L'EMPIRE ROMAIN
ne sont à leurs yeux que Cies copies plus ou moins imparfaites de l'Empire des Césars de l'Antiquité; empereurs et papes voient toujours dans le rétablissement intégral de cet empire le but suprême et idéal de leurs efforts.
Et l'Empire universel, d'autre part, n'est qu'un moyen de faire la Paix. Longtemps persistera ce rêve de la Paix par la domination universelle : si Napoléon veut conquérir le monde, c'est afin d'établir sur une base solide la paix universelle et permanente, et peut»être cette chimère a»t«elle hanté même des esprits contemporains, enclins au romantisme du Moyen^Age.
Il n'y a pas lieu d'insister sur les imperfections de l'Empire romain considéré comme réalisation de l'idéal d'un Empire universel. Le droit de citoyen romain, étendu par Caracalla aux provinces, ne put être acquis que par une classe très restreinte; l'Empire, comme toute cité antique, reposa sur l'esclavage. D'autre part l'Etat romain avait une base religieuse exclusive et au fond territoriale : le culte des ancêtres dominait toujours sa religion*. C'est pourquoi un Etat an» tique ne s'assimilait les étrangers qu'avec difficulté et à contre«cœur; au fond ils auraient dû rester sujets et même barbares. Pendant longtemps l'Empire romain avait absorbé les religions des pays en même temps que leurs habitants : Rome vit des temples s'ériger en l'honneur des dieux grecs et syriens, carthaginois et gaulois. A la longue ce procédé finit par épuisement, et devant l'invasion des barbares du nord, l'Empire resta impuissant, non tant au point de vue militaire qu'au point de vue civilisateur: il ne put plus digérer les éléments nouveaux que lui apportèrent les grandes migrations ger« maniques.
En même temps son organisation poHtique fut minée par une idée nouvelle, l'idée de l'égalité fondamentale de tous les hommes devant un Dieu unique. Sur cette idée repose l'humanitarisme, l'idée de la fraternité des hommes et des peuples. L'idée était
Cp. FusTEL DE CouLANGES, La Cité antique.
ANTIQUITÉ
familière à la pensée grecque et aux romains, mais c'est le Christian» isme qui en a fait un ferment fatal pour la culture antique et, à la longue,, pour l'existence de l'Empire romain.