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CHAPITRE II

Tentatives praticxues de réformes sociales. Les Associations ouvrières.

LES ASPÛCIATIONS OUVRIÈRES DE 1830 A 18'i8.

S^i l'association ouvrière telle que nous Tavons vu organiser à trois reprises différentes depuis quarante ans est une tentative assez neuve, plus encore du reste dans le but qu'elle se proposait que dans les seuls résultats pratiques qu'elle ait pu atteindre, il ne faut pas s'imaginer que les ouvriers aient attendu jusqu'au 24 février 18i8 ou seulement jusqu'au 21) juillet 1830, pour s'aviser qu'il leur serait avantageux d'unir leurs efforts afin de tirer un meilleur parti de leur travail, et de se prêter en toutes cir-

constances une aide mutuelle. Un savant et intelligent historien des associations ouvrières, M. Eugène Véron, rappelle que Rome avait jadis ses collegia opiftcum^ que l'Allemagne et l'ancienne France eurent plus tard leurs gildes. M. Corbon nous apprend de son côte que le souvenir des corporations détruites par la révolution française est cher aux classes ouvrières qui les regrettent encore. .

«Dès 1791, dit-il, ce regret s'exprimait sous forme d'une coalition générale de tous les corps de métier. Les masses laborieuses voyaient déjà les inconvénients du laisscr-faire, tandis que la classe des entrepreneurs profitait des bienfaits du nouveau système. Le temps n'a point changé sensiblement les opinions des deux classes.

« En ce qui regarde les masses laborieuses, le regret d'une institution qui avait à leurs yeux un caractère protecteur, ne veut pas dire toutefois que la corporation rêvée par eux serait de tout point organisée comme l'était l'ancienne.

(f Quoi qu'il en soit, de tous les systèmes tendant à organiser le travail, celui qui donnerait une existence légale à la corporation serait celui qui répondrait le mieux au sentiment des ouvriers ; et j'ajoute que là oîi cette institution est le plus vivement désirée, le plus hautement demandée, se trouvent précisément les travailleurs dont l'intelligence est le plus exercée, et qui sont les plus ardents partisans du progrès démocratique. »

Si les corporations n'existent plus, une autre forme

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plus myst(''i'ioiiso de l'associatioii qui leur rtail probal)I<'imMU antink'iiro, leur a survécu : nous voulons parler du compagnonnage. Sans nous étendre sur l'origine fabuleuse assignée à ces sociétés qui ont tout au moins plusieurs siècles d'existence, sans faire ici l'histoire des Enfar,ts de Maître Jacques ni celle des Enfants de Saloiuon et des divers Devoirs ; sans entrer dans les détails des rivalités et des haines qui les divisent entre eux, nous nous bornerons à dire qu'on se tromperait étrangement sur l'importance de ces vénérables débris du temps passé, si l'on ne voulait y voir que de simples sociétés de secours mutuels.

La seule pensée qu'ils ne sont pas isolés, donne Ru\ compagnons une force dontiuanquent les ouvriers qui ne se sentent unis enfre eux par aucun lien : les rédacteurs de l' Atelier, buns juges en pareille matière, nous le disent expressément :

« 11 y a chez tous les auvriers qui possèdent uni> organisation, si imparfaite qu'elle soit, un sentiment de conviction de leur supériorité morale sur leurs frères isolés par l'égoïsme, divisés par l'intérêt mal entendu (1). »

M. Corbon, de son eùté, remarque aussi que partout où va le compagnonnage, l'ouvrier est habile, même s'il n'est pas compagnon ; le travail est relativement bien fait, et « le salaire est plus élevé qu'ailleurs, sans compter que l'ouvrier est générah?ment sain de corps et de cœur. » Au contraire par-

(1) L'Atelier, numéro de décomI)rc lSi3. p. 43.

tout OÙ le compagnonnage ne pénètre pas, l'auteur du Secret du peuple affirme que l'ouvrage est plus mal fait, et le travailleur reste à un niveau plus bas que là où l'esprit de corps a conserve son ancienne force.

