‹ Histoire de l'Internationale (volume 2)Chapitre 11 sur 115 · CONSEIL GÉNÉRAL. — CONGRÈS · texte numérisé non relu

CONSEIL GÉNÉRAL. — CONGRÈS

Quoi qu’il en soit, les comités locaux et les conseils fédéraux, dont nous venons de faire connaître les attributions, aboutissent à un centre unique, le conseil général, dont, en principe, le congrès doit chaque année désigner le siège pour l’année suivante, mais qui, en fait, a été, dès le premier jour, établi à Londres, où s’est fondée la société, et qui semble devoir y rester toujours, à moins que des événements bien peu probables ne l’obligent à so déplacer (I).

« Le conseil général, dit M. Testut, doit présenter h chaque congrès un rapport public des travaux de l’année; il doit établir des relations avec les différentes associations ouvrières, examiner les questions qui lui sont soumises par les sections, et décider s’il y a un intérêt général à ce qu’elles soient discutées au prochain congrès.

« Il est chargé de l’organisation des congrès, et, dans ce but, il doit en publier à l’avance le programme, et le porter à la connaissance de toutes les

(I) M. Testât nous apprend que les bureaux du conseil sont établis, 256, llijh Holborn, London.

sections par l’intermédiaire de leurs secrétaires de correspondances.

« Chaque trimestre il est tenu de faire connaître l'état des classes laboi’ieuses dans tous les pays, la situation des sociétés coopératives, le prix des salaires, les adhésions qui se sont produites, les grèves qui ont pu éclater, les résultats obtenus, etc. A cet

effet, une communication écrite est adressée au se-

crétaire de chaque section ; elle est reproduite dans les journaux de l’Internationale.

« Se produit-il un fait important de nature à compromettre l’avenir de l’association ou en dénaturer le caractère; s’agit-il d'attaques dirigées contre elle ou d’un grand coup à frapper, le conseil général publie des manifestes qui sont tirés à plusieurs milliers d’exemplaires, traduits dans toutes les langues et répandus à profusion dans tous les centres ouvriers. Ces manifestes se terminent par cette formule : Am nom du conseil général de l'Association internationale des travailleurs , et sont signés par tous les secrétaires. »

Le conseil est encore chargé de rassembler tous les documents qui lui sont communiqués; « c’est à lui qu’est dévolu le droit de faire exécuter les résolutions du congrès. Il est juge des différends qui peuvent s’élever entre les sections ou les membres de l’Association internationale, sauf appel au prochain congrès; il statue toujours d’après un rapport présenté par un jury d’honneur. »

Ce conseil général est, — au moins officiellement,

— nommé chaque année par le congrès (1). En fait, depuis la fondation de la société, sa composition n’a pas varié d’une manière bien sensible, et les hommes qui savent s’y faire élire sont toujours ceux qui ont eu l’idée première de l’Association, qui l’ont créée et qui la tiennent dans leurs mains à leur disposition personnelle, peut-être même, dans certains cas, à la disposition de quelque grand meneur, discrètement caché dans l’ombre, dont la masse naïve des associés sert probablement, à certaines heures, les desseins secrets, sans soupçonner à qui elle obéit.

Les ouvriers du Creuzot ne savaient guère, au début de 1870, quelles rancunes ils satisfaisaient et quelles intrigues politiques ils servaient.

Les fédérés de 1871, dont beaucoup, sans doute, aimaient encore leur pays, bien qu’affiliés à l’Internationale, ne se demandaient pas si l’insurrection, dont le succès les rendait si fiers , n’était pas par

(1) Dans la livre si instructif dè M. Oscar Testut, auquel nous avons fait beaucoup d’emprunts, nous trouvons un passage qui nous montre comment les fondateurs de l’Internationale savent maintenir leurs amis ou leurs créatures dans les postes importants de la société. On peut juger par là qu’ils ne sont pas non plus embarrassés pour s’y maintenir eux-mêmes !

« L’article 9 des statuts généraux consacre, il est vrai, pour chaque section, le droit de nommer ses correspondants; mais oe pouvoir n’existe qu’avec certaines restrictions. Dans le principe, lorsqu’une section est en voie d’organisation, c’est le conseil général lui-même qui confère à un nfembre déjà aflllié à l’Internationale le titre de correspondant ; la section une fois organisée, ce choix est toujours ratifié par les adhérents. »

hasard vue avec joie à Berlin, si la révolution du 18 mars n’était pas une nouvelle victoire ponr M. de Bismark. Les démolisseurs de la colonne Vendôme ne [songeaient pas que les cordes attachées au monument qui rappelait nos victoires sur l’Allemagne, l’avaient peut-être été sur un mot d’ordre venu d’outre-Rhin. Une fois la Commune vaincue, les Allemands qui, après l’avoir servie, allaient chercher un refuge dans les lignes prussiennes, étaient, a-t-on dit, aussitôt fusillés. On est sûr que ceux-là ne trahiront plus aucun secret. Molière avait déjà remarqué la parfaite discrétion des morts.

