné un gouvernement à bon marché, aurait remplacé ses sangsues actuelles, le notaire, l'avocat, l'huissier, et autres vampires légaux, par des agents communaux salariés, élus par lui-môme et responsables devan lui. Elle l'aurait délivré de la tyrannie du garde champêtre, du gendarme et du préfet; elle aurait mis l'instruction par le maître d'école à la place de l'abrutissement par le prêtre. Or, le paysan français est surtout soigneux de son argent. Il aurait trouvé très-raisonnable que le salaire du prêtre fût fourni par les dons volontaires de ses paroissiens, au lieu d'être extorqué par le receveur des impôts. Tels étaient les grands avantages immédiats offerts aux paysans de France par le règne de la Commune et par ce règne seul. Il est donc tout à fait superflu de s'étendre ici sur les problèmes plus compliqués, mais capitaux, que la Commune avait la volonté et le pouvoir de résoudre en faveur du paysan, k savoir, l'accroissement constant de la dette hypothécaire, qui doit conduire à son éviction, à une époque rendue de plus en plus prochaine par le développement même de l'agriculture moderne et par la concurrence des agriculteurs capitalistes.

Le paysan français avait élu Louis Bonaparte comme président de la République, mais c'est le parti de l'ordre qui fit l'empire. Ce que le paysan français désire, il commençait à le montrer en 1849 et 1830, en opposant son maire au préfet du gouvernement, son maître d'école au prêtre du gouvernement et lui-même au gendarme du gouvernement. Toutes les lois adoptées en janvier et février 1850 étaient des mesures de répression contre le paysan. Le paysan était bonapartiste, parce que la grande Révolution, avec tous les avantages qu'il en tirait, était, pour lui, incarnée dans la personne de Napoléon. Cette illusion, disparaissant rapidement sous le second empire (et par sa nature même hostile aux ruraux), ce préjugé du passé n'aurait pas pu résister à l'appel de la Com-

muno,aii\ iiilérOls maiiilcslos cl aux besoins urgents des paysans.

Los ruraux (et telle était, en efTet, leur plus vive crainte) savaient que trois mois de libre communication entre Paris communal et les provinces auraient amené un souU'>\emont général des paysans; de 1;\, leur grand désir d'établir, autour de Paris, un blocus de police, pour empêcher la propagation de la peste communale.

Si la Commune était ainsi le vrai représentant de tous les éléments sains de la société française, et, par conséquent, le gouvernement vraiment national, elle était, en même temps, comme gouvernement des travailleurs, comme champion de l'émancipation du travail, énergiquemcnt internationale. En vue de l'armée prussienne, qui avait annexé à l'Allemagne deux provinces françaises, la Commune a\ait annexé ;\ la France les ouvriers de tous les pays du monde.

Le second em.pire était le jubilé de la rouerie cosmopolite; les hommes tarés de tous les pays arrivaient en foule pour prendre part à ses orgies et au pillage du peuple français. Aujourd'hui encore, Ganesco, le méprisable Valaque, est la main droite de Thiers, et sa gauche est Markowski, l'espion russe. Lu Commune a admis tous les étrangers à 1 honneur de mourir pour une cause immortelle. Entre la guerre avec l'étranger, perdue par sa trahison, et la guerre civile fomentée par sa conspiration avec l'envahisseur étranger, la bourgeoisie avait trouvé le loisir de prouver son patriotisme en organisant les chasses policières contre les Allemands en France^ La Commune a choisi un ouvrier allemand pour son ministre du travail. Thiers, la bourgeoisie et le second empire avaient toujours trompé la Pologne par de grandes professions de sympathies pendant qu'on la livrait à la Russie. La Commune a honoré les tils héroïques de la Pologne en les plaçant à la tête des défenseurs de Paris. Et pour marquer encore plus distinctement

la nouvelle ère de l'histoire qu'elle voulait inaugurer, sous les yeux des Prussiens vainqueurs, d'un côté, et de l'armée bonapartiste, conduite par des généraux bonapartistes, de l'autre côté, la Commune fit jeter en bas ce symbole colossal de la gloire militaire, la colonne de la place Vendôme.

La grande mesure sociale de la Commune était sa propre existence. Les mesures spéciales ne pouvaient que marquer les tendances d'un gouvernement du peuple par le peuple. Telles furent l'abolition du travail de nuit des garçons boulangers; la défense, sous peine d'amende, aux patrons, de réduire les gages de leurs ouvriers en leur faisant payer des amendes sous divers prétextes, procédé par lequel le patron se fait à la fois législateur, juge et exécuteur, et empoche l'argent par-dessus le marché. Une autre mesure du même genre fut le décret qui livrait aux associations ouvrières, sous réserve d'indemnité, tous les ateliers ou fabriques qui étaient fermés, soit que leurs propriétaires se fussent enfuis, soit qu'ils ne voulussent pas faire travailler.

Les mesures financières de la Commune, remarquables par leur sagesse et leur modération, ne pouvaient être que celles qui convenaient à la position d'une ville assiégée. Considérant les vols énormes commis sur la ville de Paris par les grandes compagnies financières et les entrepreneurs, sous la protection dHaussmann , la Commune aurait eu bien plus de droit de confisquer] leurs propriétés que Louis-Napoléon de confisquer les biens de la famille d'Orléans. Les Hohenzollern et lesj oligarques anglais qui doivent une si grande partie dt leurs biens au pillage de l'Église, étaient, bien entenduj très-surpris de voir que la Commune ne retirât que 8,00(] francs de la sécularisation.

