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ERASME: ELOGE DE LA FOLIE

dat Démosthèiie qui, suivant le conseil d'Archiloque, jeta son bouc lier dès qu'il vit l'ennemi — guerrier aussi lâche qu'orateur éminent. Mais, dira»t«on, l'intelligence est de la plus grande importance à la guerre. J'en conviens pour ce qui est du général, mais après tout, c'est une intelligence spéciale et militaire, ce n'est pas l'intelligence philosophique; quant aux autres, cette chose si glorieuse est faite par des parasites, entremetteurs, brigands, bandits, rustres, stupides, endettés et par la lie de l'humanité, non pas par des philosophes qui travaillent à la lampe.»

Cette moquerie enjouée de la folie, de la stupidité de la guerre revient souvent chez Erasme: il voit très bien que la guerre ne paie, ni l'une ni l'autre partie. Très souvent, on retrouve aussi la peinture par onomatopées," qui, d'après sa citation, serait empruntée à Virgile. La constatation que la guerre était une carrière des mau« vais sujets, n'était que trop naturelle à l'âge des condottieri et des troupes mercenaires.

Plus loin dans le même ouvrage Erasme traite de la politique des papes, et à cette occasion il parle de nouveau de la guerre. C'est la politique de Jules II qui lui en fournit la matière ;'•' il ne respecte pas du tout le patrimoine de St. Pierre, ni le pape personnel* lement. L'esprit de guerre envahit le clergé en général. Les évêques allemands négligent les offices divins, les bénédictions et toutes les cérémonies religieuses, ils figurent tout bonnement comme guerriers, et on dirait qu'ils estiment que ce serait lâche et peu convenable à un évéque de rendre son âme vaillante à Dieu ailleurs qu'en campagne.'"

Les idées pacifistes ne sont encore qu'effleurées par Erasme dans le Marias enkomion. Il y reviendra dans d'autres ouvrages. D'une façon générale elles jouent un rôle très grand dans son esprit

' «et rauco crepuerunt cornua cantu».

• Opcra, IV. p. 484.

'" Op. 1\'. 485.

LA TRADITION PACIFISTE; I. HUMANISME CHRÉTIEN

pendant ces années. Nous avons dit qu'il séjourna en Angleterre de 1510 à 1514. II y avait été appelé par un de ses protecteurs, Lord Mountjoy, très en faveur chez Henri VIII, dont l'avènement en 1509 avait été salué par les humanistes avec tant de joie: Henri, théolo* gien et savant, amènerait le règne des lettres et des arts. La désil» lusion ne tarda guère, dès qu'on vit que le jeune roi était dominé par une ambition guerrière, qu'il allait se mêler à la politique con« tinentale. Comment les humanistes pourraient^ils attendre la protec» tion d'un roi qui dépenserait tout son revenu à la guerre? Au point de vue de leur idéal de paix et de concorde la déception était plus cruelle encore.

Nous ne raconterons pas ici les exploits de guerre de Henri VIII pendant le séjour d'Erasme en Angleterre. Il suffit de dire que tout l'intérêt public était tourné de ce côté. C'est vers cette époque, en 1512, que John Colet, du haut de sa chaire à St. Paul de Lon» dres, condamna la guerre du Roi." C'était une action courageuse. Le Roi s'en émut, et appela John Colet auprès de lui, à Green* wich. Il prit même la peine de lui expliquer la nécessité politique de sa campagne contre la France. Il parait que le Doyen de St. Paul, sans retraiter aucun principe, donna de ses paroles une interprétation qui satisfit le Roi. Dans une de ses lettres, écrite plusieurs années plus tard, Erasme fait observer à ce sujet: «Le Roi désirait que Colet répétât en une autre occasion et plus amplement ce qu'il avait dit en réalité, surtout à cause des soldats peu instruits, qui interpréteraient autrement que lui ses paroles, à savoir que pour les chrétiens aucune guerre ne pourrait être juste. Colet, par sa prudence, et par la singulière modération de son esprit, non seule» ment satisfit le Roi, mais il accrut même sa faveur antérieure.»"

" Seebohm, 1. c, p. 261.

" Erasmi Opéra, III, 461, Epistola CCCCXXXV, écrite sur la nouvelle de la mort de Colet (16. sept. 1519). «. . . Rex optabat, ut quod Coletus vere dixis^ set, dicerct aliquando explanatius ob rudes milites, qui secus interpretatentur quam ipse dixisset, videlicet Christianis nullum esse bellum justum. Coletus

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