11 ne faut pas que cette digression nous éloigne trop longtemps de notre sujet. Hâtons-nous donc de revenir au conseil général.

Nous avons dit comment il est nommé, d’après le texte des statuts; nous avons indiqué comment les choses se passent en réalité.

Quoi qu’il en soit, ses membres sont tous (ou à peu près) des ouvriers; ils représentent les diverses nations qui font partie de l’Association.

« Les membres du bureau, dit M. Testut, sont pris dans son sein; il y a un président, un secrétaire général, un trésorier, et autant de secrétaires particuliers qu’il y a de différents pays où se trouvent des sections de l’Internationale.

« Ces derniers ont pour mission de correspondre avec les secrétaires spéciaux désignés par chaque section : ce sont comme des fondés de pouvoirs qui reçoivent seuls, dans leurs villes respectives, les

communications faites par le conseil général, en font part aux affiliés, perçoivent les cotisations qu’ils transmettent à Londres, tiennent le conseil général au courant du mouvement de la classe ouvrière, lui adressent des rapports sur la situation de chaque section, sur ses besoins, sur ses aspirations, et l’initient à tout ce qui se dit et à tout ce qui se passe dans leur centre d’action; mais, pour faire ces communications, ils ont des règles hiérarchiques à observer; ils ne peuvent directement s’adresser au président du conseil général. Toutes leurs correspondances doivent être envoyées au secrétaire particulier qui représente auprès du conseil la nation à laquelle ils appartiennent. Ainsi les secrétaires des sections de Rouen, Lyon, Paris, Marseille, ne peuvent et ne doivent correspondre qu’avec le citoyen Eugène Dupont. Il convient d’ajouter que, dans les pays où des lois restrictives empêchent de former un centre d’action avec sécurité, la mission du conseil général est de correspondre avec des branches individuelles; telle était la situation de la France avant 1869 . »

Le conseil général joue dans l’Internationale le rôle de pouvoir exécutif, et comme tel il est permanent.

Le pouvoir législatif que la force des choses oblige à ne réunir qu’une fois par an et dans une session extrêmement courte, est le congrès.

C’est au conseil général qu’appartient le soin d’organiser le congrès, d'en arrêter le programme défi-

nitif, de le faire parvenir, par l’intermédiaire des correspondants, à toutes les fédérations et à toutes leâ sections. Ce programme est d’ailleurs publié à l’avance par tous les journaux dont l’Association dispose.

Si le conseil général organise le congrès, ce n’èst pas lui qui le convoque, du moins dans les circonstances ordinaires.

Chaque congrès indique avant de se séparer le lieu et la date de la réunion du prochain congrès. A l’époque fixée, et sans qu’il soit besoin d’une convocation spéciale, tous les délégués se réunissent au lieu et au jour fixé. Le conseil général a le droit, en cas d’affaires urgentes, de provoquer cette réunion avant l’époque indiquée; il peut également, si une circonstance imprévue rend une telle mesure nécessaire, changer le lieu fixé pour le rendez-vous. Mais il ne peut, en aucun cas, en retarder l’époque. Telle est, du moins, la lettre des statuts. Les événements de l’an dernier ont déjà contraint les membres de l’association à en souffrir une fois la violation, et une note que nous trouvons dans l’un des organes de l’association, l'Égalité (numéro du 3 septembre 1870), nous apprend que c’est bien le conseil général luimême qui « a décidé de renvoyer la convocation du congrès général à une époque plus favorable pour la réunion des délégués des travailleurs de tous les pays». Il est permis de sc demander si le conseil général ne se trouvera pas cette année en face d’une impossibilité morale au moins aussi évidente que

l’était en 1870 l’impossibilité matérielle. Mais s’il en est autrement, il sera fort intéressant de connaître le rapport public que le pouvoir exécutif doit adresser au congrès et le « tableau des progrès de l’association » qu’il est dans l’obligation de lui présenter. Nous sommes curieux de savoir si l’incendie de nos monuments publics et de nos maisons particulières ainsi que le massacre d’une partie du clergé de Paris, de deux généraux, d’un journaliste républicain et de trente ou quarante gendarmes seront glorifiés comme un titre d’honneur pour l’association qui a donné naissance au Comité central de la garde nationale et à la Commune de Paris.

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