On voit que les ouA'riers n'ont pas attendu la création des « sociétés de résistance, » pour tenter au moyen d'une entente commune la défense de leurs intérêts.

Cependant quelques services que les corporations et le compagnonnage eussent pu rendre autrefois aux classes laborieuses, ils devaient paraître bien insignifiants aux esprits ardents qui aspiraient, au lendemain de 1830, à renouveler la face de la terre par le triomphe de la démocratie la plus absolue.

Il ne s'agissait plus de protéger simplement les droits du travailleur contre la force €!(xagérée du capital : il fallait refaire la société du faîte à la base, en commençant par lui donner de nouveaux fondements bâtis sur un plan jusqu'alors inconnu.

Le premier architecte qui se présenta fut un disciple dissident de Saint-Simon, un homme de bien, aussi naïf qu'honnête, zélé catholique, fort enthousiaste et fort ignorant dos tendances de la nature humaine. M. Bûchez, celui que nous devions voir dixhuit ans plus tard président de l'Assemblée constituante dans la fatale joui'née du 15 mai, s'inspirant, au lendemain de la révolution de Juillet^ de la pensée de l'école avec laquelle il avait rompu, créa, une revue mensuelle, VEuropcen, tput exprès pour y exposer les miracles que devait réaliser l'associa-

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tion. Son succès fui très-grand dans l'élite de la classe ouviièro, bien qu'il fût alors peu remarqué de la bourgeoisie. Si M. lUichez s'était contenté d'engager les ouvriers les plus intelligents et les plus laborieux à s'unir par groupes pour acquérir petit à petit, par la mise en commun de leurs eflbrts et des fruits de leur travail, un capital qui les mît à môme de ne plus dépendre que d'eux, de devenir patrons à leur tour, il aurait donné là un conseil excellent , mais il n'y aurait pas eu besoin dètre grand maître es sciences sociales et disciple de Saint-Simon le prophète, pour découvrir un remède tellement terre-àterre. D'ailleurs il n'est guère dans les tendances de l'esprit français de se contenter de vérités si humbles, et de se déranger pour donner des conseils purement individuels. Nous ne comprenons, en fait de réformes, que celles qui embrassent tout l'ensemble de l'humanité, et pleins de mépris pour les améliorations de détail, nous ne daignons nous occuper d'innover qu'à la condition de révolutionner tout l'univers. M. Bûchez était un vrai Français, les lecteurs de V Européen étaient encore plus de leur pays que lui. On se hâta donc de concevoir la première association qu'on aspirait à former comme le noyau de l'association universelle. « Elle devait, dit M. Corbon, qui partagea d'abord ces brillantes illusions, elle devait être absorbante, unique, autant que possible, dans une profession donnée ; et toutes, convergeant vers le môme but , devaient se tenir étroitement solidaires. En un mot, nous voulions constituer la communauté

de rinstrumont do travail; et comme rinstrument de travail, dans la langue économique, comprend les machines, outils, capitaux mobiliers ou immobiliers, nous tendions donc bien positivement à la communauté de la propriété générale. Notre théorie de la première heure ne se distinguait de celle des communistes purs qu'en ce sens seulement que, hors de l'atelier, chacun disposait à sa guise de son avoir. » On tenait à donner aux associations ouvrières une grande faculté d'absorption; oh déclara donc, contrairement à la loi civile, qu'elles seraient perpétuelles, et qu'une partie du capital social serait impersonnelle et inaliénable. Tout associé devait faire l'abandon d'une portion de ses bénéfices pour accroître indéfiniment le capital social impersonnel, et permettre à la société de recevoir de nouveaux membres au fur et à mesure qu'il s'augmenterait. Ce devait être comme une pompe aspirante, mise en jeu sans relâche par le dévouement des ouvriers associés, et finissant par amener tout le capital aux mains du travailleur ; on entrevoyait déjà le jour où personne ne pourrait plus se dispenser de travailler pour vivre.