Pendant que le gouvernement de Versailles, aussitôt qu'il eut repris un peu de courage et de force, employait les moyens les plus violents contre la Commune;

pondant qu'il réprimait la libre cxprossioii dos opinions par toiito la l'ianoo, au jioinl de déreiulre la réunion dos délégués des grandes villes; pendant qu'il soumettait Versailles ot le reste de la France A un espionnage qui excédait de beaucoup celui du second empire ; pondant qu'il faisait brûler par ses gendarmes tous les journaux imprimés à Pari», et épluchait toute la correspondance entre Paris et les provinces ; pendant que, dans l'Assemblée nationale, tous les ed'orts pour dire un mot en faveur de Paris, étaient couverts par des clameurs inconnues, même ûaus ]a. Chambre introuvable de 18lC; avec la guerre sauvage de Versailles en dehors, et ses essais de corruption ot de complots en dedans de Paris, la Commune aurait manqué hmifeusement à ses devoirs, si elle avait observé les bienséances du libéralisme comme dans un temps de paix profonde. Si le gouvernement de la Commune avait ressemblé à celui de M. Thiers, il n'y aurait pas eu plus de motifs pour la suppression des journaux du parti de l'ordre à Paris qu'il n'y en avait pour la suppression des journaux communaux i\ Versailles.

11 était bien fâcheux pour les ruraux qu'au moment même où ils déclaraient que le retour à l'Eglise était le seul moyeu de salut pour la France, l'infidèle Commune eût découvert les mystères du couvent de Picpus et de l'église Saint-Laurent. Il y avait une satire sur M. Thiers, dans ce fait que, pendant qu'il donnait des grandes croix aux généraux bonapartistes pour reconnaître leurs talents à perdre des batailles, à signer des capitulations, et à faire des cigarettes à Wilhelmshoë, la Commune congédiait et faisait arrêter ses généraux, soupçonnés d'avoir négligé leurs devoirs. L'expulsion et l'arrestation par la Commune d'un de ses membres, qui s'y était glissé sous un nom d'emprunt, après avoir subj un emprisonnement de six jours A Lyon comme banqueroutier, était une véritable insulte lancée contre le faqs-

saire Jules Favre, à ce moment minisire des affaires étrangères de France, et continuant en cette qualité à vendre la France à Bismark et à dicter ses ordres au gouvernement modèle de la Belgique. Mais la Commune n'a jamais prétendu à l'infaillibilité, l'attribut invariable de tous les gouvernements de la vieille espèce. Elle rendait public tout ce qu'elle faisait ou disait, et ne cherchait pas à cacher ses défauts.

Dans toutes les révolutions, il se faufile, à côté de leurs véritables auteurs, des hommes d'une espèce différente, les uns, survivants et zélateurs des révolutions passées, ignorants du caractère du mouvement actuel, mais conservant une influence sur le peuple, par leur probité et leur courage bien connus , ou par la seule force de la tradition; les autres, simples braillards, qui, par la répétition continuelle des mêmes déclamations stéréotypées contre le gouvernement du jour, ont obtenu la réputation de révolutionnaires de première qualité. Après le IS mars, des hommes de cette espèce se sont montrés, et quelques-uns sont même parvenus à occu" per des postes importants. En tant qu'ils le pouvaient, ils ont entravé l'action de la classe des travailleurs, précisément comme leurs pareils l'ont fait dans toutes les révolutions. C'est un mal inévitable; avec le temps, on s'en débarrasse, mais le temps a manqué à la Commune. C'est une chose vraiment merveilleuse, que le changement produit à Paris par la Commune ! Pas la moindre trace du Paris courtisancsque du second empire! Paris ne fut plus le rendez-vous des propriétaires fonciers de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, des ex-propriétaires d'esclaves des États-Unis, des Russes, ex-propriétaires de serfs, et des boyards de la Valachie. Il n'y avait plus de cadavres à la Morgue, plus de vols, ni d'autres crimes ; en effet, pour la première fois depuis février 1848, les rues de Paris étaient sûres, et cela, sans aucune espèce de police. « .Nous n'entendons plus parler, » dit un mem-

APPF.NDICE. .JC?

bre de la r.ommunc, « ni d'assassinats, ni do vols, ni de voies de l'ail; on dirait que la police a entraîné avec elle à Versailles tous ses amis conservateurs. » Les cocottes (I) avaient sui\i leurs prolecteurs en fuite, les hommes de la religion, de la famille, et, surtout, de la propriété. A leur place, on voyait surgir les vraies femmes de Paris, — héroïques, nobles, dévouées, comme les femmes de lanliquilé. — Paris travaillant, pensant, combattant, saignaut, oubliant presque, dans son incubation de la nouvelle société, les cannibales à ses portes, et rayonnant dans l'enthousiasme de son initiative historique!

En face de ce nouveau monde ;\ Pari^!, regardez le vieux monde à Versailles, — celte Assemblée des goules de tous les régimes défunts: légitimistes et orléanistes, prêts à s'abattre sur la carcasse de la nation, — avec une queue de républicains antédiluviens, sanctionnant, par leur présence dans l'Assemblée, la rébellion des propriétaires d'esclaves, comptant, pour le maintien de leur république parlementaire, sur la vanité du saltimbanque sénile placé à sa tête, et parodiant i789 en tenant leurs hideuses réunions dans le Jeu de Paume. lia voilà, cette Assemblée, le représentant de tout ce qui est mort en France, maintenue vivante par les seules épées des généraux de Louis Bonaparte. Paris, toute vérité; Versailles, tout mensonge ; et ce mensonge débité par la bouche de Thiers.

