HUSSITES
res étapes de son histoire^". Jean Huss élève la même protestation contre la croisade qu'avait élevée Wyclif. En 1411 le pape Jean XXIII prêcha la croisade contre le roi Ladislas de Naples. La croi* sade fut prêchée à Prague. Huss protesta, et dans une controverse du 7. juin 1412 nous retrouvons chez Huss les arguments de Wyclif. Il dit notamment: «Aucun pape ni évêque n'a le droit de saisir le glaive au nom de l'Eglise; il doit prier pour ses ennemis et bénir ceux qui le maudissent.»^'
Il faut faire remarquer, cependant, que nous ne pouvons con* stater chez Huss l'anti'militarisme absolu dont Wyclif fait preuve dans «Seven deadly Sins», et qui est si prononcé dans le développe» ment subséquent du lollardisme. D'après Lechler, Huss ne conteste pas la légitimité pour l'Etat de faire la guerre ; ce qu'il conteste, c'est le droit de l'Eglise de guerroyer^*.
Il est par ailleurs bien connu que certains des hussites n'ont pas hésité à se défendre, les armes à la main, contre l'oppression religieuse. C'est le premier exemple que nous connaissions d'une secte franchement guerrière, phénomène qui se renouvellera en Angleterre au 17e siècle. Il faut probablement voir dans ce fait l'influ» ence exercée par l'Ancien Testament, qui vers cette époque fut mis à la portée des croyants par les traductions fréquentes de la Bible. Plus d'une des sectes s'est considérée comme le peuple élu, auquel le Seigneur enjoignit le devoir de lutter contre les infidèles.
Toutefois les protestations contre cette tendance guerrière n'ont pas manqué au sein des Hussites. Non seulement les Frères Moraves, dont nous aurons à reparler plus tard, sont contre la guerre, mais il
" «Der soganannte Hussitismus ist in den ersten anderthalb Jahrzehnten des 15ten Jahrhunderts eben nichts anders als der auf bôhmischen Boden verpflanzte Wydifismus.» Loserth, dans Herzog, Realencyklopadie, 3te AuH., VIII (1900) p. 475.
" ibd.
*' . . . «zieht Huss die Berechtigung «des weltlichen Arms», d h. des Staats, Kriege zu fiihren keineswegs in Abrede; aber mit grôsstem Nachdruck behauptet er, dass der Pafst, oder irgend ein Bischof, im Namen der Kirche nie und nimmer< mehr das Schwert eigreilen und Krieg fiihren diirie.» Lechler, NXldif, II 176.
5 — Publ. de rinst. Nobel norvégien. IV 65
CHRISTIANISME
en est de même des Hussites radicaux ou «Taborites». Un de leurs chefs, Procope aîné, se déclare contre l'esprit guerrier des adhérents de Jean Ziska- Mais il le fait sans intransigeance: il va même en guerre pour défendre ses coreligionnaires, et afin d'éviter à son pays les horreurs de la guerre, il envoie les troupes des Taborites à l'é» tranger — conduite singulière pour un pacifiste.
Cet aperçu rapide du mouvement sectaire du Moyen>Age pour autant qu'il a fourni des éléments à l'évolution des doctrines pacifi»^ stes, suffît pour montrer le caractère exclusivement moral du mouve» ment: il est sans portée politique. Les sectes ne s'intéressent pas à l'Etat, encore moins à la politique internationale.
Il y a en outre un rapport évident entre la condition sociale et religieuse des sectes et les théories anti»militaristes qu'elles professent. Nous pouvons le constater chez les Vaudois: ce qui les intéresse, c'est surtout la question de la légitimité des exécutions capitales en matière de religion. La discussion du problème de la légitimité de la guerre n'est qu'une application ou une extension de celle relative aux bûchers. Un grand homme comme Wycuf s'élève à la diseuse sion des problèmes généraux. Mais il faut bien reconnaître que même chez lui la doctrine n'est complètement logique et vraiment appro» fondie que pour le problème de la croisade, la guerre du clergé. Dès qu'il arrive à discuter la guerre des princes, il devient incertain et hésitant.
Le sectarisme du moyen*àge est une des sources les plus im» portantes du pacifisme moderne. 11 a maintenu la doctrine .anti» militariste du Christianisme primitif. Mais comme celui»ci il n'a aucune visée politique ; il n'a en rien contribué à l'évolution de l'internationalisme organisateur et juridique. C'est autre part qu'il faut chercher les origines de ce dernier corps de doctrines.