Il est inutile d'ajouter que le travail à la tâche était proscrit, ce qui enlevait à l'activité du travailleur son stimulant le plus actif, puisqu'il cessait d'avoir en perspective un salaire proportionné à son effort et à son habileté. De même aussi, la part des bénéfices qui n'était pas attribuée à la communauté était répartie entre les associés au prorata du nombre

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(lo leurs joiirnros (le (i-avail, sans tt'iiir aucun coniYjte do la quantilr rrcllc di- Iravail loiirnic par cliacun d'eux. A quoi Ikih alms se rafi.quer cts'imposer des cflorts dont ou ne devait pas profiter? M. Corbon dit avec iufininuMit lie raison qu'on avait compté sans la nature humaine (jui ne se prête pas à de telles expéliences. « Le groupe d'ouvriers qui a emprunté ce plan d'organisation du travail, et qui l'a propage le mieux qu'il a pu, semblait avoir conscience de l'impossibilité de réaliser un système qui exigeait tant d'abnégation et d'efforts soutenus. La preuve, c'est qu'il ne fit pas de grands efforts pour préclier d'exemple. J'en sais quelque chose. Je me rappelle parfaitement que je sentais et que j'ai dit tout haut plus d'une fois, que j'anrais grand'peine à me plier aux exigences d'un pareil ordre de choses. C'est ainsi malheureusement que nous sommes toujours disposés à demander à autrui de faire ce dont nous nous dispensons lersonnellement. Nous pensions donc avoir rempli notre tâche en propageant l'idée. Si nous l'avions mise sérieusement en pratique, les impossibilités nous eussent frappés bien plus tôt (1).»

Une première association, celle des ouvriers menuisiers, tenta de s'établir sur ces bases. Elle fut fondée le 10 septembre 1831, et ses statuts furent rédigés par M. Bûchez. Mais malgré tous les efforts du célèbre publiciste, malgré la bonne volonté des ouvriers eux-mêmes, la société ne put jamais s'établir d'une

(I) Corbon, A'v I-Jrn'ls iln pn/iJi' do Pnn\-^ 2* parf., clnp. ii.

manière sérieuse, et elle n'a jamais réellement fonctionné. Diverses autres associations qui tentèrent de se fonder sur les mêmes bases, n'eurent pas un meilleur sort. ((Une seule a survécu, dit M. EugèneVéron, à qui nous empruntons un grand nombre de ces faits, celle des ouvriers bijoutiers endoré, fondée en 1834. Elle ne comprenait d'abord que quatre associés ; ce nombre s'éleva un moment jusqu'à dix-huit; mais en 1851 il était retombé à douze, et aujourd'hui (1) il n'est que de huit. » Mais il s'en faut qu'elle soit toujours restée fidèle à la théorie qu'elle avait adoptée à sa naissance. Ainsi M. Corbon nous apprend que le capital impersonnel qu'on s'était promis de rendre inaliénable autant que la loi le permettrait, a été partagé au bout de dix ans. D'autre part, les conditions rigoureuses de sa constitution en font un cercle fermé. Aussi cette association qui devait absorber tous les travailleurs de l'univers, s'est-elle trouvée, au bout de trente années dexistence, modestement réduite à huit membres. Encore M. Yéron fait-il remarquer avec beaucoup de justesse que si elle a réussi malgré les erreurs de ses statuts, cela s'explique "par le caractère des associés. ((Ce sont, dit-il, des hommes profondément religieux qui trouvent dans l'exaltation de leurs croyances une compensation aux stimulants moraux qu'ils se sont enlevés. Voilà pourquoi ils se résignent à rester dans

(I) Le livre de M. Véron [les Asftnciotions ouvrières) a paru en 18G5.

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un (Hat voisin ilo la i^ôiio, pondant que l'association pi'ospnrp ot que la comnuinauté s'enrichit. On voit donc bien que ce ne peut être là un modèle à pioposer aux autres associations qui ne peuvent pas toutes être composées de saints. »

LES ASSOCIATIONS OCVRifcRES SOCS LA SECONDE RÉPVBUQUE.