Thiers a dit à une députation des maires de Seine-et- Oise: « Vous pouvez vous fier à ma parole, à laquelle je n'ai jamais manqué ! » Il dit à l'Assemblée elle-même qu' « elle était l'Assemblée la plus librement élue et la plus libérale qu'eût jamais eue la France; « il dit à sa soldatesque bigarrée qu'elle est l'admiration du monde, la plus belle année qu'ait jam.ais possédée la France; » aux provinces, il dit que le bombardement de Paris est

(1) En français dans le texte.

un mythe: « Si quelques boulets ont été lancés, ce n'est pas le fait de l'armée de Versailles, mais de quelques insurgés voulant faire croire qu'ils se battent, tandis qu'ils n'osent pas se montrer. » Il dit encore aux provinces que « l'artillerie de Versailles ne bombarde pas Paris, elle le canonnc seulement. » Il dit à Farchevôque de Paris que les prétendues exécutions et représailles, attribuées aux troupes de Versailles, n'ont jamais eu lieu. Il dit à Paris qu'il voulait seulement « le délivrer des tyrans hideux qui l'oppriment, » et que le Paris de la Commune n'est, en réalité, « qu'une poignée de criminels. »

Le Paris de M. Thiers n'était pas le vrai Paris de la « vile multitude, » mais un Paris fantôme, le Paris des francs -fileur s, le Paris des habitués des boulevards, hommes et femmes, — les riches, les capitalistes, le Paris doré et fainéant, en ce moment dispersé avec ses valets, ses grecs, sa bohème littéraire et ses cocottes, à Versailles, à Saint-Denis, à Rueil et à Saint-Germain; tous considérant la guerre civile comme une diversion agréable, regardant les combats avec des longues-vues, comptant les coups de canon et jurant, sur leur honneur et celui de leurs prostituées, que ce drame était beaucoup mieux joué que ceux de la Porte-Saint-Martin, car les hommes qui tombaient étaient véritablement tués ; les cris des blessés étaient des cris naturels ; et, d'ailleurs, fout était absolument historique.

Voilà le Paris de M. Thiers, comme l'émigration de Coblentz fut la France de M. de Galonné.

APPENDICK. 369

La premiùro tonlalive de la conspiration dos propriétaires d'esclaves pour soumettre Paris, eu le faisant occuper par les Prussiens, a été déjouée par le refus de Bismark. La seconde, celle du 18* mars, se termina par la déroute de l'armée et par la fuite du gouvernement qui se retira sur Versailles, aprùs avoir donné ordre à toute l'administration de l'y suivre. Par de feintes négociations de paix avec Paris, Thiers obtint le temps de préparer la guerre. .Mais où trouver son armée ? Les restes des régiments de ligne étaient peu nombreux et assez mal disposés. Son appel urgent aux provinces, qu'il priait de venir au secours de Versailles avec leurs gardes nationaux et leurs volontaires, n'eut aucun effet. La Bretagne seule envoya une poignée de chouans se battant sous un drapeau blanc, portant chacun sur la poitrine un cœur de Jésus en drap blanc, et criant: « Vive le Roi ! » Thiers fut donc forcé de réunir en toute hâte une bande bigarrée, composée de matelots, d'infanterie de marine, de zouaves pontificaux, de gendarmes de Valentin, de sergents de ville et de mouchards de Piétri. Cette armée, cependant, n'aurait servi de rien, sans est détachements de prisonniers de guerre impérialistes, que Bismark relâcha en nombre suffisant pour entretenir la guerre civile et tenir le gouvernement de Versailles dans la dépendance abjecte de la Prusse. Pendant la guerre même, la police de Versailles avait à surveiller l'armée de Versailles, pendant que les gendarmes l'encourageaient à se battre en s'exposant eux-mêmes à tous les postes périlleux. Les forts qui tombaient en leur pouvoir ne furent pas pris: ils furent achetés. L'héroïsme des fédérés convainquit Thiers que la résistance de Paris

ne pouvait être brisée ni par son génie stratégique, ni

par la force dont il disposait.

Cependant, ses relations avec les provinces devenaient de plus en plus difficiles. Pas une seule adresse d'approbation n'arrivait pour réjouir Thiers et ses ruraux. Au contraire, il venait de tous les cotés des députations et des adresses, rien moins que respectueuses, demandant la conciliation avec Paris sur la base d'une reconnaissance formelle de la République, l'octroi des libertés communales, et la dissolution de l'Assemblée nationale dont le mandat était expiré; ces adresses étaient si nombreuses que Dufaure, ministre de la justice, dans une circulaire du 23 avril, recommanda aux membres du parquet de traiter le cri de conciliation comme un crime. Voyant que sa campagne promettait si peu, Thiers changea de tactique, et ordonna partout le pays des élections municipales pour le 30 avril sur la base de la nouvelle loi électorale dictée par lui-même à l'Assemblée nationale. Tant par les intrigues de ses préfets que par l'intimidation de sa police, il espérait donner à l'Assemblée nationale, par le verdict des provinces, cette autorité morale qu'elle n'avait jamais possédée, et obtenir ainsi d'elle la force matérielle nécessaire pour subjuguer Paris.

Sa guerre de bandits contre Paris, vantée dans ses propres bulletins, et les efforts de ses ministres pour établir le règne de la terreur dans les provinces, devaient, toujours d'après ses plans, être accompagnés d'un sembtant de conciliation , qui avait plus d'un but. C'était pour tromper les provinces, pour entraîner la classe bourgeoise de Paris, et par-dessus tout pour donner aux républicains de l'Assemblée nationale l'occasion de cacher leur trahison à l'égard de Paris derrière leur confiance en Thiers. Le 21 mars, n'ayant pas d'armée, il avait fait à l'Assemblée la déclaration suivante : « Arrive que pourra, je n'enverrai pas d'armée à Paris. » Le27mars il dit : « J'ai trouvé la République un fait accompli, et

