L'EGLISF HT LA GUERRE
Testament avec son caractère national et guerrier a toujours servi l'évolution de semblables conceptions'*.
D'autre part, il est évident que pour ceux qui sont capables d'un raisonnement logique, la prière à Dieu de venir à leur aide, doit être subordonnée h la conviction que leur cause est «juste et raisonnable». Il est vrai que l'Eglise catholique ou universelle n'a jamais créé chez elle des organes pour connaître des litiges, ni sur* tout pour enforcer la solution juridique des conflits — nous revien» drons plus loin à la question'*. — Mais le problème des critères d'une guerre «juste et raisonnable» a toujours vivement intéressé les théologiens et les moralistes, non seulement au Moyen»Age, mais aussi pendant les temps modernes.
Avant de donner un aperçu rapide de ces discussions au moyen» âge, il faut parler d'un exemple assez curieux d'anti<militarisme pro* nonce de la part de l'Eglise catholique, ou plutôt de l'approbation qu'elle a donnée aux représentants de ces théories.
Il s'agit des membres du TierstOrdre fondé par Saint»François. Depuis sa fondation en 1221 jusqu'en 1289, pendant près de soixante» dix ans, ces moines ont été protégés par les papes, qui leur re« connaissaient non seulement le droit de ne jamais prendre les armes, mais qui ne permettaient pas même aux barons le droit d'exiger une compensation en nature pour le service militaire refusé'^. Toute une série de bulles consacrent ce droit. — En 1289, seulement, Nicolas IV abolit ce privilège en établissant une restriction qui est en même temps une légitimation de certaines guerres. Il dit": «Les
" Cp. la popularité de l'Ancien Testament dans l'armée de Cromwell. — Il est probable qu'il en est de même dans la guerre présente.
" Nous discuterons en même temps les efforts de l'Eglise en faveur de la Trive de Dieu, efforts qu'on a voulu considérer comme une preuve de l'antiimili» tarisme de l'Eglise.
" Voir «Sur l'internationalisme», p. 216—17, et la littérature y citée.
" 1. c. 216—17: «Arma mortalia contra quempiam non recipiant vel secum ferant . . . nisi pro defcnsione romanae Ecdesiae, christianae fidei, vel etiam terrae ipsorum.» La Bulle «Supra montera».
CHRISTIANISME
Frères ne doivent recevoir ni porter avec eux des armes mortelles contre qui que ce soit ... si ce n'est pour la défense de l'Eglise romaine, de la foi chrétienne, ou bien de leur propre terre.»
Cette bulle est en même temps une déclaration de principe par rapport au problème de la légitimité d'une guerre : seule la guerre défensive est «juste et raisonnable». Reste, toutefois, la question la plus difficile de toutes : quelles sont les guerres de défense?
Nous sommes loin de l'anti^militarisme de principe du Christian» isme primitif. Peut<on en voir une trace dans la lutte menée par l'Eglise pour la libération du service militaire en faveur de ces clercs? Théoriquement, ce privilège ne peut être motivé que par un raisons nement anti^militariste; la guerre en soi est un métier si peu chrétien que le port des armes ne peut être admis pour les ministres de l'Evangile. 11 est vrai que c'était en même temps un privilège d'une haute valeur pratique. — Il est consacré par nombre de législations nationales, aussi bien de pays catholiques que d'états protestants.