LES JOURNAUX DE L’INTERNATIONALE. H
Ainsi dil ainsi fait. Une usine dont des personnages haut placés sont les principaux actionnaires, va donner le signal des taquineries ; grève, violence, pierres jetées à nos braves soldats, fusillades, massacres, carnages, abomination de la désolation, c’est l’Internationale qui est cause de tout.
C’est là l’origine de cette effroyable comédie aux scènes tragiques, qui s’ouvrit la semaine passée et se déroule sous nos yeux, et dont les prolétaires soldats et les prolétaires ouvriers furent les acteurs, le bourgeois le régisseur, les rives de la Meuse et les plaines du Borinage le théâtre, mais dont le public ne sera pas la dupe.
Quel intérêt voulez-vous qu’ait l’Internationale à voir ces émeutes ? Est-ce parce qu’elle veut que les grèves réussissent et atteignent leur but? Mais l’émeute est précisément le moyen de les faire avorter. Est ce parce qu'elle tend à une révolution, non de forme comme celle de nos hommes de 1830, mais de fond, c’est-à-dire ayant pour objet l’abolition de la propriété foncière individuelle, la domination du travail sur le capital, l’abolition du salariat, l’instruction intégrale ? Mais les émeutes ne font que dépenser en pure perte une énergie et des forces qui ne devraient être mises en jeu que pour le grand jour de la liquidation sociale.
La bourgeoisie seule peut avoir intérêt aux émeutes des prolétaires, parce que cela lui donne l’occasion d’écraser ses esclaves, de les terrifier, d’enrayer le mouvement socialiste. Or, «7/e fecit cui prodest (celui-là a commis le crime qui avait intérêt à le faire). En vertu de ce principe de droil, nous demandons l’arrestation des chefs de noire bourgeoisie, c’est-à-dire de nos grands industriels, de nos hauts spéculateurs et banquiers, de nos gros’ commerçants, de nos riches capitalistes, de nos grands propriétaires terriens, et de leurs représentants officiels, et que l’on relâche au plus tôt nos compagnons jetés sous les verrous; il faut que la justice, si elle est vraiment digne de ce nom auguste, atleiguc enfin les grands et seuls coupables! il faut que le sang des mar-
lit
lyrs de Seraing et de Framerics retombe sur ceux qui l'ont fait verser.
Dans un autre article sur les mêmes événements, /’ Internationale , cherchant à dégager la « moralité de l’affaire de Seraing, » en tire, entre beaucoup d’autres, cette conclusion :
Le soldat et le gendarme, une fois qu’ils ont revêtu l’uniforme et qu’on les lâche, deviennent des bêtes féroces ; en conséquence, quel que soit le degré de civilisation d'un pays, sa liberté sera compromise aussi longtemps qu’il aura une armée. Il n’y a pas de baïonnettes intelligentes. Encore moins faut-il compter sur l’intelligence des officiers. Ces malheureux, abrutis par l’oisiveté et les vices qu’elle amène, sont incapables d’aucun sentiment honnête. Du jour où nous licencierons l’armée, il faudra faire subir à ces messieurs un long traitement hygiénique et moral avant d’en pouvoir faire des travailleurs.
En attendant, nous engageons les pères de famille à ne pas laisser embrasser â leurs enfants cette carrière qui mène à la débauche et à l’assassinat.
M. Testut a tiré de divers journaux de l’Internationale des passages encore bien plus violents, bien plus odieux que ceux que nous venons de citer.
Voyons d’abord comment les bourgeois, ces oisifs, qui gagnent, comme chacun sait, leur fortune à se croiser les bras, sont traités par les organes des travailleurs :
Les bourgeois ont la venelle ; la peur leur fait pousser les hauts cris : en voyant cette formidable puissance qui s’or-