APPES'DICE. .171

je suis forniomiMil résolu à Wi niaitiloiiir. » Kn féalilô, il su|i|»riina la révolution à F.jou et à Marseillo au nom de la llépublique, peiulaut qu>! les cris de ses ruraux cou- \ raient toute nieution du mot de rrimbliquc à Versailles. Après ces exploits, ilcommeugaà parler du fait accompli eomuie d'un fait liypotliétique. Les princes d'Orléans quil avait prudemment éloignés de Bordeaux, avaient maintenant, en llagrante ^iolatio^ de la loi, la permission d'intriguer à Dreux. Les concessions offertes par Thiers dans ses entrevues avec les délégués de Paris et des provinces, quoique toujours variant de ton et de couleur, selon le temps et les circonstances, n'allaient jamais plus loin que de restreindre la vengeance en perspective « à la poignée de criminels impliqués dans l'assassinat de Lccorate et de Clément Thomas,» sous la condition bien entendue que Paris et la France devaient sans réserve accepter M. Thiers comme la meilleure de toutes les républiques possibles, comme il avait fait luimême avec Louis-Philippe en 1830. Mais il avait soin de rendre ces concessions douteuses par les explications données à l'Assemblée par ses ministres. Il avait son Dufaure prêt à agir. Dufaure, ce vieil avocat orléaniste, avait toujours été le justicier de l'état de siège : en 1839 sous Louis-Philippe, et en 1S49 sous la présidence do Louis Bonaparte, aussi bien que maintenant en 1S7I. Tandis qu'il n'était pas en place, il s'enrichissait en plaidant pour les capitalistes de Paris, et courtisait la popularité en plaidant contre les lois dont il était lui-même un des auteurs. 11 proposa à l'Assemblée et lit adopter à la hâte une série de lois répressives qui devaient, après la chute de Paris, extirper les dernières traces de la liberté républicaine en France ; il devançait la chute de Paris en abrégeant la procédure des conseils de guerre qu'il croyait trop lente, en'fabriquant un nouveau code draconien de déportation. La Révolution de I8i8, en abolissant la peine de mort pour crime politique, l'avait

remplacée par la déportation. Louis Bonaparte n'a pas osé, au moins en théorie, rétablir le régime de la guillotine. L'Assemblée rurale, n'ayant pas encore la hardiesse d'insinuer que les Parisiens n'étaient pas des rebelles, mais des assassins, devait donc renfermer la vengeance qu'elle rêvait contre Paris dans les limites du nouveau code de déportation rédigé par Dufaure. Au milieu de toutes ces circonstances, Thiers lui-même n'aurait pas pu continuer sa comédie de conciliation, si elle n'avait pas, comme il l'espérait, arraché des cris de rage aux ruraux, dont l'esprit ruminant ne comprenait ni la comédie, ni ses nécessités d'hypocrisie, de tergiversation et de temporisation.

En vue des élections municipales du 30 avril , Thiers donna le 27 avril une 'de ses grandes scènes de conciliation. Au milieu d'un déluge de rhétorique sentimentale, il s'écria à la tribune de l'Assemblée : « Il n'existe aucune conspiration contre la République , excepté celle de Paris, qui nous force à répandre du sang français. Je le déclare encore une fois. Que ces armes impies tombent des mains qui les tiennent, et le châtiment sera arrêté immédiatement par un acte de paix d'où ne sera exclu qu'un très-petit nombre de criminels, n Aux violentes interruptions des ruraux il répondit : « Messieurs, dites-moi, je vous prie, si j'ai tort? Regrettez-vous réellement que j'aie pu vous dire, en toute vérité, que les criminels ne sont qu'une poignée? N'est-ce pas chose heureuse qu'au milieu de nos calamités ceux qui sont capables de répandre le sang de Clément Thomas et du général Lecomte ne soient que de rares exceptions ? »

La France, cependant, faif-ait la sourde oreille aux paroles qui devaient, d'après les espérances de M, Thiers, produire l'effet du chant d'une sirène parlementaire. Sur cent mille conseillers municipaux élus par les trentecinq mille communes qui restent à la France, les légiti-

mistes, les orléanistes et les bonapartistes, prisensemble, ne ninntaieiil pas ;\ liiiif mille. Les élections supplénaentaires qui suivirent lurent eneore plus hostiles. .Vinsi, au lieu d'obtenir des provinces la force matérielle tant désirée, l'Assemblée nationale perdit son dernier vestige de force morale, en cessant de paraître l'expression du suffrage universel du pays. Pour achever sa déconfiture, les conseils municipaux nouvellement élus dans toutes les villes de France menaçaient ouvertement l'Assemblée usurpatrice de Versailles d'ouvrir une autre .VssembléeA Bordeaux.

Alors le moment de l'action décisive, si longtemps attendu par Bismark, était arrivé. Il somma péremptoirement Thiers d'envoyer à Francfort des plénipotentiaires pour la conclusion définitive de la paix. Kn toute obéissance i\ l'appel de son maître, Thiers s'empressa d'y envoyer son fidèle Jules Favre, appuyé de Pouyer Quertier. Ce Pouyer-Quertier, filateur de Rouen, fervent et même servile partisan du second empire, n'avait jamais rien trouvé à critiquer dans sa politique, excepté son traité de commerce avec l'Angleterre, qui lésait ses intérêts de boutique. A peine installé à Bordeaux comme ministre des finances sous Thiers, il dénonça ce traité inique, qui devait être bientôt abrogé, et eut même l'effronterie de vouloir (mais en vain, car il avait compté sans Bismark) relever immédiatement les vieux droits protecteurs contre l'Alsace, vu qu'aucun traité ne s'y opposait. Cet homme, qui regardait la contre-révolution comme un moyen de faire baisser les salaires à Rouen, et la cession de provinces françaises comme un moyen d'augmenter le prix de ses marchandises en France, n'était-il pas l'homme prédestiné au choix de Thiers, comme collègue de Jules Favre, dans le dernier acte de sa trahison ?

Dés que ce beau couple de plénipotentiaires arriva à

i Francfort, le matamore Rismnrk leur posa de suite celle

alternaiive : « Restauration de l'empire, ou acceptation sans ré!;erves de mes conditions de paix. » Ces conditions étaient une diminution des délais pour le payement de l'indemnité, et l'occupation des forts de Paris jusqu'à ce que Bismark fût content de l'état des affaires en France. La Prusse fut ainsi admise comme arbitre suprême dans la politique intérieure de la France! En retour, il offrit de relâcher, pour l'extermination de Paris, l'armée bonapartiste, et de lui prêter le concours des troupes de l'empereur Guillaume.

