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CHRISTIANISME PRIMITIF

Nous avons pu constater que les idées de l'unité du genre humain, du caractère criminel de la guerre entre les hommes qui doivent se considérer comme membres d'une seule famille, avaient été fortement accentuées par les philosophes grecs et romains. On retrouve les mêmes convictions, sous une forme plus prononcée encore, parce que reposant sur une foi religieuse fervente, chez les nombreux ses sectes qui foisonnent dans l'Empire romain dès le premier siècle de son histoire. Aux arguments philosophiques et moraux qu'avaient proférés les penseurs, les sectes et leurs fondateurs ajoutent les injonctions religieuses.

C'est là notamment le cas du christianisme. Et puisque c'est cette religion qui, seule, parmi la grande multitude de nouvelles croyances dont nous parlent les auteurs et les monuments, allait acquérir une importance profonde et en même temps universelle, nous nous bornerons à étudier les doctrines du christianisme primitif dans l'ordre d'idées qui nous intéresse'.

Le dogme fondamental du christianisme exprime un humanita^ risme de principe: il n'y a qu'un Dieu; il est le père de tous les

Voir pour Apollonius de Tyana, Laurent, Etudes, III, p. 487—89.

CHRISTIANISME

humains; par conséquent tous les hommes sont frères. Ainsi la fra» ternité des êtres humains, l'unité du genre humain — tous ces prin» cipes du pacifisme se trouvent implicitement consacrés par la religion*.

Mais le christianisme primitif — tel qu'il nous est connu dans les Evangiles - ne s'arrête pas là; il ne se borne pas au point de vue qui avait été celui des stoïciens, de Sénèque, d'Epictète, de Marc»Aurèle. Il tire du principe des conclusions nouvelles et har* dies: il est franchement anti»militariste; il condamne tout recours à la violence, par conséquent toute guerre, même la guerre défensive, en posant le principe de la non<résistance au maP.

Le fondateur du christianisme va en réalité beaucoup plus loin encore. Lorsque Jésus dit: «Mon royaume n'est pas de ce monde», il établit une distinction absolue entre le monde politique et celui des enfants de dieu. Les problèmes politiques n'existent pas pour ceux«ci; ils s'en désintéressent complètement, de sorte qu'il ne faut chercher dans les Evangiles aucune indication pour leur solution: le problème de l'organisation de l'Etat, à plus forte raison celui d'une organisation internationale, ne se pose pas pour les chrétiens primi» tifs. Les premières congrégations chrétiennes sont des fraternités, des communions religieuses. Elles ne sont pas en opposition à l'Etat ; elles se trouvent, pour ainsi dire, en dehors de lui; elles se placent sur un tout autre terrain.

On aurait cru que ces tendances anti»politiques, ou plutôt a<politiques, auraient dû conduire à un anti«militarisme actif, au refus absolu de la part des chrétiens de servir dans l'armée des Césars. II n'en est rien*. II est vrai que rien ne fait croire qu'un seulchré»

' Cp. Jaiins, Ueber Krieg, Frieden und Kultur (Berlin, 1893) p. 136ss.

' «Es bedarf nicht weiterer Worte um festzustcUen, dass das Evangelium aile Gewalt ausschliesst und nichts kriegerlsches an sich hat oder nur dulden will.» Harnack, Militia Christi (Tiibingen, 1905), p. 2. Harnack cite notamment Math., 26.52 et Jean, 18.36.

* Cp. pour ce qui suit Harnack, Militia Christi, passim.

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