ANTI^MILITARISME DES SECTES
L'Eglise avait fait sa paix avec le monde: elle s'était en réalité sécularisée, en se créant une organisation politique puissante; elle s'était alliée en outre au pouvoir laïque, et dès que sa propre puis» sance paraissait menacée, elle appelait à son aide «le bras séculier».
Cette évolution ne put pas satisfaire tous les croyants. Les âmes les plus profondément religieuses devaient surtout être éloignées et même repoussées par l'accentuation de plus en plus marquée de la situation extérieure de l'Eglise. Pour ces fervents la religion était
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CHRISTIANISME
surtout un fait intérieur. Beaucoup d'entre eux ne pouvaient s'ac* corder avec l'Eglise officielle.
Ainsi se développa, en face de l'Eglise officielle, un mouvement de sectes, qui n'a jamais cessé d'exister à côté de l'Eglise et en opposition avec celle<ci. Il trouve une source féconde de réconfort et d'accroissement toujours renouvelé dans l'exaltation religieuse, facteur constant de la mentalité humaine à n'importe quelle époque.
C'est un fait très important, mais qui, pourtant, n'a pas été beaucoup mis en relief, que le mouvement des sectes au Moyen«Age accuse des tendances franchement anti*militaristes, et que dans cet ordre d'idées les sectes continuent directement la tradition du chri* stianisme primitif: l'un des griefs que leurs adhérents font à l'Eglise est celui que l'Eglise s'appuie sur le «glaive temporel».
A première vue les sectes du Moycn^Age présentent une diver» site déconcertante: elles apparaissent sous toutes sortes de noms, dans des endroits les plus divers, et leurs idées religieuses, fréquem» ment bizarres, frisant même l'aberration, ne semblent guère à pre» mière vue présenter de similitudes ou de traits communs : on croirait que la plupart des sectes ont été créées par des fondateurs exaltés, agissant le plus souvent dans une pleine indépendance.
Telle fut du moins l'opinion générale parmi les historiens jusque vers le milieu du 19e siècle. Encore aujourd'hui ce point de l'histoire n'est pas complètement élucidé; mais l'avis général semble actuelle» ment pencher vers cette conclusion, que non seulement il existe, pour les sectes du Moyen«Age, un fond commun de vues et de sen* timents, mais qu'il y a même eu entr'elles des liens intimes, .une filiation et une connexité, de sorte qu'on ne doit plus parler des sectes particulières du Moyen«Age, mais plutôt d'un mouvement com» mun des sectes\ On en cherche l'origine dans le Gnosticisme du
' Cp. notamment Dôllincer, Beitrage zui Ketzergeschichte des Mittelalters, I— II (Munchen, 1890), qui discute surtout l'histoire des premiers siècles, et Keller, Die bôhmischen Briider und ihre Vorlaufer, Monatsheftc der Comenius^gesellschaf III (1894). p. 171-209.