On n'avait vu qu'un petit nombre de sociétés ouvrières se fonder sous le règne de Louis-Philippe; mais les théories qui faisaient de l'association le remède à tous les maux des classr's laborieuses et la force destinée à régénérer le monde était plus en faveur que jamais au moment où la Hépublifiue triompha pour la seconde fois en France. Dès le 2,") février l'association était inscrite dans un décret de l'Hôtel de ville, à côté de la garantie du travail. L'Assemblée constituante ne laissa pas protester sur ce point la signature du gouvernement provisoire, et, le 23 juillet I8i8, sur un rapport présenté par M. Corbon, le collaborateur de l Atelier, elle votait une loi ouvrant un crédit de trois millions destiné à fournir des avances aux ouvriers qui voudraient s'associer. En même temps on instituait un Conseil d'encouragé-

ment pour examiner les demandes et régler les conditions duprêt, Dixjours plus tard, l'Assemblée faisait un nouveau pas dans la même voie : les ouvriers qui s'associeraient dans certaines conditions déterminées, étaient admis à l'adjudication ou même à la concession directe de travaux publics; on allait jusqu'à les dispenser du cautionnement exigé des entrepreneurs. Parmi les associations qui profitèrent du bénéfice de cette seconde loi, une seule, celle des paveurs, eut un véritable succès, et parvint à réaliser des bénéfices notables tout en procurant une économie à la ville de Paris (I).

Le Conseil d'encouragement institué par la loi du 5 juillet s'était misa l'œuvre et avait publié une instruction où l'on retrouvait encore plus les idées des rédacteurs de l'A telier que cellf s de la majorité de la Constituante, car on y parlait du devoir imposé à l'Assemblée « de concourir par les moyens dont elle peut disposer, à faire passer les travailleurs de l'état de salariés à celui d'associés volontaires. » Comme on peut aisément le penser, les clients ne manquèrent pas. Le Consfil reçut plus de cinq cents demandes en 1848, et plus de cent en 1849 ; il aurait fallu non pas trois millions, mais trente et plus pour satisfaire tous ceux qui se présentaient. « La caisse était ouverte, dit M. Levasseur, dans son excellente Histoire des classes ouvrières : beaucoup s'imaginèrent qu'ils n'avaient

(1) Levasseur, Histitre des clnxses ouvrières en Fmnee, depuis nS^ jusqu'il nos jours, liv. V, cli. iv.

LES ASSOCIATIONS OUVRltTiKS. 21

qu'à y puiser. Des ouvriers s'associaient, sans autre Jjut délerniiné (jue de toucher une subvention, ou avec des piéleiiliniis irrralisables et de vagues aspirations. Des patrons dont les affaires étaient embarrassées s'associaient leurs ouvriers pour avoir droit à un prêt du Trésor. » On fit ce qu'on put pour éliminer les parasites, et après un choix assez difOcib^ à faire, on finit par admettre trente-deux associations à Paris et vingt-neuf dans les départements pour un total de 2,940,500 fr., c'est-à-dire, à peu près pour la totalité du crédit ; des abandons et des radiations réduisirent ces sommes effectivement prêtées à 2,590,500 fr. répartis entre cinquante-six associations.

Au mois de mars 1850, l'Atelier appréciait l'esprit dont s'inspiraient ces sociétés, dans un article où nous trouvons d'intéressants renseignements.

Au moment où éclata la révolution de Février, il y avait, d'après ce journal, dans le parti socialiste, quatre groupes bien distincts. Celui des communistes purs, qui avait pour organes le Populaire^ de Cabct, et la Fraternité, de MM. Adam, cambreur, Mallarmef, monteur en bronze, Savai-y, etc., condamnait formellement l'association ; les trois autres s'entendaient au contraire pour y voir le grand instrument de la régénération sociale ; seulement ils voulaient l'organiser l'un d'après les principes de l'école phalanstérienne, le second d'après ceux de M. Louis Blanc, le troisième enfin d'après la conception des rédacteurs de l'Atelier.

