‹ Histoire de l'internationalismeChapitre 35 sur 142 · PAPAUTÉ · texte numérisé non relu

PAPAUTÉ

politiques. C'est pourquoi ils s'arrogeaient le droit de détrôner les rois, de délier les sujets de ceux-ci de leur serment de fidélité.

Le pouvoir des papes était»il réellement plus grand que celui des empereurs? Il avait cette supériorité, qui. au point de vue qui nous occupe, était aussi un avantage réel, que son extension était plus vaste. Toute la chrétienté catholique romaine, et à certaines époques, notamment sous le pontificat d'Innocent III, même l'Eglise byzantine, reconnaissait l'autorité papale. Mais ce n'était qu'une forme. Car il ne faut pas oublier combien était précaire en réalité cette domination. Même Innocent III, dont l'autorité fut reconnue par tant de princes, ne parvenait pas à imposer sa volonté au Roi Sverre de Norvège. Et pour les autres papes les défaites réelles qu'ils subirent, les compromis auxquels ils se résignèrent, ne se comp» tent pas. La domination de la chrétienté par la papauté était plutôt nominelle, même au temps de son apogée. Et si l'autorité papale s'étendait plus loin, si elle avait vraiment ce qu'on pourrait appeler une extension mondiale, il ne faut pas oublier combien elle était circonscrite et restreinte: elle n'avait qu'un caractère spirituel, excepté dans de rares moments de fortune.

On aurait pu croire que la victoire retentissante des papes sur les Hohenstaufen allait établir sur des bases solides la domination ecclésiastique. C'est la conscience fière de cette victoire qui s'affirme dans les paroles hautaines de Unam sanctam, qui viennent d'être citées. En réalité la papauté était allée trop loin en voulant vaincre l'empereur. Elle croyait rester seule maîtresse; mais par son ambition elle a provoqué contre elle l'opposition des autres puissances de l'Europe qui se sont tournées contre elle au lendemain de sa victoire. Le- chant de triomphe de Unam sanctam est suivi de près par la défaite ignominieuse d'Anagni, événement qui ouvre le quatorzième siècle, siècle de l'exil d'Avignon et du schisme papal.

C'était le jeune Etat national, représenté par la France de Philippe le Bel, qui infligea cette défaite au pape, représentant de

EMPIRE ET PAPAUTÉ

l'idée internationale. Nous parlerons plus loin de cet événement capital dans l'évolution des relations internationales.

Après cette défaite il ne pouvait plus être question d'un empire mondial des papes. La domination universelle de la Sainte«Eglise avait suivi dans le tombeau celle du Saint«Empire.

On pourrait peut«étre citer une seconde tentative pour établir une organisation mondiale sous l'égide de l'Eglise; je veux parler des Conciles, provoqués par le schisme papal. Dans ces assemblées un essai est fait d'organiser l'Eglise catholique sur une base fédéra* tive. Les Conciles ont cela en commun avec les conférences diplo* matiques de notre temps moderne qu'on y vote par nations' — con» cession à l'esprit moderne national qui est remarquable et intéressante de la part de l'Eglise mondiale, unitaire par essence. — On sait que le mouvement pour une réforme par les Conciles échoua. Cet avorte» ment s'ajouta à la défaite d'Anagni pour prouver définitivement que l'Eglise n'était pas en état de créer cette société internationale qui assurerait la paix universelle — la pax terrena de Saint«Augustin. La victoire sur les Conciles a surtout eu pour effet de faire du pape, pour les siècles suivants, un prince purement italien.

S'il est nécessaire de réduire considérablement les prétentions des papes à la domination universelle, s'il faut dire que cette domi« nation est une prétention sans fondement réel, il n'en reste pas moins vrai qu'il y a plusieurs phénomènes appartenant à l'histoire de l'E» glise, et plus spécialement à celle de la papauté, dont l'intérêt et la signification par rapport à notre sujet sont considérables.

On pourrait d'abord citer les croisades, expression du rêye de la domination mondiale au nom de la papauté. Car c'est celle<ci qui provoque ces exploits guerriers, qui visent la soumission des in» fidèles à l'empire de l'Eglise, empire légitime et nécessaire. L'idée des croisades, internationale par essence, ou même mondiale si l'on veut, jouera un rôle plus tard dans l'histoire de l'internationa'

• Au Concile de Constance (1414—18) on en compte cinq: Italie, France. Allemagne, Angleterre, Espagne.

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