Comme gage de sa bonne foi, il consentit à ce que le premier versement de l'indemnité ne fût exigible qu'aprés la pacification de Paris. Un tel appât fut aussitôt avalé par Thiers et ses plénipotentiaires. On signa le traité de paix le 10 mai, et il fut ratifié par l'Assemblée de Versailles le 1 8 .

Dans l'intervalle entre la conclusion de la paix et l'arrivée des prisonniers bonapartistes, Thiers sentit la nécessité de reprendre sa comédie de conciliation, d'autant plus que ses instruments républicains avaient grand besoin d'un prétexte pour fermer les yeux sur les préparatifs faits en vue du carnage de Paris. Le S mai, il répondit à une députation de conciliateurs bourgeois, « que si les insurgés se décidaient à une réconciliation, les portes de Paris seraient ouvertes pendant huit jours à tous, excepté aux assassins des généraux Lccomte et Clément Thomas. »

Quelques jours plus tard, interpellé parles ruraux au sujet de ces promesses, il refusa de donner des explications, mais il ajouta d'un ton fort significatif. « Je vous dis qu'il y a parmi vous des impatients, des hommes qui sont trop pressés. Il faut attendre encore huit jours ; après cela il n'y aura plus de danger, et la tâche sera proportionnée à leur courage et à leurs capacités.» Aussitôt que Mac-Mahon fut à même de l'assurer que l'on pourrait bientôt entrer dans Paris, Tliiors déclara à

l'Asscmbli^e qn' « il ciilrtM-iiit 'lans l'aris la loi ù la maÎTij et demanderait une expiation complète aux scélérats qui avaient sacritié la vie des soldats et détruit les monumonls publics. » Quand ce moment décisif approcha, il dit i\ l'Assemblée : « Je serai sans pitié » (envers Paris, car Paris était vaincu) ; et il dit à ses bandits bonapartistes qu'ils avaient la permission officielle de se venger de Paris, tant que le cœur leur en dirait. Enfin, une fois les portes de Paris ouvertes, le 21 mai, au général Douai, par la trahison, Tliiers, le 22, révéla aux ruraux le but de sa comédie de conciliation, qu'ils n'avaient pas voulu comprendre : « Je vous ai dit, il y a quelques jours, que nous approchions du but. Je viens vous dire maintenant que le but est atteint. La victoire de l'ordre, de la justice et de la civilisation est gagnée. »

C'était vrai. La civilisation et la justice de l'ordre bourgeois se montrent dans leur lumière lugubre partout où les esclaves de cet ordre se soulèvent contre leurs maîtres. Alors cette civilisation et cette justice prennent l'apparence d'une sauvagerie féroce et d'une vengeance implacable. Chaque nouvelle crise dans la lutte, entre les classes des producteurs et des exploiteurs, montre ce fait avec plus d'évidence. Les atrocités mêmes des bourgeois de Juin lo48, s'éclipsent devant l'inénarrable infamie de 1871. L'héroïsme et le dévouement dont la population de Paris, hommes, femmes et enfants, firent preuve, en se battant pendant huit jours après l'entrée des Versaillais, répand autant de gloire sur leur cau*e que les actes des soldats montrent l'esprit inné de cette civilisation dont ils sont les soutiens mercenaires. Une civilisation glorieuse, en effet, que celle dont le plus grand problème est de trouver le moyen de se défaire des monceaux de cadavres qu'il a entassés pendant le combat!

Pour trouver quelque chose qu'on puisse comparer à la conduite de Thiers et de ses limiers, il faut remonter jusqu'aux temps de Sylla et des deux triumvirats de

Rome. Les mômes égorgements en masse commis de sang-fi'oid,le même acharnement au massacre, sans égard à l'âge, ni au sexe; le même système de torturer les prisonniers; les mêmes proscriptions, mais portant cette fois sur une classe tout entière; la même chasse sauvage des chefs cachés, de crainte qu'un seul ne s'échappe; les mômes dénonciations contre des ennemis particuliers et contre des adversaires politiques; la même indifférence à regarder regorgement de gens étrangers à la querelle. Il n'y a que cette différence, que les' Romains n'avaient pas de mitrailleuses pour tuer les proscrits en bloc ; et qu'ils n'avaient ni la loi à la main, ni le mot de civilisation à la bouche.

Après toutes ces horreurs, regardez l'autre aspect encore plus hideux de cette même civilisation, tel qu'il nous est décrit par ses propres journaux :

« Pendant que des coups de canon se font entendre encore dans le lointain, » dit un correspondant d'un journal tory de Londres, « et que des blessés agonisent sans soins au milieu des tombes du Père-Lachaise, pendant que six mille insurgés errent, dans l'agonie du désespoir, au milieu des labyrinthes des catacombes, et que d'autres fuient dans les rues pour être abattus par les mitrailleuses, il est révoltant de voir les cafés remplis de buveurs d'absinthe, de joueurs de billard et de dominos, •d'apercevoir les femmes de mauvaise vie qui se promènent sur les boulevards, et d'entendre les bruits d'orgie qui proviennent des cabinets particuliers des restaurants à la mode. » M. Edouard Hervé écrit, dans le Journal de Paris, journal versaillais supprimé par la Commune : « La manière dont la population de Paris a manifesté sa satisfaction hier était plus que frivole, et nous craignons que cela n'empire avec le temps. Paris a une apparence de fête qui est tout à fait déplacée, et, à moins que nous ne veuillons mériter le nom de Français de la décadence, il faudrait mettre un terme à cet état de choses. » Puis

il cito le passage de Tacite: » Ccpciulanl, le lendemain de relie aflVeuse lutte, niiMiie avant qu elle; ne lut tout à 'ait terminée, l{((nie, ;ivilie et conumpue, reeommeneait à se vautrer dans la luxure qui détruit le eorps et qui souille l'àme. » M. Hervé oublie seulement de dire que la population de Paris dont il parle n'est que celle du Paris de M. Tliiers, — les francs-fileurs revenant en foule de Versailles, de Saint-Denis, de Rueil et de Saint-Germain,— le Paris de la décadence.

