‹ Histoire de l'internationalismeChapitre 20 sur 142 · SAINT.AUGUSTIN · texte numérisé non relu

SAINT.AUGUSTIN

rapports: d'une part elle est le point de départ des études d'où naîtra la science du Droit international; d'autre part, elle est l'une des sources de la tradition pacifiste proprement dite, et qui doit être distinguée de l'anti^militarisme chrétien représenté par les sectes, surtout au Moyen»Age.

L'anti«militarisme pur et simple, la théorie de la non<résist' ancc au mal, n'a pas d'adhérents parmi les canonistes du Moyen< Age. Il y a des guerres qui sont, non seulement permises, mais même imposées comme un devoir religieux, telle la guerre contre les in« fidèles.

Une grande figure de la fin de l'Antiquité domine cette dis» cussion — celle de l'évéque d'Hippone Saint»Augustin (354—430). Dans son traité De Civitate Dei, écrit vers la fin de sa vie, il avait formulé les bases des conceptions sociales et politiques dont ont été pénétrées les générations successives du Moyen«Age chrétien: l'idée de l'Eglise universelle — la Cité de Dieu — s'élevant sur les ruines de l'Empire romain sombrant, au milieu desquelles il a lui»méme vécu. C'est la mission de l'Eglise de réaliser ici^bas, autant que pos» sible la terrena pa.x — la paix mondiale.

Pour Augustin la paix est la fin de toute société bien ordonnée*. C'est pourquoi même les guerres sont faites afin d'obtenir la paix*. Augustin, qui a flétri la guerre de conquête dans des paroles deve< nues célèbres^ est donc loin de condamner toute guerre; il n'est pas anti«militariste. La légitimité d'une guerre est pour St. Augustin liée à certains critères: le droit de déclarer la guerre est un attribut de la souveraineté; ce ne sont que les princes qui peuvent faire la guerre; elle est interdite aux particuliers. Et pourvu que le prince

' «Fax hominum, ordinata concordia. Fax domus ordinata imperandi atque obediendi concordia civium.» De Civ. Dei, Lib. XIX, 13 (Ed. Basel, Frobenius, 1512, fol. 653.)

' «Pacis igitur intentione geruntur et bella» (ibd. Lib. XIX, 12, fol. 650). Comp. Epistol. 205 ad Bonifacium. Cite Vanderpol. p. 34.

* «Quid aliud quam grande latrocinium nominandutn est?» 1. c. IV. 6.

CHRISTIANISME

ait ordonné la guerre, elle est par ce fait même légalisée pour ses sujets*, avec cette seule réserve que le sujet ne doit faire ce qu'il voit clairement être contraire aux commandements de Dieu: si le cas est douteux, il faut suivre les ordres du prince, «de sorte qu'il pourra se faire que l'injustice de l'ordre rende le roi coupable, tan» dis que l'obéissance laissera le soldat innocent». C'est un raisonne* ment que n'aurait jamais approuvé l'Eglise primitive ; il sera repoussé également par les sectes du Moyen»Age. Mais il a servi de base à toute la politique officielle des états jusqu'à nos jours.

Cette doctrine a inspiré aussi l'enseignement des canonistes du moyen«âge. Ils la développent et l'approfondissent.

C'est ce qu'a fait p. ex. Henri de Suse* dans un grand traité théologique. Son raisonnement repris par beaucoup d'auteurs posté» rieurs est typique. Il y a quatre catégories de guerre légitime: la guerre contre les infidèles; la guerre faite en vertu d'un ordre du juge ; la guerre faite sur l'ordre du prince, et enfin «la gtierre néces» saire» ou, comme nous dirions, la guerre défensive. Malheureusement l'auteur n'étudie pas les critères de la «guerre nécessaire» ; ils auraient été pour nous les plus intéressants; mais puisqu'il distingue la guerre nécessaire de celle qui est faite sur l'ordre d'un juge, il faut croire que la guerre nécessaire est entreprise pour repousser une attaque, une invasion — ce qui n'empêche que même semblable guerre puisse au fond être due à celui qui est attaqué: l'offensive militaire peut n'être qu'une mesure défensive. Le critère n'est donc pas sûr.

Un autre critère posé par Henri de Suse, celui de l'ordre du prince, ne représente qu'une répétition de la doctrine de Saint» Augustin.

' «Ergo vir justus, si forte sub rege, homine etiam sacrilego, militet, recte potest illo jubente bellare, si. vice pacis ordinem servans, quod sibijubetur, vel non esse contra Dei praeceptum, certum est, vel utrum sit, certum non est; ita, ut foi' tasse reum faciat regem iniquitas imperandi, innocentent autem militem ostendat ordo serviendi.» Contra Faustum, XXII. 75. Cité par Vanderpol, p. 85.

* Henricus de Segusio (Hostiensis) (1210—71); évèque de Hostia, Sumtna super titulis decretalium. (Imprimé à Cologne, 1612).

Page 1