‹ Histoire de l'internationalismeChapitre 119 sur 142 · CYRANO BERGERAC · texte numérisé non relu

CYRANO BERGERAC

casser la tête à plus de quatre millions d'hommes qui valent mieux qu'eux, ils sont dans leur cabinet à goguenarder sur les circonstances du massacre de ces badauds; — mais je me trompe de blâmer ainsi la vaillance de vos braves sujets: ils font bien de mourir pour leur patrie. L'affaire est importante! Car il s'agit d'être le vassal d'un roi qui porte une fraise, ou de celui qui porte un rabat.» (p. 168).

Le soldat Cyrano n'a pas beaucoup de respect pour l'importance de son ancien métier!

Plus tard Cyrano est cité en justice, et là «le grand pontife», qui préside, se sert d'une trompette «qu'il avait tout exprès choisie, afin que la violence de ce ton martial échauffât leurs esprits à ma mort et afin d'empêcher par cette émotion que le raisonnement ne pût faire son office, comme il arrive dans nos armées, où ce tintamarre de trompettes et de tambours empêche le soldat de réfléchir sur l'im* portance de sa vie» (p. 172).

Que l'opposition à la guerre chez Cyrano Bergerac repose sur une conviction de principe, cela ressort clairement d'un autre pas» sage, tout rabelaisien dans sa conception burlesque.

Cyrano voit à sa consternation entrer un jour chez son hôte un homme tout nu qui porte à sa ceinture «un bronze figurant les par* ties honteuses». Il demande une explication, et apprend que c'est «la marque qui distingue le noble d'avec le roturier».

«Ce paradoxe me sembla si extravagant que je ne pus m'em» pêcher de rire.

«Cette coutume me semble bien extraordinaire, dis'je à mon petit hôte, car en notre monde la marque de noblesse est de porter l'épée.» — Mais lui, sans s'émouvoir: «O mon petit homme, s'écria» t»il, que les grands de votre monde sont enragés de faire parade d'un instrument qui désigne un bourreau, qui n'est forgé que pour nous détruire, enfin, l'ennemi juré de tout ce qui vit, et de cacher, au contraire, un membre sans qui nous serions au rang de ce qui n'est pas: le Prométhée de chaque animal et le réparateur infatigable des faiblesses de la nature. Malheureuse contrée, où les marques de

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