‹ Histoire de l'Internationale (volume 2)Chapitre 25 sur 115 · STATUTS · texte numérisé non relu

STATUTS

Considérant :

Que l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ; que les efforts des travailleurs pour conquérir leur émancipation ne doivent pas tendre à constituer de nouveaux privilèges, mais à établir pour tous des droits et des devoirs égaux et à anéantir toute domination de classe;

Que l’assujettissement économique du travailleur à l’accapareur des matières premières et des instruments

de travail, est la source de la servitude dans toutes ses formes : misère sociale, dégradation mentale, soumission politique ;

Que, pour cette raison, l’émancipation économique des classes ouvrières est le grand but auquel tout mouvement politique doit être subordonné comme un simple moyen ;

Que tous les efforts faits jusqu’ici ont échoué, faute de solidarité entre les ouvriers des diverses professions dans chaque pays, et d’une union fraternelle entre les travailleurs des diverses contrées ;

Que l’émancipation des travailleurs n’est pas un problème simplement local ou national; qu’au contraire, ce problème intéresse toutes les nations civilisées, sa solution étant nécessairement subordonnée à leur concours théorique et pratique ;

Que le mouvement qui reparaît parmi les ouvriers des pays les plus industrieux de l’Europe, en faisant naître de nouvelles espérances, donne un solennel avertissement de ne pas retomber dans les vieilles erreurs, et conseille de combiner tous les efforts encore isolés;

Par ces raisons :

Le congrès de l’Association internationale des travailleurs, tenu à Genève le 3 septembre 1866, déclare que cette association, ainsi que toutes les sociétés ou individus y adhérant reconnaîtront la vérité, la justice, la morale comme devant être la base de leur conduite envers tous les hommes sans distinction de couleur, de croyance ou de nationalité.

Le congrès considère comme un devoir de réclamer, non-seulement pour les membres de l’association, les droits d’homme et de citoyen, mais encore pour quiconque accomplit ses devoirs : Pas de devoirs sans droits, im de droits sans devoirs.

C’est dans ce but que le congrès a adopté définitive-

APPENDICE

meut les suivants statuts de l’Association internationale des travailleurs.

Article 1 er . L’association est constituée pour. procurer un point central de communication et de coopération entre les ouvriers des différents pays, aspirant uu môme but, savoir : le concours mutuel, le progrès et le complet affranchissement de la classe ouvrière.

Art. 2. Le nom de cette association est Association internationale des travailleurs.

Art. 3. Il est établi un conseil général se composant de travailleurs représentant les différentes nations faisant partie de l’association internationale. Il prendra dans son sein, selon les besoins de l'association, les membres du bureau, tels que président, secrétaire général, trésorier et secrétaires particuliers pour les différents pays.

Tous les ans, le congrès réuni indiquera le siège du conseil général, nommera ses membres en lui laissant le droit de s’adjoindre des membres supplémentaires, et choisira le lieu de la prochaine réunion.

A l’époque fixée pour le congrès, et sans qu’il soit nécessaire d’une convocation spéciale (1), les délégués se réuniront de plein droit au lieu et jour désignés. En cas de force majeure, le conseil général pourra changer le lieu du congrès, sans en changer, toutefois, la date.

Art. 4. A chaque congrès annuel, le conseil général publiera un rapport des travaux de l’année. En cas d’urgence, il pourra convoquer le congrès avant le terme fixé.

Art. 5. Le conseil général établira des relations avec les différentes associations ouvrières, de telle sorte que les ouvriers de chaque pays soient constamment au cou-

(1) Nous reproduisons textuellement sans nous permettre de corriger les erreurs de ce style par trop international.

rant du mouvement de leur classe dans les autres pays; qu’une enquête sur l’état social soit faite simultanément et dans un même esprit; que les questions proposées par une société, et dont la discussion est d'un intérêt général, soient examinées par toutes, et que, lorsqu’une idée pratique ou une difficulté internationale réclamera l’action de l’association, celle-ci puisse agir d’une manière uniforme. Lorsque cela lui semblera nécessaire, le conseil général prendra l’initiative des propositions à soumettre aux sociétés locales ou nationales.

Il publiera un bulletin pour faciliter ses communications avec les bureaux correspondants.

Art. C. Puisque le succès du mouvement ouvrier ne peut être assuré dans chaque pays que par la force résultant de l’union et de l’association; que, d’autre part, l’utilité du conseil général sera d’autant plus grande que son action sera moins disséminée, les membres de l’association internationale devront faire tous leurs efforts, chacun dans leur pays, pour réunir en une association nationale les diverses sociétés ouvrières existantes. Il est bien entendu, toutefois, que l’application de cet article est subordonnée aux lois particulières qui régissent chaque nation. Mais, sauf les obstacles légaux, aucune société locale n’est dispensée de correspondre directement avec le conseil général.

Art. 7. Chaque membre de l’association internationale, en changeant de pays, recevra l’appui fraternel des membres de l’association. Par cet appui, il a droit : aux renseignements relatifs à sa profession dans la localité où il se rend ; au crédit, dans les conditions déterminées par le règlement du bureau dont il fait partie, et sous la garantie de ce même bureau .

Art. 8. Quiconque adopte et défend ls principes de l’Association internationale, peut en être reçu membre ; mais cela, toutefois, sous la responsabilité du bureau qui le recevra.

APPENDICE. 289

Art. 9. Chaque bureau est souverain pour nommer ses correspondants au conseil général.

Art. 10. Quoique unies par un lien fraternel desolidarité et de coopération, les sociétés ouvrières n’en continuent pas moins d’exister sur les bases qui leursont particulières.

Art. 1 1 . Tout ce qui n’est pas prévu par les statuts sera déterminé par les règlements, révisibles à chaque congrès.

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