Dans tous les triomphes sanglants sur les dévoués champions d'une société nouvelle et meilleure, cette inique civilisation, basée sur l'asservissement du travail, étouffe les cris de ses victimes sous les clameurs de la calomnie, répétées partout. La paisible Commune des travailleurs de Paris est changée tout à coup en un enfer par les limiers de !'« ordre. » Et qu'est-ce que ce changement terrible prouve dans l'esprit bourgeois de tous les pays? Eh bien, cela prouve que la Commune a conspiré contre la civilisation ! I.e peuple de Paris meurt avec enthousiasme pour la Commune, et le chiffre des victimes est plus élevé que dans toutes les batailles dont parle l'histoire. Qu'est-ce que cela prouve? Tout simplement que la Commune n'était pas le gouvernement du peuple, mais l'usurpation d'une poignée de criminels. Les femmes de Paris donnent joyeusement leur vie sur les barricades et sur le lieu du supplice, (jn est-ce que cela prouve? Simplement que le démon de la Commune les a changées en mégères et en Hécates! La modération de la Commune, pendant deux mois d'un pouvoir incontesté, n'est égalée que par l'héroïsme de sa défense. Qu'est-ce que cela prouve? Seulement que, pendant des mois entiers, la Commune a caché, sous le masque de la modération et de l'humanité, la férocité de ses instincts de démons, pour leur donner carrière à l'heure de son agonie.

Le Paris des travailleurs, en s'offrant lui-même en

holocauste, a enveloppé dans les flammes de son bûcher les édifices et les monuments. Lorsqu'ils déchirent le corps vivant du prolétariat, ses gouvernants ne doivent plus s'attendre à rentrer triomphalement dans leurs maisons intactes. Le gouvernement de Versailles crie à l'incendie ! et ce mot est répété par tous ses agents employés à la chasse des prétendus incendiaires de profession. La bourgeoisie du monde entier, qui avait regardé avec complaisance le massacre après la bataille, éprouve des convulsions d'horreur à la vue des briques et du plâtre profanés!

Quand les gouvernements donnent à leurs flottes l'ordre de « tuer, brider et détruire, » n'est-ce pas là autoriser l'incendie? Quand les soldats anglais mettaient le feu au Capitole, à Washington, et au palais d'été de l'empereur de Chine, n'étaient-ils pas des incendiaires? Quand les Prussiens, non pour des motifs militaires, mais tout simplement par vengeance, brûlaient, à l'aide du pétrole, des villes comme Châteaudun et des villages sans nombre, n'étaient-ils pas des incendiaires? Quand Thiers, pendant six semaines, bombardait Paris, sous le prétexte qu'il ne voulait mettre le feu qu'à des maisons où il se trouvait du monde, n'était-il pas un incendiaire? Dans la guerre, le feu n'est-il pas une arme aussi légitime qu'une autre? Les bâtiments occupés par l'ennemi sont bombardés pour les incendier. Si les défenseurs sont forcés de se retirer, ils y mettent le feu eux-mêmes pour empêcher les assaillants de s'en servir. Être brûlés a toujours été le sort inévitable des édifices voisins des champs de bataille. Mais, dans la guerre des esclaves contre leurs maîtres, la seule guerre qui puisse se justifier, cet usage ne doit pas être admis ! La Commune n'a employé le feu que comme moyen de défense. On s'en est servi pour fermer aux troupes de Versailles ces longues avenues ouvertes expressément pour l'usage de l'artillerie; on s'en est servi, pour couvrir sa retraite,

APPENDICE. :n9

(le la mt»me mani(>re quo les Vorsaillais, pour avancor, so servaient de leurs bombes, qui ont détruit au moins autant de maisons que les incendies de la (iommune. A présent même, on ne sait pas au juste quels édifices ont été incendiés par la dél'ense, et quels p;ir l'allaque. Et la défense n'eut recours au l'eu qu'après le (•()mmencement du massacre des prisonniers. D'ailleurs, la Commune avait, longtemps à l'avance, annoncé publi(inement que, si elle était poussée ;\ bout, elle s'ensevelirait sous les ruines de Paris, dont elle ferait un second Moscou, connue le gouvi'rnement de la Défense avait lui même (mais seulement pour tromper les Parisiens) promis de le faire. Pour cette lin, Trochu s'était pourvu de pétrole. La Commune savait bien que ses adversaires se souciaient peu de la Aie du peuple de Paris, mais qu'ils aHei-tiouMaient beaucoup les édifices de la\ille. i:t Tliiers, d'un autre côté, leur avait dit que sa vengeance serait implacable. Son armée ne fut pas plus tôt prèle d'un cAté et le piège fermé par les Prussiens, de l'autre, qu'il dit, dans une proclamation : « Je serai sans pitié! L'expiation sera complète et la justice sera rigoureuse ! » Si les actes des travailleurs de Paris sont du vandalisme, c'est le vandalisme de la défense réduite au désespoir, et non pas le vandalisme du triomphe, comme celui que les chrétiens ont pratiqué sur les inestimable-; trésors de l'art de l'antiquité; et ce vandalisme même a été justifié par l'historien comme un incident inévitable et, pour ainsi dire, insignifiant dans la lutte titanesque entre une nouvelle société naissante et une vieille société à l'agonie. C'était encore moins le vandalisme de Haussmaim, démolissant le Paris historique pour faire le Paris du touriste !