S'il faut "en croire l'article que nous analysons, la plupart des ouvriers communistes abjurèrent, après février, leur méfiance contre l'association et ne songèrent plus qu'à changer leur condition de salariés en celle d'associés volontaires.

Malgré le mouvement imprimé à tous les esprits par larévolution qui venait de s'accomplir, une seule association voulut se régler sur les lois du phalanstère. Projetée dès 1847, elle tenta en 1848 de se fonder sur un domaine situé à quelques lieues de Paris et elle échoua. « Le socialisme de Fourier, dit le rédacteur de r Atelier, ne se propage guère que parmi la jeunesse lettrée; l'élément populaire socialiste est resté à peu près étranger à cette doctrine. En sorte que des trois éléments constitutifs du phalanstère, l'école n'en a encore trouvé qu'un seul, le talent. Le capital et le travail lui ont fait défaut pour expérimenter complètement la théorie de l'association intégrale. »

Le système de M. Louis Blanc était, au contraire, très-populaire dans les classes ouvrières ; la plupart des associations avaient bonne envie de s'y conformer ; beaucoup même s'imaginaient de la meilleure foi du monde qu'elles en suivaient religieusement les lois; mais V Atelier n'a pas de peine à démontrer qu'elles se trompaient ;

(( M. Louis Blanc ne conçoit l'association que comme un moyen de tuer la concurrence. Nous l'avons vu combattre de toute son énergie et avec

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ti)utc son éloquence la pensée d'associations distinctes, divisées d'intérêts, surtout lorsqu'il s'aj^issait d'une même profession.

«Ce que voudrait M. Louis Blanc, ce serait une association unique et tendant à devem'r universelle. Il n'admet que la division matérielle du travail des ateliers et des localités. Mais il veut ({ue tous les travailleurs fondent absolument leur intérêt particulier dans l'intérêt commun, et qu'ils se conforment à la loi de la plus complète solidarité.

«D'après la doctrine de M. Louis Blanc, il y aurait, partout où besoin serait, des ateliers sociaux : ici des menuisiers, là des tailleurs ou des maçons : en fait, il n'y aurait qu'une seule et même association qui serait le noyau de Vassociation universelle.

« Quant au principe de la répartition, il serait celui de la plus stricte égalité.

« Ainsi destruction de la concurrence par la communauté d'intérêt entre tous les ateliers sociaux, et égalité des salaires, telles sont les deux grandes conditions du système de M. Louis Blanc. Otez ces deux conditions, ou l'une seulement, et tout le système tombe à plat.

« Or, les cent quatre-vingts sociétés ouvrières qui se sont fondées à Paris, sous le symbole du niveau (1),

(1) Le chiffre de 180 bociétés donué par V Atelier, rapproche du chiffre de 32 associations, admis pour Paris à prendre pnrt aux 3 millions votés par l'Assemblée, prouve que le nombre des sociétés qui se créèrent sans l'aide du Gouvernement fut infiniment plus considérable qu'on ne le croit généralement.

ne soiit-olles que les divers ateliers d'une seule et même association?

(( Non. A part trois ou quatre associations qui ont une ou deux succursales, ou trois au plus, chaque groupe associé forme un groupe parfaitement distinct et parfaitement séparé des autres groupes.

« Des efforts ont été faits et renouvelés pour solidariser les associations ouvrières ; ces efforts ont échoué. Les établissements qui ont eu le courage et la persévérance de surmonter toutes les difficultés de la fondation ne se montrent pas le moins du monde disposés à faire cause et caisse commune avec d'autres établissements plus ou moins bien organisés.

« Quant au salaire, la plupart des associations à leur origine le voulaient égal, conformément à la théorie de M. Louis Blanc. Elles ont dû y renoncer presque toutes.

