‹ Histoire de l'internationalismeChapitre 36 sur 142 · PAPAUTÉ · texte numérisé non relu

PAPAUTÉ

lisme*. Il est superflu d'insister sur leur caractère anti.pacifiste, ca« ractère qu'elles ont en commun avec plusieurs des initiatives ou des théories internationalistes.

Il serait tout«àsfait inopportun de vouloir poursuivre ici l'histoire des croisades. On sait qu'elles n'ont pas amené l'établissement de la domination universelle des papes; elles ont même fortement con« tribué à ébranler l'autorité et la puissance dont jouissait la Papauté au début des croisades. Grégoire VII à la veille, Boniface VIII au lendemain de l'époque des croisades — ces noms seuls suffisent pour démontrer l'influence exercée, tout compte fait, par les croisades sur la situation des papes dans le monde.

Initiateurs des croisades, les papes ont tâché de creuser un canal par lequel l'esprit militaire de la Chevalerie pourrait être mis au ser« vice de l'Eglise et de la Papauté. D'après le dogme fondamental du Christianisme l'esprit guerrier était, cependant, condamnable, et mainte parole pontificale prononce expressément cette condamnation, comme nous venons de le voirl On peut citer dans le même ordre d'idées, parmi les tentatives pour limiter l'empire de la guerre et de la violence, l'institution de la pax Dei, la paix de Dieu, ou celle de la treuga Dei, la trêve de Dieu.

Peut»on voir dans ces deux idées une tentative d'organisation internationale? La théorie de l'existence d'une Eglise universelle ou d'un Etat mondial sous l'empire des papes, exclut la possibilité même de poser le problème international proprement dit — problème qui n'existait pas, ou, plutôt, dont on ne s'apercevait pas. Par contre, au point de vue moral, et même en fait, le problème reste identi» que: il s'agit dans l'un et l'autre cas d'écarter le régime de la violence.

L'Eglise ne peut pas admettre la guerre dans son sein; l'idéal serait donc d'établir la paix de Dieu — la pacification complète entre

* Voir au chapitre IV sur les projets de Pierre Dubois et de Georges Po» DiEBRAD, et plusieurs autres.

' Plus haut. p. 40-41.

6 — Publ. de rinst. Nobel norvégien. 1\'. ol

EMPIRE ET PAPAUTÉ

les fidèles. Idéal manifestement impossible à réaliser. Voilà pourquoi l'Eglise se voit obligée à transiger avec l'esprit guerrier, avec les traditions militaires. Elle tâche d'imposer au moins la trêve de Dieu, treuga Dei, qui devait durer, dans la pensée de ses auteurs, du mercredi soir au lundi matin de chaque semaine. Inutile de dire que même cette règle n'a pu être observée".

Bien que l'importance de ces tentatives ne soit pas grande, l'in» térêt en est considérable à plusieurs points de vue: elles ont leur parallèle, premièrement, dans les efforts des princes territoriaux d'é» tablir la paix à l'intérieur de leurs états — den Landesfiieden, comme on l'a appelée en Allemagne — efforts qui ont enfin abouti aux temps modernes. Nous trouvons un autre parallèle dans l'évolution toute moderne du droit de la guerre. L'institution de la trêve de Dieu est une tentative pour «organiser» la guerre, pour en limiter les ra» vages désastreux, comme de nos jours on a fait la même tentative par la Convention de Genève, par les traités internationaux de La Haye concernant le droit de la guerre, ou par la Déclaration navale de Londres.

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