LES JOURNAUX DE L’INTERNATIONALE
ganise à leur nez cl à leur barbe, et qui doit les engloutir un jour, ils ne savent plus à quel saint se vouer. Ils voient les privilèges du capital disparaître : puissent-ils mourir de leur belle mort. — Ainsi soit-il.
(Extrait du journal l’Égalité , numéro du 23 janvier 1869.)
S’ils ne se décident pas à exaucer ce vœu charitable, quel avenir leur est donc réservé dans la république de l’Internationale? C’est ce que l 'Egalité du 27 novembre veut bien nous apprendre :
Quand la révolution sociale aura exproprié les bourgeois pour cause d’utilité publique, comme ceux-ci ont jadis exproprié la noblesse et le clergé, que deviendront-ils?
Nous ne pouvons pas répondre à coup sûr, mais il est probable que le nouvel ordre de choses leur donnera, selon l’expression d’un de nos amis, un bien infiniment plus précieux, du travail bien payé, à discrétion, afin qu'ils ne soient plus obligés de vivre du travail des autres, comme ils l’ont fait jusqu’à présent. En cas d’incapacité de travail de leur part, ce qui sera le fait d’un grand nombre, vu qu'ils n’ont guère appris à se servir de leurs dix doigts, ch bien ! eh bien!... on leur donnera des bons de soupe.
Mais, c’est trop peu, hurleront les bourgeois.
Trop peu, répondront les ouvriers, trop peu! du travail bien payé, à discrétion, et de la soupe pour les invalides ! Diable, vous êtes difficiles, nous nous en serions bien contentés dans le temps...
Les bourgeois, qui seraient disposés à trouver l'Égalité un peu dure pour eux, lui sauront au contraire gré de sa bienveillance relative, quand ils verront quel traitement leur ménage Y Internationale- (du 3 avril 1870) :
On raconte que Tomyris, reine des Massagètes, attaquée par Cyrus, l’insatiable gucrroyeur, eut la douleur de perdre son fils dans une bataille. Elle jura de se venger et parvint à s'emparer du bandit-conquérant. Elle lui fit couper la tête, et, la jetant dans un seau plein d’eau, elle s’écria: Tiens, monstre, abreuve-toi de sang, puisque tu in es si friand.
Ah ! messieurs les bourgeois , vous faites fusiller les ouvriers qui osent se soulever contre leurs exploiteurs; vous aussi, vous aimez à verser le sang : Eh bien ! on vous fourrera le nez dedans et on vous en fera lécher jusqu’au dernier vestige.
La magistrature n’est pas mieux traitée que la bourgeoisie. Écoutez plutôt ce qu’en dit Y Internationale du 12 décembre 1869 :
Depuis longtemps on sait à quoi s’en tenir sur la moralité des magistratures, que l’inviolabilité ne défend pas plus de la corruption qu’un couvercle de cristal ne défend notre nez contre les exhalaisons du fromage. La magistrature française est totalement corrompue. La magistrature belge est tellement avancée qu’elle marche toute seule. La magistrature allemande est à la hauteur de scs deux sœurs, et un trio d’Euménides a remplacé dans ces trois pays la divine Astrée que les anciens disaient remontée au ciel.
Le citoyen Bonhorls, de Magdebourg, après vingt-huit jours de prévention, vient de comparaître devant ce tas de gredins qu'on appelle des juges
. . . Les juges sont inamovibles et inviolables, il est vrai, mais malgré cela, ils pourraient bien, un jour, être suspendus... à une corde.
On connaît assez les principes religieux de l’Internationale pour deviner aisément que ses journaux ménagent encore moins, si c’est possible, le clergé
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que la bourgeoisie, l’armée et la magistrature. Voici comment le Mirabeau de Verviers parle du prêtre en chaire :
Regardez le paillasse qui se démène dans un tonneau, comme le diable dans un bénitier, pour insinuer à l’aimable troupeau rassemblé que son baragouin est de la pure et saine morale émanant d’une puissance surnaturelle. Ce paillasse aux allures lugubres tonne dans son tonneau comme la foudre, grimace et se contorsionne comme un épileptique ; trépigne de fureur et s’élève comme un cacafougna tragique prêt à sauter à pieds joints sur ses auditeurs ahuris, qui écoutent sans sourciller les platitudes et les tirades ennuyeuses de son répertoire tragi-comique. Cette espèce de charlatan a usé scs fonds de cqlotte sur les bancs universitaires, pour nous chanter des pasquils en langue morte et nous citer des textes latinisés que nous ne comprenons pas plus que la langue de Vidocq, fameux argoticr que Mercure ait en sa sainte et digne garde, s’il ne le porte en son giron. Quand ces bouffons habillés en momons parcourent les rues en braillant comme des ânons, flairant les pièces de cent sous comme l'hyène flaire la chair en putréfaction, expédiant les âmes à Caron par différentes portes, ils font tout l’effet de maniaques échappés des petites-maisons. De pareils bélîtres vous soulèvent l'âme d’indignation. Tous leurs actes sont arbitraires, empreints de perfidie et de scélératesse. Ils sont nos très-chers frères en Jésus-Christ : nous sommes les Abel de nos très-chers Caïn. Dansez, marionnettes, pantins, mes amours, de vos momeries on se f. . . . toujours.
Nous demandons pardon à nos lecteurs de leur avoir infligé la lecture de ces lignes ignobles, mais il faut que les honnêtes gens sachent jusqu’à quel
degré de violence et d’impudence des natures ignorantes et grossières peuvent se laisser entraîner.
D’ailleurs ces épouvantables injures, prodiguées à tout ce que la société a l’habitude de respecter, n’expliqucnt-clles pas les crimes qui viennent de stupéfier l’Europe et qui semblaient d’abord inexplicables?
Les journaux de l’Internationale ont excité pendant plusieurs années leurs lecteurs contre l’armée : les cadavres de deux généraux et de beaucoup de soldats et de gendarmes, lâchement assassinés, sont là pour prouver qu’ils n’ont pas prêché dans le désert.
Les journaux de l’Internationale ont dénoncé la corruption et l’infamie de la magistrature : le président Bonjean a été égorgé par leurs fidèles lecteurs.
Les journaux de l’Internationale, non contents d’enseigner sous toutes les formes le matérialisme et l’athéisme, ont injurié grossièrement les membres du clergé et soulevé contre eux les Ilots de la haine populaire. Dès que leurs disciples ont été maîtres de Paris, ils ont pillé les couvents et les églises; lorsqu’ils se sont vus perdus, ils se sont consolés de leur défaite en massacrant l’archevêque, tous les prêtres et tous les religieux qu'ils avaient pu saisir.
On voit que les rédacteurs de ces journaux n’ont perdu ni leur temps ni leur encre.