‹ Histoire de l'internationalismeChapitre 16 sur 142 · SERVICE MILITAIRE · texte numérisé non relu

SERVICE MILITAIRE

tien soit entré dans l'armée après être baptisé. Il fut facile d'éviter ce conflit, l'obligation du service militaire n'existant pas. Mais un problème très grave se posa dès l'époque où le christianisme envahit l'armée elle*même.

On aurait cru qu'un chrétien ne pouvait plus rester sous les armes. Ce n'est pas ainsi, toutefois, que les chrétiens primitifs ont compris l'Evangile. Non seulement Jésus avait dit: «Rendez à César ce qui est à César» ; mais St.»Paul avait écrit que chacun devait rester dans sa condition. On en conclut que le soldat baptisé devait de» meurer soldat; seulement il devait s'abstenir autant que possible d'assister aux rites religieuses dans l'armée.

Cette attitude nous paraît une déviation des principes du chri» stianisme^ et elle semble en contradiction avec le refus des chrétiens d'adorer les images des empereurs. Il est évident que le caractère a<politique du christianisme, son désintéressement à l'égard des choses de ce monde, a entraîné une sorte de rétractation de l'anti» militarisme pur et simple. Plusieurs autres circonstances ont contri» bué à créer cette attitude transactionnelle : les allégories fréquentes de l'Apocalypse, ou des épitres de St.*Paul, tirées de la vie militaire — ainsi ïimothée est qualifié de «miles Christi» - enfin les récits des guerres des Israélites ordonnées par Dieu lui»même.

Ce dernier point devint l'objet de polémiques très vives entre les auteurs chrétiens, déjà au 2e siècle de notre ère. D'une part on dit: Dieu a ordonné la guerre à son propre peuple; donc la guerre est légitime; d'autre part, on fait une distinction absolue entre ce qui avait été admis «sous la loi», et ce qu'ordonna l'Evangile.

C'est le premier exemple d'une série de polémiques au sein du pacifisme chrétien poursuivies jusqu'aux temps les plus modernes*. Les mêmes arguments sont réitérés de part et d'autre, jusqu'à satiété, et sans qu'on puisse jamais arriver à une solution définitive du

* Voir e. a. les premières années du Herald of Pïace, organe de la Peace Society de Londres, paraissant depuis 1819.

CHRISTIANISME

problème. On n'est pas encore parvenu à la conception historique d'une évolution : les commandements de Dieu sont absolus, faits pour toute époque, pour n'importe quel peuple.

Déjà dans cette première rencontre les positions sont prises de part et d'autre, et il est donc intéressant d'indiquer brièvement les arguments.

Marcion (2e siècle) représente un point de vue radicalement anti»militariste. Il va jusqu'à rejeter l'Ancien Testament comme anti'évangélique, parce que guerrier. Ses adversaires ne se bornent pas à défendre l'Ancien Testament contre semblable imputation; ils vont beaucoup plus loin et plusieurs d'entre eux essayent de prouver que même le Nouveau Testament admet la guerre comme légitime et approuve le service militaire. Puisque l'Ancien Testa» ment est la parole de Dieu, rien de ce qu'il ordonne ne peut être faux.

Origène, tout en combattant Marcion, essaye de trouver une interprétation qui puisse concilier les contradictions. D'après lui les guerres de l'Ancien Testament ne sont que des allégories des luttes du croyant contre les péchés et le monde; il en est de même du «miles Christi» ; cette expression est également allégorique ! il s'agit de l'ascète, le chrétien militant contre le vice et les tentations. — C'est une manière de voir que nous retrouverons chez maint paci* fiste chrétien.

D'autre part Origène ne réprouve pas toute guerre ; il distingue les guerres légitimes des guerres injustes*', mais la guerre lui semble, toutefois, si peu chrétienne de sa nature, qu'il défend aux croyants de faire le service militaire. De même Lactance (4e siècle)'.

Ces injonctions n'ont pas été suivies; on trouve même, dans

• Contra Celsum, IV. 82 (voir Harnack, p. 70).

' Inst. div.: «Il n'est pas permis à un homme juste dctrc soldat; ... il est défendu de tuer, de quelque manière que ce soit». Cite d'après »Sur l'internatio^ nalisme», Paris, (1906), p. 236.

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