GRANDES DÉCOUVERTES GÉOGRAPHIQUES
états ont été accentuées, et si surtout CharlesoQuint semblait parfois très prés d'une domination universelle, ce n'était pas sur la base d'une idée vraiment internationale. C'était l'ambition pure et simple d'une hégémonie.
En outre les découvertes géographiques ont accéléré l'évolution vers l'établissement d'états souverains en offrant de nouveaux objets à leur convoitise et à leurs rivalités: l'époque des guerres coloniales, depuis la fin du XVIe siècle jusqu'à 1815 est aussi l'époque de l'anarchie la plus complète au point de vue international.
La Réforme religieuse n'a pas été moins désastreuse au point de vue de l'unité et de la communauté internationale que n'a été l'effet des grandes découvertes géographiques. Pendant un siècle et demi elle a profondément divisé l'Europe. La Réforme, en établis» sant les Eglises nationales, ou plutôt territoriales, en en faisant des annexes aux dynasties, a ainsi donné une impulsion nouvelle à l'évolution, déjà si marquée, vers l'établissement de l'Etat souverain. Même le lien qui reliait, pendant le Moyen»Age, les peuples et les princes à la communauté internationale de l'Eglise catholique, même ce faible lien est rompu, et au sein de chaque Etat qui se sépare de Rome, le souverain voit s'accroître non seulement ses ressources économiques par la confiscation des biens de l'Eglise, dont au moins une partie lui échoit, mais aussi son influence politique. Son autorité devient plus forte par la dégradation du clergé en un service de fonctionnaires dépendant de sa bonne volonté, et il obtient une autorité spirituelle en devenant le chef de l'Eglise nationale, au moins dans les pays luthériens et en Angleterre.
Nous avons constaté que déjà à partir de 1300 on pouvait prévoir la fin des institutions internationales du Moyen«Age, l'Empire, l'Eglise universelle. La Réforme leur inflige la défaite définitive et irrévocable.
Le pape voit se restreindre singulièrement la sphère de son autorité; même les rois trèsschrétiens ou très»catholiques ne recon» naissent pas son autorité, et l'Angleterre et l'Ecosse, la Hollande,
TRANSITION AUX TEMPS MODERNES
les pays Scandinaves et 1 Allemagne du Nord se sont absolument soustraits à son autorité; il est vrai que la colonisation espagnole et portugaise offre à l'Eglise catholique des conditions nouvelles d'expansion. Mais il n'est plus question d'une Eglise universelle.
Pour l'Empereur la situation est peut»être encore plus tragique; il est plus facile de soutenir l'illusion d'un empire universel dans le domaine spirituel que dans le domaine politique. Sur le dernier terrain les faits sont plus tangibles, plus soumis à un contrôle exact. Tout le monde put voir que l'universalité du Saint*Empire romain ne fut qu'une fiction, que la puissance réelle de l'Empereur dépendit de ses possessions territoriales, et que son autorité sur les autres princes, même ceux d'entre eux qui en droit étaient ses feudataires, était de pure forme. Les traités d'Augsbourg et de \X''estphalie n'ont fait que confirmer en droit un état de fait existant depuis longtemps.
Les suites de la grande scission religieuse ont donc été impor* tantes au point de vue international. Il n'est que trop facile à comprendre qu'une révolution aussi profonde ne put s'opérer pacifi< quement. D'une part 1 idée de soutenir l'autorité religieuse par les armes était courante, admise en théorie comme en pratique. Car l'hétérodoxe est un hérétique, un insoumis qui refuse l'obéissance à l'autorité établie. Contre les Albigeois, contre les Hussites la croisade avait été prêchée. D'autre part la question de l'unité de la religion ou de la diversité des églises devint politique: la grande puissance de l'époque, l'Espagne, embrasse la cause de l'Eglise catholique; il en est de même d'une autre puissance, l'Autriche, à laquelle l'Empire est lié. Les autres états, ou la plupart d'entre eux, se liguent contre l'Espagne et l'Autriche; quelques»uns embrassent la Réforme, d'autres, comme la France, demeurent catholiques, mais poursuivent une politique indépendante.
Ainsi la Réforme a ajouté un germe fécond de divisions à celles qui se trouvaient déjà en Europe, et l'âge de la Réforme est suivi de la période des Guerres de religion. Pendant un siècle, et