RÉFORME RELIGIEUSE
presque sans interruption, ces guerres désolent l'Europe centrale et occidentale, et un problème spécial se pose dans l'ordre d'idées que nous étudions: la guerre pour la foi, est»elle légitime? — Nous verrons que des débats très vifs s'engageront à ce sujet.
D'autre part, la Réforme, tout comme l'Humanisme, a été une grande force libératrice des esprits. Ceci est beaucoup plus vrai de la Réforme de Zwingli et de Calvin que de la Réforme aile» mande. Luther s'est empressé de faire la paix avec les autorités, «the powers that be». Il prêche la doctrine de l'obéissance passive. Son église deviendra bientôt une machine de gouvernement, sorte de police spirituelle. Aussi voit»on la pensée libre et indépendante dépérir très vite au sein des Églises luthériennes. Il en est tout autrement des Eglises réformées de l'Europe occidentale. D'abord Calvin, en plaçant l'homme, sans aucun intermédiaire, devant Dieu, devant le dogme impitoyable de la prédestination, trempe les carac» tères par une épreuve suprême. Les congrégations calvinistes deviennent des pépinières de personnalités indépendantes. Les doctrines de liberté religieuse, de liberté politique y trouvent les défenseurs les plus acharnés. Ainsi se continue la tradition des sectes du Moyen^Age. L'indépendance est toujours la mère des variations; toute une multitude de sectes surgissent au sein des églises calvin* istes; en Angleterre, pendant le grand réveil religieux du XVIIe siècle, on les compte par centaines. Tout comme les sectes du Moyen«Age, celles des temps modernes cherchent la source de leur inspiration et la base de leurs convictions dans la Bible. De par les mêmes conditions qu'du Moyen^Age, nous verrons surgir dans des sectes nouvelles des doctrines pacifistes et anti'militaristes.
Nous pouvons donc constater que l'influence des trois faits capitaux qui ouvrent l'époque moderne, est complexe, sinon contra» dictoire, en ce qui concerne notre problème. La doctrine politique de la Renaissance italienne; l'augmentation des richesses par les découvertes géographiques et les convoitises éveillées par la posses»
TRANSITION AUX TEMPS MODERNES
sion des colonies; enfin l'établissement d'Eglises territoriales — tout pousse l'Europe vers la désorganisation, vers l'anarchie internationale. D'autre part l'extension de l'horizon par les nouvelles découvertes d'outre»mer éveille les ambitions intellectuelles, évoque les concep» tions hardies des utopistes; l'Humanisme chrétien jette la première base d'une Europe intellectuelle en dehors de la tutelle du clergé, et la Réforme, au fond mouvement sectaire et révolutionnaire, délivre, avec la Renaissance, les esprits des chaînes de l'autorité.
Dans le domaine politique, cependant, un fait capital domine tous les autres: la formation des Puissances européennes. Le XVe siècle les voit naître: les guerres d'Italie, dont l'enjeu est la domina» tion de la Péninsule italienne, le pays le plus riche et le plus cultivé de l'Europe, mettent en présence les trois plus grandes puissances de l'Europe moderne, l'Autriche, l'Espagne, la France, et le XVIe siècle est tout rempli de leurs luttes, auxquelles se mêlera bientôt l'ambitieuse Angleterre des Tudors. Suit la période des Guerres de religion, dans lesquelles seront impliqués d'autres pays encore: les Pays«Bas, le Danemark, La Suède, la Pologne, le Brandebourg, qui deviendra plus tard la Prusse. Pendant plus d'un siècle les peuples s'égorgent afin de convertir les hérétiques ou bien pour revendiquer leur liberté religieuse.
C'est la guerre qui façonne les états européens et détermine leur structure. Les souverains, avant tout cheis guerriers, mettent à profit, pour les besoins de leur politique extérieure, toutes les ressources de leurs sujets. Ainsi le fait d'appartenir à l'un ou à l'autre des états devient beaucoup plus important qu'il ne l'avait été au MoyensAge. Les frontières, si peu prononcées naguère, deviennent de plus en plus profondes. Les états s'organisent d'après des principes d'égoisme et d'exclusivisme; la politique mer» cantile apparaît et domine la pratique et les théories: le commerce n'est qu'un autre moyen de faire la guerre aux états étrangers. D'une façon générale la main des uns est toujours levée contre celle des autres. Cet état de guerre éternelle, ouverte et latente, est