Mais l'exécution par la Commune des soixante-quatre otages, avec l'archevêque de Paris à leur tête! La bourgeoisie et son armée en juin 1848, ont rétabli l'usage (qui avait depuis longtemps disparu de la pratique de la

380 HISTOIRE DE L'INTERXATIO:i^ALE.

guerre) de tuer les prisonniers. Cet usage brutal a été depuis plus ou moins suivi par les gouvernements qui supprimaient des émeutes populaires en Europe et aux Indes, prouvant ainsi que c'est là un véritable u progrès de la civilisation. » D'un autre côté, les Prussiens en France avaient rétabli l'usage de prendre en otages des hommes innocents, dont la vie devait répondre des actions des autres. (Juand Tliicrs, comme nous l'avons vu, dès le commencement du conflit, mit en pratique l'usage humain de fusiller les prisonniers communaux, la Commune, pour protéger leur vie, fut obligée d'avoir recours à la pratique prussienne de prendre des otages. La vie des otages avait été exposée bien des fois par les fusillades de prisonniers exécutés par l'armée de Versailles. Comment pouvait on les épargner plus longtemps après le carnage par lequel les prétoriens de Mac-Mahon célébraient leur entrée dans Paris? Fallait-il négliger le seul moyen de mettre des bornes à la férocité sauvage des gouvernements bourgeois ? Le véritable assassin de l'arclievèque Darboy, c'est Thiers. La Commune avait à plusieurs reprises offert d'échanger l'archevêque et plusieurs prêtres par dessus le marché contre Blanqui seul, alors entre les mains de Thiers. Thiers refusa obstinément. Il savait que Blanqui donnerait une tête à. la Commune; tandis que l'archevêque servirait mieux ses desseins, quand ii ne serait plus qu'un cadavre. Thiers a suivi le précédent de Cavaignac. En juin 1848, Cavaignac et ses hommes d'ordre ont poussé des cris d'horreur en stigmatisant les insurgés comme les assassins de l'archevêque Affre , sachant bien en même temps que ^arche^êque avait été tué par les soldats de l'ordre ! M. Jacquemet, le vicaire général, qui y était, leur avait fourni des preuves positives de ce fait.

Tous les chœurs de la calomnie que le parti de l'ordre ne manque jamais, après ses orgies sanglantes, d'entonner contre ses victimes, ne font que prouver que le bour-

goois de nos jours se truil le succossour légitime du baron de jadis, qui regardait toute arme comme légitime dans sa main contre le roturier, taudis que dans les mains du roturier une arme quelconque constituait un crime.

I,a conspiration de la classe dominante pour réprimer larévolulion au moyen de laguerre civile conduite sousla protection de l'envahisseur étranger, conspiration que nous avons suivie depuis le 4 septembre jusqu'à l'entrée des prétoriens de Mac-Mabon par la porte de Saint-Cloud, a été couronnée par les massacres de Paris, lîismark se plaît à contempler les ruines de Paris, dans lesquelles il a peut-être vu le commencement de celte destruction générale des grandes villes qu'il désirait lorsqu'il n'était qu'un simple rural dans la chambre iîitrouvable de Prusse, en 1840. 11 contemple avec joie les cadavres des prolétaires de Paris. Pour lui, c'est non-seulement l'extermination de la révolution, mais aussi l'extinclion de la France, maintenant décapitée en réalité, et par le gouvernement français lui-même. Avec l'esprit superQciel de tous les hommes d ttat heureux, il ne voit que la surface de ce terrible é\éuement historique. Est-ce que l'histoire nous a jamais montré auparavant le spectacle d'un conquérant couronnant sa victoire en se faisant, non-seulement le gendarme, mais aussi le bravo à gages du gouvernement vaincu? Il n'existait pas de guerre entre la Prusse et la Commune de Paris. Au contraire la Commune a\ait accepté les préliminaires de paix et la Prusse avait annoncé sa neutrahté. La Prusse n'était donc pas belligérante. Elle a joué le rôle d'un bravo; d'un bravo lâche, puisqu'il n'y avait pas de danger; d'un bravo à gages, puisqu'il stipulait d'avance qu'on lui payerait 500 millions comme prix du sang à la chute de Paris. Ainsi, enfin, apparut le vrai caractère de celle guerre, arrangée par la Providence pour châtier la France impie et débauchée par la main de la pieuse et

morale Allemagne ! Et cette violation sans pareille du droit des gens, môme comme l'entendent les juristes du vieux monde, au lieu de pousser les gouvernements civilisés de l'Europe à déclarer hors la loi le gouvernement félon de la Prusse, simple instrument du cabinet de Saint-Pétersbourg, ne fait que les engager à examiner si les quelques victimes qui s'échappent à travers le double cordon qui entoure Paris, ne doivent pas être livrées au bourreau de Versailles !

Après la guerre la plus terrible des temps modernes, nous voyons l'armée des conquérants et celle des vaincus fraterniser pour le massacre en commun du prolétariat ; mais cet événement sans pareil marque non pas, comme le suppose Bismark, la défaite définitive d'une nouvelle société naissante, mais seulement la fin de la société bourgeoise qui tombe en poussière. Le plus grand effort dont la vieille société soit encore capable, c'est la guerre nationale; et maintenant on sait que celle-là n'est qu'une ruse des gouvernements, destinée à détourner la lutte des classes, et à être abandonnée aussitôt que la lutte des classes fait éclater la guerre civile. La domination d'une classe ne peut plus se déguiser sous un uniforme national : tous les gouvernements nationaux ne font qu'un en face du prolétariat!

Après la Pentecôte de 1871, il ne peut plus y avoir ni paix ni trêve entre les travailleurs de France et ceux qui s'approprient leurs produits. La main de fer d'une soldatesque mercenaire peut, pour un temps plus ou moins long, englober les deux classes dans une oppression commune, mais la lutte se renouvellera toujours sur une échelle de plus en plus grande, et il ne peut y avoir de doute sur le point de savoir à qui doit rester la victoire définitive, aux exploiteurs peu nombreux ou aux producteurs qui forment l'immense majorité. Encore la classe des travailleurs français ne forme-t-elle que l'avantgarde du prolétariat moderne.

