LE CONSEIL GÉNÉRAL BELGE
Il suffit de comparer ce document avec celui que nous avons cité quelques pages plus haut pour voir combien les passions s’étaient développées en deux ans dans l’Internationale.
En 18G7, les correspondants des sections de Palis excitent sans doute de tout leur pouvoir leurs associés contre les patrons et contre le gouvernement, mais tout en développant devant eux des idées fausses et violentes, ils leur recommandent cependant la modération dans les actes. En 18(59, le conseil général belge promet à ses fidèles qu’ils auront bientôt à eux seuls le pouvoir, qu’ils seront les maîtres de la société, et s’il les exhorte à prendre encore patience, c’est, uniquement afin que le moment venu, ils puissent avec une force irrésistible et sans danger pour eux-iuêmes porter à la société le coup suprême.
LES GRÈVES
Si nous ne pouvons louer ni les idées ni les sentiments des rédacteurs de cette proclamation, nous devons aû moins leur savoir gré de leur franchise.
Nous devons en finissant ce récit répéter ce que nous avons dit en le commençant.
Si nous avons raconté la grève de Roubaix et celle de Seraing plutôt que toute autre, ce n’est pas qu’elles diffèrent en quoi que ce soit de toutes les autres, c’est que nous voulions montrer par deux exemples les incidents les plus habituels, les épisodes les plus fréquents de ces tristes guerres industrielles.
11 n’y a guère d’années où l’on ne trouve un certain nombre de ces grandes grèves qui agitent des populations entières, qui afFament les ouvriers par milliers, qui menacent d’une ruine complète un nombre plus ou moins considérable de chefs d’industrie, et qui trop souvent aboutissent à des conflits sanglants entre les grévistes devenus des émeutiers et l’armée appelée à protéger la vie et les biens des citoyens.
Aubin et la llicaraarie ont laissé un lugubre souvenir, parce que le chassepot qui avait déjà « fait merveille » à Mentana, suivant la malheureuse expression du général de Failly fit alors sa première apparition dans les troubles civils et que ses effets furent terribles, mais à part ce détail intéressant pour l’histoire de la pyrotechnie et pour les familles des victimes, les grèves d’Aubin et de la Ricamaric n’ont rien de plus remarquable que celles de Roubaix et
de Seraing, que cinquante ou cent autres grèves que nous aurions pu tout aussi bien choisir.
Disons aussi que l’intervention de la baïonnette et du chassepot est heureusement inutile d’ordinaire et que le plus grand nombre des grèves, môme de celles qui causent le plus de mal aux deux parties belligérantes se terminent sans effusion de sang.
Mais, depuis 18G4, on n’en voit guère qui se termine sans amener par centaines ou par milliers de nouveaux adhérents à l’Internationale (I).
(1) On trouvera à l’appendice un très-curieux projet de règlement des grèves, voté par le congrès de la Chnux-de-Fonds et soumis par lui dans le cours de l’été de 187U, à la ratification des sections de la Fédération romande.