CHAPITRE PREMIER ANTIQUITÉ
§ 1er LES EMPIRES MONDIAUX
Ce n'est qu'avec des réserves expresses qu'on peut parler, par rapport à l'Antiquité, du problème d'une organisation internationale. On pourrait plutôt parler de celui d'une organisation «mondiale». C'est à ce dernier point de vue que Walther Schucking' envisage le problème. On va peut«être objecter que le problème «mondial» s'est posé encore moins, parce que le «monde» de l'Antiquité était extrêmement limité. Cela est surtout vrai des empires de l'Orient, celui des Assyriens ou celui des Perses; leur étendue était peu con* sidérable, comparée à celle de l'Empire d'Alexandre ou de l'Empire romain, pour ne pas parler des puissances mondiales du temps pré< sent. En principe, cependant, le problème reste identique, et puisque les Grands Rois des Assyriens et des Perses visaient un empire d'après eux universel", il aurait fallu les étudier de plus près, si leur ambition n'avait pas été exclusivement dirigée vers la domination et la sujétion des peuples.
' Voir son remarquable ouvrage, «Die Organisation der Welt» (Festgabe fiir Laband, Tiibingen (Mohr) 1908, pp. 533—614; paru en outre à part sous le même titre), 1er Chapitre, «Der Weltstaat der Antike» (p. 540-46).
' Voir les citations chez SciiOckinc, p. 540—41.
ANTIQUITÉ
On ne trouve pas chez eux l'idée d'une organisation, d'une coordination des éléments de l'empire, encore moins la pensée d'une communauté des nations qui le composent.
Il en est déjà autrement de l'Empire d'Alexandre. Au moins paraît»il qu'il a envisagé lui»même une coopération entre les Hellè» nés et les Orientaux sur la base de l'égalité, et en tout cas il a voulu faire de son Empire, non pas une source de satisfaction per« sonnelle, mais une oeuvre de civilisation et de bien-être pour ses sujets. Son empire a trop peu duré pour qu'on puisse parler d'une réalisation de ces idées élevées. Cependant, in magnis et voluisse sut est, et d'autre part nous pouvons constater l'influence exercée par la conception grandiose d'Alexandre sur la pensée de la postérité, notamment sur les conceptions de la Stoa. Les conquêtes d'Alexandre ouvrent l'âge de l'hellénisme, première époque cosmopolite de l'his* toire. Un syncrétisme des cultures nationales surgit. La pensée philosophique devient cosmopolite.
Ce qui n'était resté qu'un rêve pour Alexandre, sembla réalisé par l'Empire romain.
Pour l'historien qui embrasse d'un regard les siècles consécutifs de son existence, l'Empire romain apparaît comme le résultat et la réalisation d'un effort d'ensemble raisonné et préconçu, d'un adrai< rable esprit de suite. L'un après l'autre, les pays situés le long des rivages de la Méditerranée sont englobés par la République et par l'Empire; jamais un recul, seulement des périodes de repos et de recueillement afin de préparer un nouvel effort. Et cependant ce serait certainement une erreur que de croire à un plan de conquête arrêté. Mommsen" a déjà prouvé que telle n'a pas été l'origine de la domination romaine; il a montré comment Rome fut poussée à la conquête, à l'extension continuelle de ses possessions, par les néces» sites de son existence même, parce que l'Antiquité ne pouvait pas concevoir encore l'idée d'une libre coexistence de puissances amies
" RÔMiscHE GESCHicHTE, notamment I (5te AiiHage), p. 789—91.