«Ainsi les deux conditions fondamentales de ]\L Louis Blanc, celles qui caractérisent seules le système qu'il a fait sien, c'est à-dire l'unité d'intérêt et l'égalité du salaire, ont fléchi complètement dans la pratique.

u La concurrence pour laquelle iNL Louis Blanc a une horreur que partagent tous ses adhérents, la concurrence se pratique entre les associations,

(1 Elle se pratique môme au sein de l'association ; car le salaire proportionnel au travail, comme quantité et comme qualité , c'est encore la concurrence.

« Nous sommes donc parfuiteinont fondés ù dire que la transformation qui commence à s'opérer au moyen de l'association ne procède pas plus de la lliéiirie de M. Loui? Blanc que de celle des phalanstérien?. »

Cependant les collaborateurs de l' Atelier^ tout en montrant que la victoire^restait à leurs propres idées, reconnaissaient h. l'auteur de V Organisation du travail le mérite d'avoir énergiquement poussé les ouvriers dans la voie de l'association. Si ses théories personnelles échouaient, c'est que la force des choses et la nature humaine elle-même les condamnaient. Nous voyons par les aveux de M. Corbon, dans le Secret du peuple de Pai'is, que les rédacteurs de l'Atelier qui ne partageaient plus en 1848 les erreurs de M. Louis Blanc, leur avaient du moins payé jadis leur tribut; s'ils en étaient guéris quand M, Louis Blanc y croyait encore, c'est qu'ils s'étaient lancés dans la pratique, tandis que le célèbre publiciste était toujours resté dans le domaine des théories.

Cependant M. Ctjrbon et ses amis se berçaient eux-mêmes en I80O de bien des illusions, et au moment où ils parlaient avec orgueil de la transformation qui commençait à s'opérer au moyen de l'association, ces sociétés sur lesquelles ils fondaient tant d'espérances étaient presque toutes à la veille de périr.

De cruels mécomptes ne taidèrent pas en effet à refioidir le bel enthousiasme des premiers jours. L'incompatibilité d'Iuimeui- entre les associés, la mo-

bilité des caractères, le défaut d'entente, l'absence d'une discipline volontaire pour remplacer la discipline obligatoire des ateliers ordinaires, enfin, par-dessus tout, l'incapacité de la plupart des gérants et l'improbité de quelques-uns amenèrent dans les sociétés qui venaient de se fonder, de nombreuses révolutions et causèrent beaucoup de ruines. En 18S2, sur les cinquante-six associations créées au moyen des fonds votés par la Constituante , on en comptait trente (l)'qui avaient déjà sombré en engloutissant ensemble près d'un million. En 1858, il ne restait plus à Paris que neuf des trente-deux associations qui avaient profité de la commandite de l'État, et sur ces neuf sociétés quatre seulement prospéraient. Sur les cent quatre-vingts associations citées avec orgueil par l'Atelier en 1850, il n'en subsistait que dix en 1867. M. Levasseur, à qui nous empruntons ces chiffres, ajoute :

(i La statistique n'accuse guère que quinze cents ouvriers, ayant tenté, avec ou sans secours public de s'associer, que trois cents à peine ayant persisté au delà de 1852, et elle indique que le capital accumulé par les associations, en six ans, est resté bien inférieur à la subvention fournie en 1848 par l'État.

(( C'est en somme un mince résultat. Que sont quelques centaines de mille francs gagnés par quinze ou vingt groupes de dix à vingt personnes, à côté des

(1)18 à Paris et 12 dans les départements. Elle» avaient reçu 954,000 francs de prêt.

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loitunes roalisi'os, dans ce ratMiic lups de temps, par d'anciens uuvriors devenus fubricanls ou entrepreneurs? S'il était possible de dresser la liste des salariés de iS'iH qui, dans une période de dix ans, ont changé de conditions, et de mettre en comparaison les profits amassés par eux sous le régime de l'activité individuelle et sous le régime de la coopération, la part de ce dernier paraîtrait assurément peu digne de fixer l'attention de l'histoire. »

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