AI'PEXDICE. 383

l't'Mflaul que les gouvernements de l'Europe inanilestonl ainsi, devanl,Paris, le caraclùre international de la dominalion d'une classe, ils décrient l'association internai ioiiale des travailleurs, cette con Ire-organisation iiileriialionale du travail contre la conspiraliijii cosmopolite du capital, — comme la source de tous ces désastres. Thiers l'a dénoncée comme le despote du travail dont il se prétendait lui-mOme le libérateur. Picard a ordonné que toute communication entre les internationaux fran(;ais et ceux de l'étranger fût coupée; le comte Jaubert, le complice momifié de Tbiers en 1835, dé'ilarc que le grand problème imposé à tous les gouvernements civilisés est de détruire l'Internationale. Les ruraux déblatèrent contre elle, et toute la presse européenne fait cliorus. In bonorable écrivain français, tout à fait étranger à notre association, a dit : « Les membres du Comité central de la garde nationale, aussi bien que la plus grande partie des membres de la Commune sont les esprits les plus actifs, les plus intelligents, les plus énergiques de l'association internationale, — desliommes parfaitement honnêtes, sincères, intelligents, dévoués, purs, et fanatiques dans la bonne acception de ce mot. » L'esprit bourgeois naturellement se figure l'association internationale comme agis.-ant à la manière d'une conspiration secrète, avec son Comité central ordonnant, de temps à autre, des explosions en différents pays. Notre association n'est, en réalité, que le lien international entre les travailleurs les plus avancés desdillércnis pays du monde. Partout où, n'importe sous quelle forme ou dans quelles conditions, la lutte des classes prend quelque consistance, il est trop naturel que les membres de notre association prennent les devants. Le sol d'où elle sort c'est la société moderne elle-même. On ne peut pas l'exterminer par le carnage. Pour l'extermi ner, les gouvernements auraient à détruire le despotisme du capital sur le travail, — lu condilion de leur existence parasite.

Le Paris des travailleurs, avec sa Commune, sera à tout jamais célèbre comme le précurseur d'une nouvelle société. Ses martyrs ont leur place dans le grand cœur de la classe ouvrière. Ses exterminateurs sont déjà cloués au pilori éternel de l'histoire, et toutes les prières de leurs prêtres ne pourront les en arracher.

Le Conseil général ;

M. T. BooN, Fréd. Bradxick, G. H. Blttery, Caihil, ^VILLIAM Hales, Koi.b, Fréd. Lessner, B. LuCRAFTj George MiLXER, Thomas Mottershead, Charles Murrav, George Odger , Pfakder, Ruhl, Sadleh , Cowei.l Stepney, William Townshend.

les Secrétaires correspondants :

El'gène Dcpont, pour la France; Karl Marx, pour l' Allemagne et la Hollande ; Fréd. Exgels, pour la Belgique et l'Espagne; Hermann Jung, pour la Suisse; P. Giovac- CHiNi, pour l'Italie; Zevy Maurice, pour la Hongrie; Antoixe Zabicki, pour la Pologne; James Cohex, pour le Danemark: F. G. Eccarius, pour les États-Unis.

Hermanx Jung , président ; Johx Weston, trésorier; George Harkis , sea^étaire financier ; John Hales , secrétaire général.

Bureau, 2o6, High Holborn, Londres, W. C,

30 mai 1871.

(Imprimé et publié pour le Conseil, par Edward Truelox i,

256, High Holborn.)

APPENDICK. 385

ADRESSE DU COMITÉ PARISIEN DE l'iNTERNATIONALE AFRKS Ï.A. CHUTE DE LA COMMUNE.

Paris-Journal a publié dans son numéro du 17 juin 1871 le document suivant, qui aurait été, à ce qu'il affirme, adopté par le comité de l'Internationale dans une grande réunion tenue peu de jours auparavant. Nous recueillons cette proclamation, sans pouvoir en garantir l'authenticité :

Travailleurs,

l'ne lutte sans précédent dans Ihistoirc du monde vient de s'engager. On dit que nous sommes battus. Si notre devoir n'était pas de marcher en avant et toujours en avant, nous vous dirions : La réaction a raison.

Mais notre devoir nous force à vous dire : Laissez la réaction chanter victoire, et agissez. On vous a désarmés, vous a-t-on réellement vaincus ?

A Paris vous êtes encore cent mille.

Quand on est cent mille on ne se relire pas volontairement de la lutte. La loi française vous donne, à vous travailleurs, la puissance politique. La laisserez-vous échapper encore une fois?

Non, ce n'est pas possible.

Vous n'avez plus ni clubs, ni réunions, ni organes; ralliez-vous, vous qui voulez le droit à la vie, autour de l'A'ssociation internationale des travailleurs. Seule, elle

peut vous conduire à l'émancipatiou et vous arracher au joug du capital et des prêtres.

L'Association internationale des travailleurs est en ce moment la grande coupable. Tous les capitulards, toutes les incapacités de la capitale l'accusent des malheurs de la France, de l'incendie de Paris.

Les malheurs de la France, nous les rejetons sur les Trochu, Jules Favre et autres.

L'incendie de Paris ! nous en acceptons la responsabilité.

La vieille société doit périr. Elle périra.

Un effort gigantesque l'a déjà ébranlée; un dernier effort doit la jeter à bas.

Travailleurs,

Pas de disputes intestines, pas de divisions. Aux urnes ! aux urnes !

Nous sommes le nombre et le droit, donc nous sommes la force.

La réaction a pris nos armes, elle n'a pas pris nos bulletins de vote.

En avant I en avant !

Vive la République sociale!

Vive la Commune !

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